Sujet sensible, l'élargissement des droits civiques des étrangers peine à recevoir l'aval des politiciens et du peuple suisse. Malgré de nombreuses tentatives, seuls cinq cantons (Neuchâtel, Jura, Vaud, Grisons et Appenzell Rhodes-Extérieures) se sont déjà engagés dans cette voie, accordant des droits à géométrie variable. Fribourg devrait rejoindre le mouvement cette année. Genève pourrait faire de même l'an prochain.

Comme son voisin neuchâtelois, le canton du Jura fait figure de précurseur: depuis sa création en 1979, les étrangers domiciliés dans le canton participent aux scrutins communaux et cantonaux. Depuis mai 2000, ils peuvent être élus au sein des législatifs communaux. Dans le canton de Vaud, l'entrée en vigueur de la nouvelle Constitution, au début de ce mois, permet à 80 000 étrangers de voter et d'être élus sur le plan communal (LT du 13.01.2004).

La démarche constitutionnelle, qui intègre les droits des étrangers à un vaste catalogue de mesures, permet de limiter les risques de refus. En mai dernier, les Grisons ont ainsi accepté d'extrême justesse leur nouvelle Constitution qui permet aux communes d'offrir le droit de vote et d'éligibilité aux étrangers sur le plan local. Fribourg s'apprête à suivre le même chemin avec sa nouvelle charte fondamentale, qui sera soumise au peuple le 15 mai prochain. Pour ne pas mettre le projet global en péril, l'idée d'étendre ces droits sur le plan cantonal a été abandonnée.

En 1995, Appenzell Rhodes-Extérieures a été le premier canton alémanique à offrir une ouverture à ses étrangers, brisant au passage quelques clichés. Depuis lors, les communes du canton ont la latitude d'octroyer ou non le droit de vote au niveau communal. Le droit de vote n'est accordé que si la personne en fait la demande. Deux communes ont fait le pas jusqu'ici.

A Genève, enfin, deux initiatives sœurs intitulées «J'y vis, j'y vote» ont abouti. La première propose d'accorder aux étrangers le droit de vote et de signer initiatives et référendums sur le plan communal. La seconde prévoit de leur octroyer les droits politiques complets dans leur commune, y compris l'éligibilité. Les Genevois se prononceront sur les deux initiatives en 2005. En 2001, ils avaient refusé de justesse une initiative du même type.