La double majorité de gauche n’aura tenu que quatre ans à Neuchâtel. Au second tour de l’élection du Conseil d’Etat, les électeurs ont confirmé le vote du premier tour avec une précision toute horlogère: les socialistes Jean Studer et Gisèle Ory sont arrivés en tête, devant les libéraux-radicaux Frédéric Hainard, Claude Nicati et Philippe Gnaegi. Sixième et dernier, Fernand Cuche est éjecté du gouvernement. Avec près de 8000 voix de retard, c’est une gifle retentissante pour le ministre écologiste qui subit le même sort que le sortant libéral-radical Roland Debély au 1er tour. Du coup, quatre nouveaux ministres feront leurs débuts au Château le 1er juin aux côtés de Jean Studer.

La gauche, qui a renforcé sa majorité au Grand Conseil le 5 avril (+2 sièges), perd la main en raison de son incapacité à proposer une alternative crédible à Fernand Cuche. Onzième du premier tour, l’ancien syndicaliste paysan a été sanctionné avec une clarté inattendue: il est arrivé dernier dans la quasi-totalité des 53 communes du canton.

«Gouverner autrement»

Ce constat ne laisse pas place au doute: les Neuchâtelois considèrent qu’il n’a pas le profil pour siéger au gouvernement. Sa volonté de «gouverner autrement» en prenant du recul a été perçue comme de la désinvolture. Pour ne rien arranger, il a multiplié les maladresses de communication. Au début de son mandat, il a déclaré qu’il était favorable «à un mandat à 50%». Cet hiver, face aux Neuchâtelois qui pestaient de voir autant de neige sur leurs routes et trottoirs, il a relativisé, évoquant les joies du ski de fond.

A peine arrivé dans la cour du Château, Fernand Cuche est monté sur un petit mur pour lire une déclaration. Face aux micros et aux caméras, l’icône déchue a stigmatisé l’attitude de la droite qui a fait campagne contre lui, invitant les électeurs à voter Hainard, Nicati, Gnaegi, Studer et Ory. «Leur objectif était d’empêcher Cuche de rester au Conseil d’Etat. L’objectif est atteint. Durant la campagne, j’ai cherché les propositions de la droite. Il y en a eu très peu.»

Plus tard, après une embrassade pleine d’émotion avec Jean Studer, le magistrat a répondu à quelques questions. Il a avoué un seul regret: «S’il fallait refaire les choses, je communiquerais plus.» Entouré par quelques proches, dont la conseillère nationale Francine John-Calame, il a ensuite «repris le chemin de sa campagne» (il réside dans une ferme à proximité du village de Lignières). C’est la présidente des Verts, Doris Angst, qui l’a remplacé aux différents débats en direct organisés en début de soirée par les radios et télévisions.

PLR et dicastères

La prestation très remarquée de Fernand Cuche n’a pas retenu l’attention de la direction du PLR, trop occupée à préparer la répartition des départements. Avec une question qui revenait en boucle: majoritaire tout seul, le parti va-t-il revenir à la tradition qui voulait que le choix se fasse selon l’ancienneté de l’élu et du score réalisé? Ou va-t-il imposer ses vues, comme l’avait fait la gauche il y a quatre ans en chassant la libérale Sylvie Perrinjaquet des Finances?

Entre deux verres de vin blanc, les nouveaux élus tentaient de noyer le poisson. «Nous sommes convenus d’en discuter ensemble avant de nous prononcer», indiquait Claude Nicati. Frédéric Hainard était tout aussi évasif que son patron au Ministère public de la Confédération (lire ci-dessous).

En coulisse, les cadres du parti confiaient que le PLR allait «très certainement» imposer ses vues. «Nous voulons absolument l’Economie, depuis plus de vingt ans en mains socialistes», soulignait ainsi le vice-président du parti, Claude Guinand. La droite devrait laisser les Finances à Jean Studer et refiler la patate chaude de la Santé à Gisèle Ory. Cette dernière semblait déjà résignée à cette idée: «Il y a des ministres de la Santé qui ont su se profiler comme Pierre-Yves Maillard dans le canton de Vaud ou Philippe Perrenoud à Berne. Ce serait un défi à relever.»

Homme fort de l’actuel gouvernement, Jean Studer a souligné qu’il entendait poursuivre son action au sein du Département des finances. De quoi assurer une certaine stabilité alors que les exercices qui arrivent s’annoncent extrêmement difficiles en raison de la crise économique.

Pour le reste, le Grand argentier socialiste a tenu un discours positif, relativisant le problème constitué par l’arrivée simultanée de quatre néophytes. «Je ne crains pas cette situation. Cela apporte des énergies nouvelles. Nous devrons être unis et trouver des solutions concertées pour obtenir l’adhésion la plus large possible au sein du Grand Conseil.» Sa seule critique s’est dirigée contre la tactique électorale de la gauche. «Il aurait peut-être été plus intelligent de se réunir dès le 1er tour. Il faudra y penser dans quatre ans.»