Près de 300 postes devraient se retrouver au cœur du débat du budget 2008 de l'Etat de Vaud, discuté dès aujourd'hui par le Grand Conseil. Avec une configuration politique inhabituelle: la gauche soutiendra mordicus les propositions du Conseil d'Etat, à majorité de droite, d'augmenter de plus de 300 postes la fonction publique (le budget prévoit en parallèle une soixantaine de suppressions dans d'autres secteurs, ce qui donne au final 230 postes supplémentaires), tandis que la droite, divisée, tentera de limiter les dépenses en la matière. Tout cela sur fond d'embellie budgétaire, puisque le bénéfice prévu par le gouvernement pour 2008 est de 10 millions de francs.

Chez les radicaux et à l'UDC, on trouve pour le moins «incohérent» d'accorder près de 300 nouveaux postes en 2008, alors même qu'il a fallu un processus de plus de trois ans pour en supprimer le même nombre dans une démarche initiée en 2003 et qui visait - en pleine crise budgétaire - à stabiliser le personnel de l'Etat (26000 personnes environ). C'est d'ailleurs cet été seulement que le Conseil d'Etat a tiré le bilan de la mesure dite «300 postes», en reconnaissant que 252 postes avaient effectivement été supprimés au 31 décembre 2006. Un chiffre auquel s'ajoute la suppression de 14 postes cette année. Au final, la mesure «300 postes» a été atteinte à 89%. L'objectif des 30 millions d'économies qui était fixé a toutefois été atteint, et même dépassé, grâce à quelques «mesures compensatoires» prises dans les départements qui n'avaient pas réussi à supprimer le nombre de postes prévus.

Aujourd'hui, il peut donc paraître surprenant de voir l'Etat, dans le cadre du budget 2008, annihiler ses efforts. Plusieurs explications à cela. Tout d'abord, près de 90 postes découlent en réalité de la régularisation de «faux auxiliaires», qui travaillent donc déjà à l'Etat. Les autres postes prévus par le Conseil d'Etat sont jugés «prioritaires» et on les retrouve principalement dans les domaines de la formation, la politique familiale et la santé. «Ce sont des postes qui sont en rapport avec des projets stratégiques, qui sont vraiment importants», souligne la députée socialiste Monique Weber-Jobé, vice-présidente de la Commission des finances. «Lors de l'opération «300 postes», il s'agissait surtout de postes obsolètes, supprimés dans le cadre d'une modernisation de l'Etat».

Faux bond libéral

Des explications qui ne convainquent pas la majorité des groupes radicaux et UDC. Dans le cadre du débat sur le budget, un rapport de minorité a donc été présenté par les membres de la Commission des finances des deux partis qui proposent de couper 30 postes pour une économie de trois millions de francs. Avec cette proposition, radicaux et UDC avouent en fait souhaiter mener à bout la démarche «300 postes».

Le radical Armand Rod, président de la Commission des finances, ne se fait toutefois pas d'illusions sur le succès de la démarche. Les libéraux s'abstiendront en effet. «C'est historique, le Parti libéral sera totalement gouvernemental, sourit Jean-Marie Surer, président du groupe. Nous sommes opposés à cette méthode de coupe de 30 postes sans aucune réflexion. Pourquoi pas 50 ou 130 postes, finalement? Nous souhaitons une analyse plus fine et je déposerai prochainement une motion pour demander à l'Etat une action cohérente en matière de personnel pour les quatre prochaines années.» La gauche, elle, va tenter de gonfler encore un peu les effectifs de l'Etat dans certains domaines et devrait cette fois retrouver face à elle l'ensemble du bloc bourgeois.