élections

La droite se résout à sauver le soldat Barthassat

A Genève, le PLR Alexandre de Senarclens renonce de son plein gré au deuxième tour pour le Conseil d’Etat, afin de sauver l’Entente. En face, le PDC n’a pas voulu sacrifier son ministre sortant, Luc Barthassat

L’Entente ne volera pas en éclats. Lundi, le PLR Alexandre de Senarclens, arrivé dixième au premier tour des élections au Conseil d’Etat, se retire, conformément à sa promesse en cas de pâle résultat. Une décision qu’il a prise seul, dimanche soir, sans aigreur et non sans élégance: «Placer cinq candidats de l’Entente est désormais illusoire. Je dois prendre mes responsabilités pour mettre toutes les chances du côté de l’Entente. Nous devons maintenant resserrer les rangs, car le PLR n’a rien à gagner dans la chute de Luc Barthassat.» Sauf coup de théâtre, l’Entente lancera donc lundi soir un ticket à trois, composé des PDC Serge Dal Busco et Luc Barthassat et d’une seule PLR, Nathalie Fontanet.

Si la décision d’Alexandre de Senarclens a été avalisée par le comité directeur du parti, c’est probablement à son corps défendant. Car ce n’est pas de gaieté de cœur que le PLR va soutenir deux PDC et une seule candidate libérale-radicale. Et il ne fait pas un pli que certains voteront Luc Barthassat en se bouchant le nez, ou lui refuseront tout bonnement leur voix. Mais l’Entente n’a d’autre choix que de tout mettre en œuvre pour sauver les meubles. Adrien Genecand, président ad interim du PLR et nouvellement élu au Grand Conseil, le résume ainsi: «Il s’agit d’être unis au second tour pour voir sortir une majorité cohérente, capable de mener à bien les grands projets.» Il en faudra sans doute davantage pour convaincre les électeurs, ce que Pierre Maudet n’ignore sûrement pas.

Guillaume Barazzone en homme providentiel?

Le PLR avait-il d’autre choix, devant le score modeste du candidat de Senarclens? Non, sauf à s’entre-déchirer au sein de l’Entente – le destin qu’il prédisait à l’Alternative et qui s’avère erroné. Et puis, à tout prendre, il s’agit, pour lui, de choisir entre perdre la majorité de droite au Conseil d’Etat ou la conserver avec Luc Barthassat. En revanche, il en va autrement pour le PDC. Car Luc Barthassat ne fait pas l’unanimité dans son parti. Aurait-il pu le sacrifier au profit d’un joker de dernière minute? Dimanche soir, les spéculations allaient bon train autour d’un brillant sujet du parti, savoir Guillaume Barazzone, conseiller administratif en ville de Genève et conseiller national. Dont on peut affirmer sans prendre de risques qu’il serait moins biffé par les libéraux-radicaux que Luc Barthassat.

Abandonnerait-il la Berne fédérale pour tenter de sauver le siège, alors qu’il a toujours fait savoir que Berne comblait ses ambitions politiques? Contacté, l’intéressé répond ainsi: «La question ne se pose pas. Je soutiens les trois candidats de l’Entente pour gagner la majorité au Conseil d’Etat.» Pourtant, à entendre le président du PDC, Bertrand Buchs, on se dit qu’il existait, dimanche soir, une petite fenêtre de tir: «Honnêtement, si Luc Barthassat avait déclaré se retirer, je pense que Guillaume Barazzone se serait présenté.»

«Mon parti compte sur moi»

Si l’idée de pousser Luc Barthassat vers la sortie a germé dans certaines têtes, elle n’aura pas été bien loin. Par pragmatisme plus que par conviction? Bertrand Buchs: «Ne pas présenter Luc Barthassat au second tour aurait provoqué une crise à l’interne. On ne peut pas se permettre d’avoir des démissions en chaîne au parti.» Exit donc le gendre idéal à l’affiche du film de l’Entente. Car le soldat Barthassat, s’il a senti dimanche le vent du boulet, ne se déclare pas battu: «Il n’a jamais été question que je me retire, mon parti compte sur moi, il m’a signifié son soutien. A aucun moment je n’ai été mis sous pression, bien au contraire.»

Lire aussi: A Genève, des députées de moins de 30 ans vont secouer le Grand Conseil

Quoi qu’il en soit, le PDC sait gré à Alexandre de Senarclens d’avoir tiré sa révérence. Luc Barthassat pense-t-il pouvoir bénéficier de ce retrait? «Peut-être. J’ai un profond respect pour Alexandre de Senarclens, d’autant qu’il a pris sa décision seul. Ce qui est sûr, c’est que nous sommes désormais trois candidats pour trois places, et qu’il n’y a aucune bagarre à l’horizon. On n’aura pas à se biffer.» C’est optimiste. Reste que pour obtenir ces trois sièges, il ne suffira pas de se tolérer. L’Alternative, galvanisée par le score inattendu de la socialiste Anne Emery-Torracinta, classée cinquième, et le bon résultat de Thierry Apothéloz, sixième devant la PLR Nathalie Fontanet, n’a pas dit son dernier mot. Il faudra cependant attendre que l’assemblée des délégués se prononce sur sa stratégie, lundi soir.

«J’ai reçu un coup de semonce»

Pour l’Entente, reste désormais à faire avec. Et au PDC à remettre en selle son ministre malmené. Première opération: solliciter ses trois élus paysans au Grand Conseil pour battre la campagne en compagnie du conseiller d’Etat. Car c’est auprès des gens de la terre que Luc Barthassat, pourtant issu de ce milieu, a perdu des suffrages. La traversée du lac est notamment en cause.

Deuxième résolution, plus délicate: modérer le style sans changer la nature. Si l’électorat PDC s’accommode du franc-parler, il n’est pas familier des agressions verbales dont Luc Barthassat s’est rendu coupable. Lui-même n’en disconvient pas: «J’ai reçu dimanche un coup de semonce que je mets sur le compte de mon style, pas toujours adéquat. Je ne vais pas changer ma personnalité, mais mieux expliquer ce qu’on a fait et ce qu’on va faire.» Le pari n’est pas gagné, d’autant plus qu’il devra saisir que les réseaux sociaux, qui l’ont abusé quant à sa popularité, ne sont qu’un miroir déformant du monde.

Ce ticket-là n’est pas celui dont rêvait le PLR, qui visait un troisième siège. «Avec l’obstination du PDC, on risque de perdre et on n’a pas les clés», résume un député. Car pour sauver la majorité, il faut désormais sauver le soldat Barthassat.

Publicité