La droite se rejette la faute

Petit air de déjà-vu dans le camp bourgeois. A l’heure où la défaite sonne, les critiques fusent non pas contre l’adversaire mais contre les partenaires. Les résultats sur l’achat du Gripen n’étaient pas encore définitifs que Yannick Buttet (PDC/VS) appelait déjà au retrait du conseiller fédéral UDC Ueli Maurer, en charge du dossier. «Trois personnes portaient ce projet: le chef des Forces aériennes, le chef de l’armée et le ministre en charge de la Défense», résume-t-il. Le conseiller national est prêt à pardonner au premier. Aldo Schellenberg vient de prendre ce poste. Ueli Maurer par contre doit tirer les leçons de son échec. «Dans n’importe quel autre pays, un ministre qui subit un tel échec devrait s’en aller», se justifie-t-il. Pour le conseiller national, il s’agit d’éviter d’autres dégâts. «Chaque projet qu’Ueli Maurer présentera prêtera le flanc à la critique. De plus, au sein même de l’armée, la défiance va encore grandir vis-à-vis du ministre de tutelle.»

Pour Yannick Buttet, Ueli Maurer a joué un rôle décisif dans la défaite. «Il a été mauvais durant les travaux préparatoires, lors des débats parlementaires et pendant la campagne. En Valais, des gens m’ont dit qu’ils ne voteraient pas contre le Gripen mais contre Maurer». Le conseiller aux Etats Jean-René Fournier (PDC/VS) confirme qu’il n’a pas été facile de défendre cet achat: «Ce n’est pas dans la culture suisse de réclamer la démission d’un conseiller fédéral lorsqu’il perd une votation. Mais c’est vrai qu’en l’occurrence, la manière dont Ueli Maurer a conduit ce dossier ne nous a pas facilité la tâche.» Et le Valaisan de faire la liste des couacs: «Le Gripen était dernier de l’évaluation. Maurer a voulu reporter son achat pour des raisons financières. Le parlement l’a repêché, puis il s’est avéré que le modèle que nous allions acheter n’existait pas. Enfin, Ueli Maurer avoue publiquement qu’il n’a pas lu le contrat, rédigé en anglais.»

«Une terrible cacophonie»

Et ce n’est qu’un début. Car la droite aussi ne contribue pas à faire du Gripen le meilleur des avions. Après cette phase préparatoire chaotique, Yannick Buttet en veut à son propre parti. «Le PDC devait mener la campagne en vue de la votation au nom des partis de droite. Il s’est désisté et c’était une très mauvaise idée.» C’est en effet l’UDC qui a repris le flambeau. Le PDC a passé la main mi-février, moins d’une semaine après le vote sur l’initiative «Contre l’immigration de masse», officiellement en raison du «manque de clarté qui subsiste au sujet du financement de la campagne». Le vice-président de l’UDC, Claude-Alain Voiblet, estime que cette attitude n’a pas contribué à améliorer les chances du Gripen. «Entre le PDC qui a renoncé à mener la campagne et le PLR qui n’a cessé de remettre en doute le choix du Gripen, on était mal parti. Alors c’est facile aujourd’hui d’accuser le chef. Je pense que nous sommes tous un peu responsables de cet échec», déclare-t-il.

En parlant de responsabilité collective, Claude-Alain Voiblet pointe également tous ces élus qui se sont déclarés spécialistes en avions de combat. «Il y a eu une terrible cacophonie entre les acteurs du dossier. Résultat: le citoyen a été désécurisé et alors qu’il avait massivement rejeté l’initiative en faveur de la fin de l’obligation de servir, prouvant par là qu’il avait confiance en l’armée actuelle, il s’est dit que refuser le Gripen ne prêterait pas trop à conséquence».

Reste que cette même droite, si elle veut un nouvel avion de combat, doit remettre l’ouvrage sur le métier pour remplacer les F/A-18. «Le climat n’y est pas favorable mais Ueli Maurer doit relancer le processus. Il doit rester à son poste et boire le calice jusqu’à la lie», déclare Jean-René Fournier.