La victoire du PLR Olivier Français, qui a mis fin à huit ans de monopole rose-vert au Conseil des Etats, donne des ailes à la droite vaudoise. A la faveur de l’inflexion droitière que devrait connaître le parlement fédéral, elle se sent portée par un esprit de reconquête. Elle forme l’espoir d’en finir avec deux autres «anomalies» du paysage politique vaudois: sa position ultra-minoritaire en Ville de Lausanne et sa majorité perdue au Conseil d’Etat.

Dans ce canton resté majoritairement à droite, même si la gauche s’est emparée d’importants leviers, les nouvelles occasions d’en découdre sont très proches: les élections communales se tiennent en février 2016, les cantonales au printemps 2017. Sera-t-il possible de répéter à l’identique le scénario gagnant du dernier dimanche? Pas si simple. 

Entente informelle

Le succès du nouveau sénateur est celui d’une alliance qui ne dit pas son nom. A l’issue d’un congrès tendu, l’UDC avait refusé son soutien à Olivier Français, ce qui a pu détourner l’attention de l’essentiel: aucun concurrent n’était lancé au second tour pour entraver le champion PLR dans sa course. Ce type d’entente informelle est peut-être le seul possible pour surmonter inimitiés personnelles, conflits de valeur et incompatibilités de programme. Mais cela ne peut marcher que si des circonstances favorables sont réunies autour d’un candidat tenu pour relativement neutre de part et d’autre.

A la municipalité de Lausanne, Olivier Français est l’unique survivant de son camp politique face à six élus de gauche. La jeune garde du PLR espère non seulement le remplacer mais aussi reconquérir un second siège, redressant quelque peu le rapport de force. Un duo, formé par l’ex-radical Pierre-Antoine Hildbrand et l’ex-libéral Mathieu Blanc, est déjà en campagne, visant en priorité le siège du POP Marc Vuilleumier. Pour réussir, le tandem doit au moins ne pas avoir contre lui au second tour un candidat de l’UDC. Ce dernier parti ne dispose pas de véritable papable, mais il est tenu pour imprévisible par ses partenaires potentiels. Cette fois, l’UDC lausannoise a soutenu Olivier Français, mais demain? Les discussions entre les deux partis n’ont jamais pu aboutir sur un résultat concret.

Objectif: le Conseil d’Etat

La situation se présente différemment encore pour le Conseil d’Etat. Chasser la majorité rose-verte en place depuis 2012, tel est l’objectif principal de la droite vaudoise. En principe, un ticket gagnant de la droite élargie devrait réserver une place pour un nom UDC. C’est du moins ce qui était imaginé jusqu’aux récentes dissensions qui ont affaibli ce parti. Aujourd’hui, où trouver la perle rare qui puisse plaire à une majorité de Vaudois et se fondre dans le collège gouvernemental? Présidente démissionnaire, Fabienne Despot est disqualifiée par sa contre-performance aux élections fédérales. Les regards se tournent vers l’un ou l’autre des conseillers nationaux.

La victoire d’Olivier Français donne ainsi à son camp politique l’espoir de reprendre le terrain abandonné à la gauche ces dernières années. Mais l’on peut se demander s’il ne court pas derrière un modèle dépassé, vu qu’il ne sera plus possible de gouverner «comme avant». Les rapports de force au sein de la droite vaudoise ont changé de toute façon. L’UDC n’est plus le partenaire junior qu’une place promise suffisait à amadouer. Le PLR a maintenant affaire au premier parti de Suisse, dont les positions influenceront de toute manière la politique cantonale. Chef de la campagne qui vient de prendre fin, l’ancien conseiller aux Etats Eric Rochat compare les relations entre le PLR et l’UDC d’aujourd’hui à celles des radicaux et des libéraux avant leur fusion. La jeune génération du PLR ne semble pas partager cet optimisme, qui voit plutôt qu’une idylle un abîme entre les deux formations. Pour un Olivier Français acceptable pour l’UDC, combien de colistiers qui ne le sont pas?

«Notre candidat Parmelin»

Bien sûr, une élection plus immédiate se prépare: celle du Conseil fédéral. Dans la ferveur du grand rabibochage vaudois, le conseiller d’Etat Philippe Leuba a vanté Guy Parmelin sur les ondes de la RTS comme candidat de la région lémanique au gouvernement suisse. A ce titre, il mérite le soutien du Conseil d’Etat, insiste le ministre PLR, comme Pascal Broulis et Pierre-Yves Maillard en leur temps. Ces derniers étaient membres du collège au moment où ils briguaient la plus haute fonction, alors que Guy Parmelin n’est pas même membre d’un parti gouvernemental. Mais il y a une plus grande différence: le candidat au Conseil fédéral ne défend pas la libre circulation, sur laquelle repose la croissance de l’Arc lémanique. Philippe Leuba semble en faire un détail, persuadé qu’une fois au poste suprême l’intéressé changera d’avis. Il lui reste à en convaincre ses collègues du gouvernement vaudois.