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La droite populiste genevoise s’entre-déchire

Deux députés du Mouvement Citoyens genevois démissionnent pour embrasser le nouveau parti d’Eric Stauffer, Genève en marche. Si l’UDC fait pour l’instant le dos rond, la bataille s’annonce âpre à droite de l’échiquier politique

C’est au volant d’un tracteur pétaradant qu’Eric Stauffer paradait samedi dans les Rues-Basses, en campagne pour son nouveau parti, Genève en marche (GEM). Une démonstration de force emblématique du glissement qui s’opère en sa faveur. Car, dans son sillage, on compte depuis mardi deux transfuges du Mouvement Citoyens genevois (MCG), le ténor Ronald Zacharias et Pascal Spuhler. Ils ont annoncé mardi à la RTS démissionner du MCG avec effet immédiat pour rallier le mouvement du bretteur d’Onex.

Sont-ce les muscles du leader populiste qui les ont convaincus? «Pas du tout, j’ai noué des liens personnels au MCG auxquels je tiens, répond Ronald Zacharias. Mais son changement de cap ne me convient plus. Ce parti, qui se voulait ni de droite, ni de gauche, est passé à ni de droite, ni de droite.» Ainsi, les cheveux de ce promoteur immobilier se sont hérissés lorsqu’il a découvert un élu MCG posant aux côtés du PS et de l’Asloca pour défendre l’initiative «visant à nationaliser du terrain au profit du logement social». Sans compter le soutien inconditionnel à la fonction publique ou le flirt avec le déficit budgétaire.

Le MCG bat de l’aile

L’élu met là le doigt sur le problème qui pourrait bien coûter des sièges au MCG. Après avoir assis sa notoriété sur la question frontalière, la préférence indigène, inscrite dans la loi, est venue lui couper l’herbe sous les pieds. Il fallait trouver un autre cheval de bataille sous la houlette de sa présidente, Ana Roch. Raté, et l’aile gauche du MCG a occupé le terrain. De son propre aveu, Ronald Zacharias a hésité à rejoindre l’UDC: «Mais l’UDC peut se débrouiller sans moi. Ma priorité étant de sauver la droite, je me suis dit que si plusieurs sortants viennent renforcer la nouvelle équipe, on aura plus de chances de réaliser le quorum et d’éviter une majorité de gauche au parlement.»

Pascal Spuhler, lui, a plutôt suivi d’instinct «le taureau furieux»: «J’ai toujours été proche d’Eric Stauffer. Il est vrai que je vais là où je ressens de la passion et de l’envie. Ce n’est pas le titre de la chanson qui importe, mais l’air et le rythme entraînants.» De son côté, Ana Roch ne cède pas à la panique: «Je ne suis pas inquiète de ces défections, c'est une demi-surprise. Quant au virement à gauche du MCG, c'est un faux procès que l'on nous fait. Nous nouons des alliances de circonstances sur certains sujets.»

Ces défections ne seront pas de nature à rassurer le conseiller d’Etat Mauro Poggia. Si le ministre est parvenu à gagner en indépendance par rapport à un parti girouette, l’affaiblissement du MCG n’est pas une bonne nouvelle pour lui. Même s’il va miser, pour sa réélection, sur son positionnement consensuel. Car GEM pourrait proposer plusieurs candidatures au Conseil d’Etat.

Séduire les abstentionnistes

Eric Stauffer, en politicien madré, aiguise son programme comme son appétit. Ayant vite compris la nécessité de remplacer la question frontalière, il a misé sur les primes maladie, en lançant une initiative populaire réclamant qu’elles soient payées par l’Etat. Parallèlement, il donne un coup à droite sur le logement, «en dénonçant le hold-up de la gauche au détriment de l’acquisition par la classe moyenne», et sur la fiscalité des entreprises.

Enfin, puisqu’on marcherait avec lui comme avec Macron, il va proposer «des candidats de qualité, dont certains n’ont jamais fait de politique». Histoire de draguer les abstentionnistes: «Puiser 2 ou 3% chez eux, c’est la garantie de modifier le paysage politique genevois», estime-t-il. Mais c’est plus probablement le MCG (17% au parlement) ou éventuellement l’UDC (10%) qui donneront aux prochaines élections le plus gros tribut à Eric Stauffer. Car le réservoir de la droite populiste n’est pas extensible à l’envi.

Soigner la symbolique

Dans ce paysage inédit où deux partis populistes s’entre-déchirent, pas sûr que le troisième, l’UDC, se ratatine. C’est en tout cas la conviction de son président, Marc Fuhrmann, qui considère que «notre socle d’électeurs de la droite conservatrice est très stable». Et il se réjouirait presque de cette défection au profit de GEM: «Notre objectif est une majorité de droite au Grand Conseil. Dans cette perspective, il serait positif qu’Eric Stauffer obtienne le quorum, puisque le MCG est désormais à gauche.» Un apparentement entre l’UDC et le parti d’Eric Stauffer est d’ailleurs en discussion.

A l’heure des grandes manœuvres, certains se contentent de soigner la symbolique. Aussi le député UDC Marc Falquet a-t-il pris l’initiative de solliciter les membres pour financer… des toupins. Ces cloches ventrues, partie intégrante du folklore alémanique mais si loin de la Rade, que l’élu évoque sur un ton lyrique, voire mystique: «C’est l’esprit de nos campagnes qui résonne avec elles, ses valeurs, ses traditions. C’est à la limite de la spiritualité.» Et tant pis si le patriotisme sert le parti national plus sûrement que certaines sections cantonales. Entre la bête politique sur son tracteur et les sonneurs de cloches de l’UDC, il va falloir au MCG un peu d’inspiration.

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