«C’est un épisode que je raconterai plus tard, je pense que ça a été un moment très important dans ma vie d’adolescente.» Anaïs Kint, 16 ans, étudie au Collège Champittet, une école privée de 750 élèves basée à Pully et à Nyon. Elle passera l’examen de maturité suisse dans quelques mois. En raison du coronavirus, elle a vécu fin août une rentrée très particulière: «Je viens du Luxembourg, qui était sur la liste des pays à risque. J’ai dû me faire tester en arrivant, et même si le résultat était négatif, passer dix jours de quarantaine stricte dans ma chambre.»

Une expérience difficile pour l’adolescente, qui rêvait de revoir ses amis. «Au début je me disais: je ne vais jamais tenir dix jours», confie-t-elle. Une quarantaine rythmée par les repas apportés dans sa chambre, la visite de tuteurs et de la direction qui s’assurent qu’elle va bien mais gardent leurs distances, mais aussi par des révisions et le visionnage de films. «En les regardant, je me suis dit que le monde du dehors était génial, et quand je suis sortie, ça m’a fait apprécier les choses simples du quotidien.»

L’exigence des parents

L’expérience d’Anaïs est celle de nombre d’élèves étudiant dans des écoles privées suisses: la dimension internationale et le modèle de l’internat impliquent des précautions souvent différentes de celles de l’école publique. «Les élèves sont arrivés à la mi-août déjà, raconte Philippe de Korodi, directeur du Collège Champittet. Ceux qui venaient de pays à risque étaient sur place en avance pour pouvoir faire leur quarantaine avant la rentrée. Ils se sont aussi tous fait tester: ce n’était pas obligatoire, mais nous avons décidé d’en faire notre politique.» Un élève de Champittet ayant été testé positif à l’arrivée a prouvé la pertinence du procédé.

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Certains parents inquiets réclamaient aussi des tests dans l’école de leur enfant, précise Christophe Xavier Clivaz, directeur de Swiss Learning, plateforme qui représente les écoles privées helvétiques à l’étranger.

Une situation compliquée qui a un certain impact: le Collège Champittet accueille 13 internes de moins que l’an dernier, qui viennent de pays très lointains, sur 75. Le directeur n’est cependant pas inquiet: «Nous avons déjà de la chance de pouvoir faire une rentrée en présentiel. Pourvu que ça dure: nous avons une visibilité de deux semaines devant nous. Mais nous nous attendons à un retour total des élèves dès janvier», souligne-t-il.

D’autres internats ont vécu cette rentrée hors du commun. Le Collège du Léman, basé à Versoix, est l’un d’entre eux. La direction a aussi mis en place un système de quarantaine. «Nous avons dédié un de nos bâtiments hors campus à la mise en quarantaine d’élèves venant de pays à risque», détaille Pauline Nord, directrice. Si la plupart des élèves ont pu être là pour la rentrée, quelques-uns, en raison d’une décision tardive ou de disponibilité des vols, sont encore à distance: «Cela signifie que pour certaines classes l’apprentissage est mené simultanément avec la plupart des élèves en présentiel, tandis qu’un petit nombre poursuit l’enseignement virtuel, soit depuis leur logement, soit depuis l’étranger selon les besoins», précise la directrice.

La question des visas

Une adaptation nécessaire, mais le principal défi pour ces écoles a été relevé, estime Christophe Xavier Clivaz: la grande majorité des élèves ont obtenu leur visa. «Les camps d’été de ces écoles ont été annulés pour se concentrer très tôt sur le retour des élèves en août. Nous avons travaillé étroitement avec les autorités fédérales et cantonales, et les demandes ont pu être traitées très rapidement», se réjouit-il.

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Le directeur de Swiss Learning se montre optimiste quant à l’avenir de ces établissements privés: «La plupart des écoles n’ont pas moins d’inscrits que l’an dernier, et aucune ne dépend de la venue d’une nationalité en particulier, ce qui serait risqué en cette période. En plus, beaucoup de parents, en Amérique du Sud notamment, voient la Suisse comme un pays sûr par rapport au coronavirus.»

Et si des élèves devaient être contaminés pendant l’année? La prise de décision n’est pas du ressort des écoles, répond Christophe Xavier Clivaz. «Le médecin cantonal déciderait de ce qu’il conviendrait de faire, qu’il s’agisse d’isoler un élève, de mettre une classe en quarantaine ou de fermer l’école.»

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