Elle a repris le Département fédéral des finances au pied levé, le 22 septembre, après l'accident cardio-vasculaire de son collègue Hans-Rudolf Merz. Moins d'un mois plus tard, Eveline Widmer-Schlumpf a présenté sans ciller, jeudi, avec le président de la Confédération Pascal Couchepin, le plan d'action conjoint du Conseil fédéral, de la BNS et de la Commission fédérale des banques (CFB).

La ministre de la Justice, épaulée par l'équipe du grand argentier et surtout par le directeur de l'Administration fédérale des finances, Peter Siegenthaler, n'a certes pas agi seule. Mais sa gestion de la crise financière vaut désormais à la Grisonne, qui caracole en tête des sondages de popularité, un véritable concert de louanges. Une reconnaissance d'autant plus particulière que l'ex-UDC Eveline Widmer-Schlumpf - élue depuis moins d'un an au Conseil fédéral et désormais membre du Parti bourgeois-démocrate (PBD) - est pour l'heure peu assurée d'une réélection en 2011...

Une gestion «souveraine»

«De toute évidence, Eveline Widmer-Schlumpf a rempli toutes les attentes durant cette phase critique pour les marchés mondiaux», note le conseiller national et directeur de l'Union suisse des paysans Jacques Bourgeois (PRD/FR). «L'élire était définitivement un bon choix», renchérit le président du groupe PDC aux Chambres, Urs Schwaller. Le Fribourgeois, qui fut à l'instar d'Eveline Widmer-Schlumpf patron des Finances de son canton, connaît cette dernière depuis «plus de dix ans». «Et je n'ai jamais douté de ses compétences», dit-il.

Enfin, le PDC soleurois Pirmin Bischof, qui a déposé une motion demandant un relèvement de la garantie bancaire des épargnants à 100 000 francs, ne tarit pas d'éloges sur la bourgeoise-démocrate. «Le jour même où le Conseil fédéral l'a désignée pour remplacer Hans-Rudolf Merz, Eveline Widmer-Schlumpf répondait aux questions du Conseil national relatives aux finances. Et elle l'a fait souverainement», estime le démocrate-chrétien. Qui se félicite que le gouvernement transmette au parlement, en décembre prochain, un projet sur les épargnants. Pour Pirmin Bischof, «Eveline Widmer-Schlumpf gère extrêmement bien la crise, tout en restant calme, flexible, rassurante. En fait, elle était déjà une bonne conseillère fédérale au Département fédéral de justice et police, mais se révèle encore meilleure aux Finances», conclut-il.

Radicaux et PDC ne sont d'ailleurs pas les seuls à saluer les compétences de celle qui fut élue à la place de Christoph Blocher le 12 décembre 2007. A gauche, on reconnaît qu'«Eveline Widmer-Schlumpf a bien tenu le choc», note le sénateur Alain Berset. «Le parlement ne s'est pas trompé en l'élisant», poursuit le socialiste fribourgeois. «Et hormis nos divergences idéologiques, elle a bien fait son travail tout en respectant les divergences», poursuit-il, tout en restant critique envers le plan présenté par le Conseil fédéral. «Cela étant, Eveline Widmer-Schlumpf a été élue pour faire son travail. Et heureusement que le système de suppléance fonctionne: il est fait pour ça», tempère néanmoins Alain Berset.

Et du côté de l'UDC? Le parti de Christoph Blocher se mord-il les doigts d'avoir chassé de ses rangs la conseillère fédérale, pourtant très à droite? Ou, pour reprendre les mots du sénateur radical Didier Burkhalter, d'avoir «shooté une étoile, provoquant un trou noir»? L'UDC reste en effet bien discrète ces derniers jours sur les compétences de la ministre, donnant l'impression à Pirmin Bischof d'avoir mis «de l'eau dans son vin» à son propos.

«Excellente ministre radicale»

«Eveline Widmer-Schlumpf a bien fait son travail, mais la BNS et la CFB ont joué un rôle prépondérant», rétorque le conseiller national Jean-François Rime. Et le démocrate du centre de rappeler que la Grisonne a accepté son élection contre l'avis de son parti. «D'ailleurs, si elle ne l'avait pas fait, dit-il, elle aurait peut-être été candidate officielle en remplacement de Samuel Schmid.»

Un dernier point sur lequel le vice-président de l'UDC, le Neuchâtelois Yvan Perrin, diverge un brin: «Eveline Widmer-Schlumpf est certes un très bon élément et, vu de l'extérieur, elle a bien géré la crise, estime-t-il. Mais nous ne lui reconnaissons simplement pas le droit de porter nos couleurs. D'ailleurs, elle s'aligne sur le Conseil fédéral qui vient de rejeter, unanimement, notre initiative phare pour le renvoi des criminels étrangers.» Pour Yvan Perrin, «Eveline Widmer-Schlumpf ferait une excellente ministre radicale. Comme Hans-Rudolf Merz.»

A ce propos, il n'est d'ailleurs pas exclu que le PBD, qui n'a pas trouvé de cinquième conseiller national en vue de constituer un groupe parlementaire, négocie prochainement son rattachement au groupe radical aux Chambres...