En publiant de pleines pages blanches dans les journaux locaux, avec uniquement la référence à son site internet, Pierre Kohler a-t-il commis une faute en usant d’arrogance et de mépris? En voulant éjecter la sortante Anne Seydoux du Conseil des Etats et en surfant sur sa fragilité, le trublion de la politique jurassienne, qui a surpris (et déçu) son monde en abandonnant la mairie de Delémont à la fin de l’hiver, à mi-mandat, a-t-il tenté le «mauvais coup» de trop?

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S’il amuse et stigmatise, avec à chaque fois jusqu’ici des succès électoraux éclatants, Pierre Kohler irrite aussi. Il pourrait, pour la première fois, avoir généré un vote d’opposition, susceptible de l’empêcher de réaliser son rêve d’accéder au Conseil des Etats. Le duel sans merci des candidats invisibles Anne Seydoux–Pierre Kohler aura marqué la campagne jurassienne. Un jeu du chat et de la souris au sort incertain.

Toujours deux PDC et deux PS

Il fallait certainement ce combat pour donner du piment à une élection fédérale jouée d’avance dans le Jura. Tant au National qu’aux Etats, comme c’est le cas depuis 1995 (à la notoire exception de 2007-2011, lorsque l’UDC avait chipé son siège au PDC), le PS et le PDC auront chacun un représentant (le Jura n’a que deux sièges au Conseil national).

Aux Etats, le socialiste Claude Hêche, président de la Chambre des cantons en 2015, sera aisément réélu. Au Conseil national, les sortants PS (Pierre-Alain Fridez) et PDC (Jean-Paul Gschwind – encore que certains prêtent quelque espoir à sa colistière Karine Marti) seront reconduits.

Intérêt concentré sur les élections cantonales

La campagne dans le Jura se sera focalisée sur les élections cantonales, également programmées ce 18 octobre – la législature jurassienne est passée à cinq ans en 2010, et, tous les vingt ans, élections fédérales et cantonales sont simultanées. Avec un grand chamboulement programmé au gouvernement. Trois des cinq sortants ne sont plus en lice: la socialiste Elisabeth Baume-Schneider (contrainte constitutionnellement de s’en aller après treize ans d’exécutif), le PDC Philippe Receveur et le PLR Michel Probst, après neuf ans de Conseil d’Etat. Parce qu’il n’y a pas de raz-de-marée pour changer complètement d’équipe au pouvoir, les sortants Charles Juillard (PDC) et Michel Thentz (PS) devraient conserver leur siège.

Tout indique que la répartition partisane des sièges gouvernementaux ne devrait pas changer (2 PDC, 2 PS, 1 PLR). Mais il faudra attendre le 8 novembre et le second tour pour le vérifier. Le premier tour de ce dimanche permettra d’y voir plus clair et d’opérer des primaires au sein des listes partisanes. Au PS, Nathalie Barthoulot a largement les faveurs de la cote pour un ticket avec Michel Thentz. Au PDC, derrière Charles Juillard, le duel est âpre entre Gabriel Willemin et Martial Courtet. Encore un psychodrame démocrate-chrétien en perspective.

Retour chrétien-social improbable

Le seul qui ait une petite chance de bouleverser l’actuelle distribution gouvernementale (au PLR, l’unique candidat Jacques Gerber joue sur du velours), c’est le chrétien-social franc-montagnard David Eray. Le PCSI était parti gouvernemental jusqu’en 2010. Mais les pronostics ne lui sont guère favorables.

L’élection au parlement cantonal est ouverte. Même si les partis ne sont pas coalisés en fronts de droite ou de gauche, il y a actuellement quasi-équilibre entre les deux bords: 31 députés de droite (PDC-PLR-UDC) et 29 de gauche (PS-PCSI-Verts-POP). Les observateurs ne s’entendent pas: d’aucuns prévoient un basculement à gauche, d’autres programment un léger renforcement de la droite. Les résultats de l’élection au parlement jurassien ne seront connus que demain lundi.