«Intègre, efficace et rassembleuse.» Ce ne sont pas les seules qualités que le comité genevois de soutien à Micheline Calmy-Rey pour le Conseil fédéral, présidé par le député démocrate-chrétien au Grand Conseil Claude Blanc, met en évidence dans la lettre qu'il a adressée vendredi à tous les élus fédéraux. Appelant ces derniers à apporter leur voix à la ministre des Finances genevoises le 4 décembre, la septantaine de personnalités de la société civile et de toute la classe politique du canton, dont beaucoup sont issues des rangs de la droite, affichent une unité plutôt rare pour vanter les mérites de cette «véritable femme d'Etat». La directrice de la Comédie de Genève Anne Bisang, le journaliste Claude Torracinta ou le directeur artistique du festival «Cinéma Tout Ecran» Léo Kaneman, tous les conseillers d'Etat et de nombreux représentants du peuple à Genève ou à Berne soulignent en outre «son souci permanent de l'intérêt général et sa faculté remarquable à gérer des situations délicates comme, par exemple, le sauvetage de la Banque Cantonale de Genève».

Toutefois, cette cohésion pourrait vite se muer en combat électoral si Micheline Calmy-Rey s'en allait vraiment à Berne. Car il faudrait alors la remplacer à Genève. Les socialistes, dont la cheffe des Finances cantonales est issue, se préparent bien sûr à faire face à cette éventualité (Le Temps du 28 novembre). Mais la place au gouvernement cantonal qui pourrait bientôt se libérer fait également phosphorer les stratèges des partis bourgeois: est-il opportun de disputer au Parti socialiste un de ses deux sièges au Conseil d'Etat? Comment l'électeur genevois jugerait-il la volonté de faire passer la majorité au gouvernement de quatre à cinq sièges sur sept? Et surtout, vaut-il la peine de s'emparer des rênes de son Département des finances, particulièrement exposé en période de récession? Reste la question cruciale si l'envie d'en découdre l'emportait: sur quel candidat(e) miser pour gagner le 2 mars?

Chez les radicaux: quel champion pour la revanche?

«Nous ne prendrons évidemment aucune décision avant le 4 décembre, mais cela ne veut pas dire que nous n'avons pas commencé à travailler. Des consultations internes sont en cours», relève Jacques Jeannerat, membre du comité directeur du Parti radical genevois. «Au début, je me suis dit que ce serait de la folie de nous embarquer dans une telle campagne. Mais les électeurs ne comprendraient pas que les radicaux ne cherchent pas à être à nouveau représentés au Conseil d'Etat», se résout leur président, Thomas Andres. Les délégués trancheront sur le principe de présenter un candidat le 5 décembre et, si telle est leur décision, ils devraient l'introniser deux semaines plus tard.

Encore tenaillé par les dissensions internes provoquées par son éviction historique du Conseil d'Etat en novembre 2001, le Parti radical se cherche un candidat dans un contexte difficile. «Compte tenu de la courte durée de la campagne et du fait que nous ne partirions pas favoris, il nous faut une personnalité forte, déjà connue de la population, prête à changer de profession pour assurer un intérim de moins de trois ans… et qui connaisse les finances publiques», inventorie Thomas Andres, considérant comme quasi certain le fait que les magistrats en place ne changeront pas de dicastère. Même sans afficher la volonté de remplacer à tout prix une femme par une femme, la liste des papables radicaux est restreinte. D'autant que certains poids lourds du parti ont confirmé ou laissé entendre qu'ils ne feraient pas acte de candidature à la candidature (John Dupraz ou Françoise Saudan), alors que la personnalité d'autres (notamment Pierre Kunz, souvent cité) pourrait échauder les partenaires de l'Entente. Des noms circulent cependant à droite, dont ceux de la conseillère municipale de la Ville de Genève Michèle Ducret, de la maire de Chêne-Bougeries Marie-Alix Gouda, du député Gabriel Barrillier.

Chez les libéraux: question de principe

«Par souci de transparence», le Parti libéral va lancer une procédure similaire dans ses rangs, indique Olivier Jornot. Le président des libéraux ajoute qu'il s'agit là d'une question de principe et que, politiquement, «la probabilité de devoir désigner un successeur libéral à Micheline Calmy-Rey ne devrait pas être la première de ses préoccupations au lendemain du 4 décembre».

Au PDC: pas d'états d'âme

Quant au Parti démocrate-chrétien, avec ses deux magistrats déjà en place, «il n'aura pas d'états d'âme à soutenir un radical» si la personnalité désignée lui convient. La perspective de voir un candidat consensuel sortir du chapeau de l'Entente pourrait faire naître quelques espoirs dans le camp bourgeois… et suscite quelques inquiétudes dans les rangs socialistes.

A l'UDC: toujours prêts mais pas encore là

Reste l'inconnue UDC. Alors que son président, Jacques Pagan, se contente de dire «qu'il ne peut rien dire» pour l'heure des intentions de son parti, son collègue député Pierre Schifferli souffle le chaud et le froid: «L'UDC est toujours prête à discuter avec l'Entente. Mais cette situation ressemble fort à ce qui se joue au niveau fédéral, avec des partis radical et démocrate-chrétien qui se refusent à voter pour notre candidat contre les socialistes.» Quant à lancer son propre poulain dans la course à la succession de Micheline Calmy-Rey à l'exécutif genevois, l'avocat reconnaît que le système majoritaire, la jeunesse de sa formation cantonale et la fronde probable de l'Entente réduisent ses chances de victoire quasiment à néant. Mais après leur succès électoral de 2001, les démocrates du centre pourraient d'un autre côté profiter d'une élection partielle pour asseoir leur visibilité en vue des élections municipales puis fédérales de 2003, qui restent leurs grandes priorités pour l'an prochain. «Si l'UDC veut assurer le triomphe de la gauche, qu'elle présente quelqu'un!» met en garde un élu démocrate-chrétien.

Collaboration: Stéphane Bussard