Remettre en cause l’obligation de servir et l’armée de milice, c’est atteindre à l’identité suisse, pour une large majorité de centre droite du Conseil national. L’initiative du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA), qui vise à l’abrogation de l’obligation de servir, ne touche pas seulement l’organisation militaire du pays. C’est l’idée même qu’une très large majorité de parlementaires se fait du lien entre le pays et le système de milice, caractérisant aussi bien la vie politique que l’armée, qui est remise en cause.

Durant les quatre heures du vaste débat qui a occupé mardi le Conseil national, en attendant le vote prévu mercredi, rares sont les voix de droite venues plaider pour une refonte de l’obligation de servir. Anticipant la situation de sureffectif à laquelle l’armée de 100 000 hommes va bientôt être confrontée, le radical Hugues Hiltpold (PLR/GE) est venu défendre un contre-projet proposant, à la place du service militaire, un service civique obligatoire pour les jeunes hommes, soit à l’armée, dans les corps de sapeurs-pompiers, les services sanitaires, la police, les gardes-frontière ou les services pénitentiaires. Les femmes et les étrangers pourraient servir à titre volontaire. Derrière cette idée, on retrouve la réflexion du conseiller d’Etat genevois Pierre Maudet, un des rares, à droite, à plaider pour une réforme en profondeur de l’armée et une révision de ses missions.

Il s’agit d’adapter l’engagement des jeunes aux nécessités sécuritaires, sociales et démographiques de ce début du XXe siècle, explique Hugues Hiltpold, qui craint aussi que l’initiative du GSsA ne puisse obtenir une majorité populaire, sinon celle des cantons.

De plus, l’égalité devant l’obligation du service militaire n’existe plus. Sur 40 000 jeunes appelés chaque année au recrutement, un peu plus de 25 000 sont déclarés aptes au service militaire ou au service de remplacement. Les autres échappent à toute obligation.

Ce contre-projet, signé également par Christian van Singer (Verts/VD), Eric Voruz (PS/VD) et Luc Barthassat (PDC/GE), n’est soutenu par aucun groupe. Il n’a aucune chance de passer le cap du parlement. Pas plus que le contre-projet d’Alec von Graffenried (Verts/BE) qui veut une obligation générale de servir, y compris pour les femmes.

Car pour la majorité du parlement, «l’armée est aussi une part de notre peuple. La sécurité du pays doit rester une tâche commune de la population», selon Jakob Büchler (PDC/SG), qui veut des citoyens-soldats, pas des Rambos ou des desperados. «Supprimer le service obligatoire, c’est supprimer la cohésion nationale et sociale», renchérit Yannick Buttet (PDC/VS).

«Economiquement justifié»

Pourtant, des voix libérales, à droite, se sont prononcées récemment pour un service volontaire, avec une réduction des effectifs de l’armée à moins de 50 000 soldats. Le professeur d’économie Reiner Eichenberger, de Fribourg, estime ainsi, dans une récente tribune, que c’est une solution alternative économiquement justifiée.

Il n’est pas insurmontable, selon lui, de trouver chaque année les volontaires nécessaires pour obtenir un effectif de 50 000 hommes et femmes: avec une moyenne de service de 20 ans, il faudrait recruter seulement 2500 volontaires par an. Un avis partagé, dans une autre tribune, par l’ancien professeur de l’Académie militaire Karl Haltiner, qui redoute toutefois qu’un rejet de l’initiative ne bétonne une structure militaire dépassée.