Regard

Ebola provoque un accès de fièvre chez Christoph Mörgeli

Il aurait été un très bon scénariste de films catastrophe. Dans la psychose ambiante concernant le virus Ebola, Christoph Mörgeli (UDC/ZH) agite à son tour le spectre de la peur. Son éditorial publié sur le site de son parti se veut prophétique: «La maladie se répandra dans toute l’Afrique de l’Ouest et, conséquence des migrations interafricaines, atteindra bientôt l’Afrique du Sud.»

Continuons: «La panique déclenchée par Ebola pourrait provoquer des mouvements de fuite de masse dont risquent de profiter les bandes criminelles de passeurs. L’Occident pourrait alors être rapidement débordé», écrit-il ensuite. Encore un petit peu: «Il est probable que cette épidémie se propage sur notre continent durant les semaines et mois à venir et finisse par atteindre la Suisse.»

On y est. La Suisse. Le conseiller national qui, rappelons-le, pense avoir quelques affinités avec la médecine pour avoir été directeur et conservateur du poussiéreux Musée de l’histoire de la médecine de l’Université de Zurich jusqu’à son licenciement en 2012, en vient aux faits: ses injonctions pour que la Suisse agisse. Et vite.

Pas question d’avoir la moindre préoccupation humanitaire: c’est la Suisse qu’il faut sauver à tout prix. Sa recette? On passera l’idée, légitime, de renforcer le dispositif de surveillance aux frontières nationales ainsi que dans les aéroports «pour empêcher l’importation d’Ebola». On passera aussi celle, égoïste, de renoncer à l’envoi de soldats suisses dans les pays africains touchés, «car ils risquent de tomber eux-mêmes malades et d’importer le virus». Christoph Mörgeli prend surtout prétexte du climat anxiogène pour s’attaquer, une fois de plus, à la «pratique excessivement laxiste de la Confédération à l’égard des requérants d’asile et des réfugiés».

Il estime, ni plus, ni moins, qu’il faudrait prononcer des interdictions d’entrer sur le territoire suisse et, dans certains cas, carrément suspendre la procédure d’asile. Dès qu’un requérant africain a une grosse goutte qui perle sur son front? Ebola a parfois bon dos.

L’Office fédéral des migrations (ODM) n’a pas attendu Christoph Mörgeli pour agir. Sept cas «à risque» ont été signalés à l’Office fédéral de la santé publique (OFSP); un seul requérant, assure l’ODM, a été identifié comme remplissant vraiment les critères d’une suspicion au virus. Il s’est avéré au final que la personne, un jeune Guinéen arrivé à Vallorbe, n’était pas infectée.

Dès qu’un ressortissant de la Guinée Conakry, du Liberia ou de Sierra Leone arrive en Suisse, l’ODM vérifie s’il a quitté la zone d’épidémie depuis plus de 21 jours, la fameuse période d’incubation. Si ce n’est pas le cas, il prend contact avec le médecin cantonal et organise rapidement le transfert de l’individu vers une structure médicale adéquate.

Bien sûr, il a pu y avoir quelques errements ou prises de risques. Et, comme le suggère le PDC dans une intervention parlementaire, pourquoi ne pas demander des examens médicaux plus poussés pour les requérants aux frontières, ne serait-ce que pour rassurer la population. Contacté par Le Temps, l’OFSP précise qu’aucune mesure particulière n’est prévue à la frontière avec l’Italie, d’où viennent la plupart des migrants. Mais il rappelle aussi que le trajet de l’Afrique de l’Ouest à la Suisse se fait rarement en moins de 21 jours.

Ce qui dérange surtout dans cette affaire, c’est l’instrumentalisation que l’UDC fait d’Ebola pour revendiquer une politique isolationniste. Le phénomène des djihadistes attirés par l’Etat islamique et la crainte de leur retour lui donnait déjà un bon prétexte pour appeler à se barricader. Mais Ebola n’est pas qu’un problème de sécurité. On attendrait plus de dignité de la part d’un politicien et universitaire, pour lequel, petite précision biographique, les danses macabres constituent un important thème de recherche. Sa dernière danse est particulièrement douteuse.