Le procès commence mal. Claude D., principalement accusé d'avoir assassiné une jeune fille de 19 ans, ne veut plus de son principal défenseur. Ce week-end, le tribunal a reçu la requête du prévenu qui évoque une rupture du lien de confiance avec Me Loïc Parein à cause surtout de courriers non transmis et d'une sombre histoire de CD Rom- pourtant qualifiée de «non-affaire» par tous- qui contient les données privées de Marie et qui n'aurait pas dû se retrouver dans la cellule du prévenu. 

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Autant dire que ce premier incident a mis tout le monde de mauvaise humeur. Normal. Il pourrait entraîner un report des débats. C'est ce que demande la défense. Et c'est ce que réfutent absolument le Ministère public et la partie plaignante.

Premier à être très fâché, le procureur général. Eric Cottier pose ses questions au prévenu pour le mettre face à ses responsabilités:

- Comment êtes-vous entré en possession de ce CD Rom?

- Je ne répondrai pas. Cela relève du secret professionnel entre l'avocat et son client.

Eric Cottier encore plus agacé:

- Le client n'est pas tenu au secret.

Le prévenu, poli, coriace, jamais déstabilisé:

- Désolé, je n'ai pas encore une licence en droit.

Et Me Jacques Barillon, l'avocat de la famille de Marie:

- Mais vous avez déjà un brevet de meurtrier.

Me Yaël Hayat, la seconde et encore avocata grata de Claude D., s'en mêle. Le président du tribunal doit calmer tout le monde. Le prévenu n'en dira pas plus mais maintient sa requête.

La famille de Marie est aussi interpellée sur cette question et surtout sur la perspective d'un renvoi de l'audience. Le père de la victime, le pasteur Antoine Schluchter, s'étonne de «cet imbroglio de dernière minute». La soeur, venue des Etats-Unis, tient à voir le bout de cette tragique affaire. Et la mère le dit clairement: «Il faut qu'on en finisse». 

Il faut ensuite plaider l'incident. La défense demande une réorganisation interne et un report des débats pour préparer l'audience car la seconde avocate vient juste d'atterrir dans le dossier. Eric Cottier appelle le tribunal à évacuer le «caprice» de Claude D., un «maître de la manipulation». Et Jacques Barillon (le plus difficile à résumer) lance des envolées: «Claude D. jouit. Il est un metteur en scène». Et l'avocat rappelle longuement toutes les horreurs que celui-ci a pu dire lors de l'enquête. La tension gagne le prévenu, même si ce dernier arrive à garder le sourire.

Me Hayat rigole moins surtout lorsque Me Barillon suggère un scénario concerté, une manigance entre elle et Claude D. pour écarter Me Parein tout en gagnant du temps.

L'avocate s'emporte: «C'est indécent de dire de telles choses. Quand je vois la dignité dont font preuve les parents de Marie, je regrette infiniment que leur représentant ne s'en inspire un tant soit peu». C'est dit.

Claude D. a la parole en dernier sur le sujet et ne s'en prive pas. Il s'accroche à mille détails formels, à toute remarque. Le tribunal se retire pour délibérer. Près de 2 heures plus tard, la salle toujours archi-comble, la décision tombe. Le tribunal qualifie la requête d'inconsistante. Celle-ci est sèchement rejetée.

C'est reparti pour une série d'autres incidents. Mais il a fallu une petite suspension pour que Me Parein, qui reste donc défenseur, aille expliquer la teneur de la décision du tribunal à son client visiblement atteint de contrôlite aiguë.

A la reprise, un policier vient annoncer au président que Claude D. ne veut plus assister à son procès car il veut recourir contre ce refus. «Ca sent le truc», clame Me Barillon, vivement applaudi. Le président, fataliste: «Nous poursuivrons ces débats sans lui». Le gendarme revient. Maintenant, il accepte d'être amené. Il a compris que les débats vont continuer. Décidément, rien n'est simple avec ce prévenu. Et tout le monde hurle. «On ne va jamais s'en sortir, on a une semaine pour juger cette affaire», soupire le président. Comme on le comprend.


 

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