Ecole

Durcir la maturité? La méthode Schneider-Ammann divise Genève

Le conseiller fédéral ne veut plus que les lacunes en langue première et en maths puissent être compensées par d’autres branches. La conseillère d’Etat Anne Emery-Torracinta estime avoir déjà suffisamment durci les conditions d’obtention du diplôme

Compenser une moyenne de maths peu glorieuse ou une moyenne de français alarmante par une note magistrale en sport ou en musique ne devrait plus être possible. C’est en tout cas le vœu du conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann, qui l’a fait savoir par une lettre envoyée à la Conférence des directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP), rapporte la NZZ am Sonntag. Le ministre souhaite une maturité qui ne transige ni sur la langue première – allemand ou français – ni sur les mathématiques.

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Actuellement, un mécanisme permet actuellement de compenser une moyenne insuffisante dans ces deux disciplines par une autre matière. Un système responsable, pour ses détracteurs, d’une maturité au rabais. Après des années d’atermoiements, la CDIP a décidé en mars de dresser un état des lieux des expériences faites par les cantons qui appliquent des critères supplémentaires. Un groupe de travail présentera ensuite des adaptations possibles.

Pas de chiffres concernant les échecs

A Genève, la conseillère d’Etat Anne Emery-Torracinta ne paraît pas étonnée par la méthode Schneider-Ammann: «Sa proposition illustre l’interrogation qu’on a sur la place à accorder aux maths et au français. A Genève, nous avons déjà un système qui s’apparente à ce qu’il propose. Dès la deuxième année, l’élève doit totaliser 16 points dans quatre branches (français, maths, langue, option spécifique).» Pour la ministre, il s’agit d’une exigence plus importante que le système de la double compensation qui n’intervient qu’en dernière année. «Celui-ci est d’ailleurs moins un facteur d’échec que l’exigence des 16 points.» Mais impossible de chiffrer le pourcentage des étudiants genevois qui échouent en première année d’université.

Une opacité qui cache une réalité peu avouable, selon Jean Romain, député PLR au Grand conseil: «Le collège fournit trop d’étudiants à l’Université qui ne peuvent pas suivre. La maturité ne doit pas donner un simple accès à l’Uni mais procurer les moyens d’y rester.» Un avis que réfute la députée socialiste Salima Moyard: «L’échec à l’Université n’est pas à imputer à la qualité de la maturité, mais plutôt à l’état d’esprit de tourisme académique qui anime certains. Suivre Johann Schneider-Ammann aurait des conséquences dommageables sur les élèves qui excellent dans un domaine et sont médiocres dans ceux qu’ils n’étudieront pas.» Membre de l’Union du corps enseignant secondaire genevois, Marzia Fiastri conçoit de fixer une note minimale en maths et en français en dessous de laquelle point de diplôme, mais sans aller jusqu’à la moyenne partout.

Les changements d’options difficiles à gérer

Si l’idée du conseiller fédéral apporte de l’eau au moulin de Jean Romain, le député pense pourtant avoir trouvé une meilleure solution: une de ses motions, acceptée par le Parlement, oblige les collégiens à étudier certaines disciplines pour éviter les «parcours d’évitement». Entendez le choix d’une option facile – comme l’italien pour un italophone – qui assurerait à ce dernier un repêchage à bon marché des maths ou du français. Une vision à laquelle la conseillère d’Etat n’est pas opposée: «La proposition de Jean Romain rejoignait celle du département, c’est-à-dire d’introduire une option spécifique dès la première année et de simplifier le parcours. Ce serait plus lisible et plus cohérent, et il faut aussi reconnaître que les changements d’option sont difficiles à gérer en termes d’organisation. Nous sommes actuellement en attente du budget pour pouvoir opérer ce changement.»

Reste à voir si ce système musclerait la maturité autant que le souhaite Johann Schneider-Ammann. Lui qui, par cette proposition, pense aussi à revaloriser l’apprentissage. En Suisse, 20,2% des jeunes possèdent une maturité gymnasiale. Genève affiche le taux le plus élevé de Suisse avec 29,5%.

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