Vaud

Le drôle de contrat de travail de Rebecca Ruiz au sein de l’école publique

La conseillère nationale socialiste a bénéficié entre 2013 et 2014 d’un contrat de maîtresse secondaire, alors qu’elle n’a jamais enseigné, auprès du Département de la formation, dirigé alors par sa camarade de parti Anne-Catherine Lyon. Un engagement pour le moins problématique

On la dit prête pour le poste. A 36 ans seulement, la socialiste Rebecca Ruiz est la grande favorite dans la course à la succession de Pierre-Yves Maillard au Conseil d’Etat vaudois lors de l’élection complémentaire du 17 mars prochain. Siéger au Château cantonal serait une consécration pour cette fille d’immigrés espagnols qui a gravi les échelons de la politique quatre à quatre, de la présidence du PS lausannois en 2008 à son accession au Conseil national en 2014.

Seule candidate à la candidature socialiste déposée auprès du parti cantonal, elle sera officiellement désignée lors d’un congrès, le 19 janvier 2019. Une ascension qui réveille un certain malaise à l’interne du Département vaudois de la formation, de la jeunesse et de la culture (DFJC), pour lequel elle a travaillé du 1er août 2010 au 31 juillet 2014, en tant que collaboratrice scientifique chargée des questions de violence en milieu scolaire.

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Quatre ans durant lesquels vont se succéder les contrats à durée déterminée, pour se terminer avec un statut pour le moins bricolé. En effet, durant sa dernière année, la criminologue de formation va être employée au sein du DFJC avec un contrat de travail de maîtresse secondaire, alors qu’elle n’a jamais enseigné, ni ne possède un cursus correspondant. Elle sera rattachée à l’établissement de Cossonay-Penthalaz avec un statut de collaboratrice «détachée spéciale». Un procédé «exceptionnel, qui a pu s’appliquer à des cas isolés par le passé, commente-t-on aujourd’hui au département. Une manière de faire désormais proscrite.»

Soupçons à l’interne

Dès le début du mandat, l’engagement de celle qui préside alors la puissante section des socialistes lausannois, décidé directement par la cheffe du département, la socialiste Anne-Catherine Lyon, sans mise au concours, fait jaser à l’interne, donnant l’impression à certains qu’il «fallait trouver un job à Madame Ruiz». Un soupçon de copinage que rejette Anne-Catherine Lyon: «La thématique de la violence à l’école était délicate à empoigner. Les gens qui en possédaient les compétences n’étaient pas légion. Rebecca Ruiz, qui avait travaillé sur ces questions pour l’Observatoire de la sécurité de Lausanne et différentes polices, les avait. Elle a mené un travail immense et son rendu a été de grande qualité.»

En 2010, Rebecca Ruiz occupe d’abord un poste vacant à la Direction générale de l’enseignement obligatoire (DGEO), celui d’un cadre détaché provisoirement au sein d’une commission intercantonale. A son retour, le département offre alors à la Lausannoise un contrat à durée déterminée de responsable de recherche. Rebecca Ruiz travaille principalement sur la rédaction de trois rapports sur le harcèlement à l’école. Son taux de travail oscillera entre 90% et 40%.

Compétences et expériences

«Ces rapports n’ont pas été mon seul travail», assure la conseillère nationale, certificat de travail à l’appui. Elle égrène ses différentes tâches: suivi de projets socio-éducatifs dans les établissements ou de situations d’élèves, coordination avec la police, analyses de données, colloques et séminaires… «Je suis étonnée des questions qui me sont posées aujourd’hui. J’ai travaillé comme mon cahier des charges le prévoyait, j’avais les compétences et l’expérience pour mener les missions confiées par le département», insiste-t-elle.

En juillet 2013, le rapport de Rebecca Ruiz, intitulé «Harcèlement à l’école: que disent les élèves et qu’est-ce qu’on en fait?», est finalisé. Mais son mandat va néanmoins être prolongé, selon le DFJC, «pour permettre l’intégration de demandes supplémentaires par rapport à la première version du rapport». Le hic, c’est que le département ne peut plus prolonger son contrat d’auxiliaire, dont la durée est limitée. La direction va donc lui octroyer ce fameux contrat de travail de maîtresse secondaire, pour pouvoir continuer à l’employer.

«J’ai cru à une erreur»

Un procédé problématique qui, selon Rebecca Ruiz, va immédiatement l’alerter: «Quand j’ai reçu mon contrat, j’ai cru à une erreur. J’en ai immédiatement informé ma direction, qui m’a expliqué que c’était une pratique qui se faisait régulièrement, que c’était juste un procédé administratif. Après avoir enchaîné des contrats précaires, je n’étais pas en position de négocier. Ce nouveau contrat est tout ce qui m’a été proposé pour terminer le travail pour lequel j’avais été engagée au départ.» Interrogée, Anne-Catherine Lyon défend un système «hérité du passé», qui permet une certaine flexibilité afin notamment de terminer des projets, comme dans le cas de Rebecca Ruiz. «Nous voulions qu’elle assure un suivi à ce rapport», justifie l’ancienne magistrate.

Le ton est cependant tout autre du côté de Cesla Amarelle, la nouvelle conseillère d’Etat en charge du DFJC. Si elle salue le travail de Rebecca Ruiz, mené «à satisfaction de la direction départementale de l’époque», l’élue estime que «la dernière prolongation du contrat était problématique sous l’angle de la transparence budgétaire». Elle assure veiller dorénavant «à ce que de telles pratiques soient durablement proscrites».

Il est certain que la gêne grandissante autour des contrats de travail de Rebecca Ruiz ne va pas apaiser un Parti socialiste traumatisé par la démission de Géraldine Savary, à l’heure où il doit gérer la délicate succession de Pierre-Yves Maillard, sa figure tutélaire.

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