L’UDC a fait des commerces son fonds de commerce politique. C’est de bonne guerre, tant le ras-le-bol de la population, des indépendants, des commerçants, des restaurateurs à qui l’on interdit de travailler est grand. Ce week-end encore, le parti réclamait à cor et à cri le déconfinement immédiat. Mais il prend conscience qu’il ne suffit pas de surfer sur le mécontentement des gens, car la situation sanitaire reste délicate.

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Certes, ses membres les plus durs, tel Thomas Matter, veulent toujours tout rouvrir tout de suite. Mais la direction du parti envisage désormais un plan B moins vindicatif: elle demande au Conseil fédéral de «présenter, au moins, une stratégie de sortie par étapes» favorisant la réouverture différenciée des commerces, des activités sportives sans contact physique et des restaurants de montagne. Cette concession est appréciable de la part d’un parti habitué à montrer ses biceps en toute circonstance.

Le déconfinement immédiat n’est pas réaliste. Ce n’est pas parce que l’Autriche se décloître lundi prochain que la Suisse peut faire la même chose. D’une part, les restrictions imposées par le voisin de l’est ne sont pas identiques à celles de la Suisse. Les écoles et les salons de coiffure autrichiens ont été fermés, cela n’a pas été le cas ici. Et les conditions de la réouverture comprennent des mesures que la Suisse ne souhaite pas imposer, comme l’obligation des masques de type FFP2.

Par ailleurs, la situation sanitaire n’est pas suffisamment rétablie pour que l’on attende du Conseil fédéral qu’il décide ce mercredi déjà de réautoriser toutes les activités économiques, suspendues dans l’espoir d’endiguer la propagation de la pandémie.

On est toutefois en droit d’attendre trois choses de lui. Premièrement, il doit confirmer sa capacité à mettre sur pied, avec les cantons, un mécanisme efficace et ambitieux de distribution des fonds destinés aux victimes des restrictions qu’il a lui-même imposées. Deuxièmement, le gouvernement doit planifier la sortie de crise.

Troisièmement, dans la mesure où la réouverture des commerces proposant des marchandises jugées non essentielles n’est pas pour tout de suite, il a la responsabilité de mettre de l’ordre dans la gabegie qui règne dans le pays. Les témoignages rapportant les situations les plus absurdes se multiplient dans les médias: doudous en vente ici mais pas là, bons cadeaux interdits dans tel canton, produits de ménage autorisés dans tel magasin mais pas dans tel autre, etc. C’est autour de ces trois enjeux que doivent se mobiliser les partis politiques, UDC incluse.

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