Les armes poussent-elles au suicide, voire au massacre familial? Cette question est au cœur du vote du 13 février sur l’initiative «Pour la protection face à la violence des armes», soutenue par la gauche. Ce texte vise un meilleur contrôle du marché des armes à feu, ainsi que l’entreposage des armes militaires dans les arsenaux, et non plus chez les soldats.

Une récente étude de la Fédération des médecins suisses affirme que la diminution des armes militaires entreposées aux domiciles privés, conséquence de la réforme Armée XXI, a fait chuter de 48,6% le nombre de suicides chez les hommes de 30 à 40 ans en Suisse. Pour Martin Killias, éminent criminologue suisse et partisan de l’initiative, il ne fait aucun doute que la présence d’armes à feu explique le «taux de suicides et d’homicides familiaux très élevé» que connaîtrait la Suisse. «Il n’est pratiquement pas possible de tuer plusieurs personnes (avant de se donner la mort) sans armes à feu», note-t-il. La diminution des armes n’a pas été compensée par d’autres moyens de suicide (se jeter sous un train, se pendre, s’empoisonner). «Faut-il s’arrêter à mi-chemin et s’accommoder des 300 morts par balle toujours recensés dans notre pays?» se demande le criminologue, qui exhorte les amateurs de tir à reconnaître que leur penchant, comme celui des fumeurs, est dangereux.

A l’opposé, l’historien militaire Dimitry Queloz se plonge dans des études de plus longue durée pour démentir le lien entre suicide et nombre d’armes en circulation. Aujourd’hui, le taux de suicides en Suisse (14,4 pour 100’000 habitants en 2008) est inférieur à celui de la France (16,2), où le marché des armes est beaucoup plus réglementé et où les fusils militaires restent dans les arsenaux.

Par ailleurs, le taux de suicides en Suisse a varié très fortement au XXe siècle: il était de 27 pour 100’000 juste après la Seconde Guerre mondiale, puis a diminué de 40% en vingt ans, alors que le nombre d’armes d’ordonnance augmentait. Ensuite, le taux de suicides est remonté, alors que le nombre d’armes militaires restait stable; il est redescendu au milieu des années 1980, dix ans avant la réforme de l’armée et la réduction du nombre de fusils déposés chez les soldats.

Le texte de Martin Killias: «Oui, l’accès limité aux armes diminue les suicides par balle»

Le texte de Dimitry Queloz: «Possession d’armes et suicide: un lien erroné»