Ebranlés, les Verts s’autocritiquent

Elections Le parti écologiste a encaissé à Zurich sa troisième défaite de l’année

Les ténors des Verts déplorent un manque de sérieux et de projets

Certains sont tentés par une ligne plus à gauche

Choqués, les Verts suisses hésitaient ce lundi entre le silence emprunté et l’amertume désabusée. Une perte de six sièges, de 19 à 13, au Grand Conseil zurichois, un recul de 3,4%, la troisième défaite consécutive dans des élections cantonales depuis le début de l’année fait très mal. Même si le recul parallèle des Vert’libéraux, de 19 à 14 fauteuils, offre une excuse bien commode. La raison de ce double échec serait l’effacement des préoccupations environnementales dans l’agenda politique après l’abandon du taux plancher du franc.

A six mois des élections nationales, le résultat de Zurich sonne comme le tocsin chez les parlementaires fédéraux. Comment inverser la vapeur? «C’est l’une des défaites les plus amères de toute ma carrière politique. Peut-être devrions-nous tenter un peu de populisme», essayait d’ironiser le conseiller national Daniel Vischer.

Avant d’ajouter: «Une défaite des Verts, mais pas uniquement. C’est celle de la gauche rose-verte. Même si le PS gagne un siège, il stagne dans les élections cantonales. Face à la droite libérale-radicale et UDC, la gauche va mal.» Pour lui, «il faut arrêter de gémir sur le manque d’intérêt de l’opinion pour l’environnement. Nous ne sommes plus des players face à la crise. La droite a su en profiter.»

Son collègue Balthasar Glättli, lui d’habitude si prolixe avec les médias, se taisait. Il a finalement envoyé un SMS: «Nous devons devenir beaucoup plus sérieux. Face au renforcement de la droite, nous devons offrir une opposition plus claire. Sinon les questions environnementales et sociales passeront à l’as.»

C’est d’abord sur le taux exceptionnellement bas de la participation, 31,3%, même pas un tiers des électeurs, que le conseiller national socialiste Andreas Gross, spécialiste de la démocratie directe, veut mettre le doigt, avant d’asséner ses reproches à la gauche rose-verte. «Un taux aussi bas historiquement est le reflet de la crise de la politique, analyse-t-il. Elle n’est plus prise au sérieux. Pour la grande majorité de nos concitoyens, c’est devenu un spectacle à consommer, c’est tout.»

La raison? «Le manque de projets. La gauche n’en a plus et la droite n’en a qu’un: faire baisser les impôts. La politique a fini par capituler. C’est désespérant, car s’il y a un niveau où l’on peut avoir des idées, de l’ambition, c’est bien à celui du canton. Rien ne distingue plus les partis entre eux.»

En fait, si le camp rose-vert a perdu en influence face à la droite UDC-PLR, cela vient en partie du transfert de voix socialistes et vertes sur la liste de l’Alternative de gauche, constate l’ancien conseiller national Josef Lang, vice-président des Verts.

En ville de Zurich, relève-t-il, la liste verte n’a perdu des voix qu’au profit de l’Alternative de gauche. «Une grande partie de l’électorat zappe fréquemment entre PS, Verts et Alternative. Mais une part avait l’impression que la direction des Verts souhaitait un rapprochement en direction des Vert’libéraux. Ce qui a été très mal reçu, au point que nous avons dû publier, en octobre dernier, une prise de position claire pour démentir ces intentions.»

Mais le soutien des Verts à l’initiative des Vert’libéraux pour le remplacement de la TVA par une taxe sur l’énergie a renforcé l’incompréhension. Le profil du parti écologiste en a été affaibli et ses électeurs les plus à gauche l’ont quitté.

L’absence d’un vrai projet qui distingue les Verts des Vert’libéraux ou du PS, c’est précisément ce que reproche Daniel Vischer à son propre parti. «Nous sommes trop dispersés. Nous devons retrouver des priorités, affirmer notre discours, préciser notre objectif. Etre plus clairs et plus combatifs; offrir un discours mêlant à la fois la fermeté de l’opposition et les réponses que l’on attend d’un parti responsable.»

En fait, alors que la droite UDC- PLR, à laquelle s’est rallié le PDC, saisissait l’aubaine de l’abandon du taux plancher et la crise du franc fort pour lancer un programme de dérégulation, de suppression de mesures d’accompagnement ou d’abandon de certaines mesures sociales, la gauche est partie en ordre dispersé. La droite a pu afficher un profil et un programme identifiables. Auquel la gauche n’a pas su répondre en rendant crédible son exigence d’un retour au taux plancher.

Résultat, une partie de l’électorat vert’libéral a rejoint le PLR. Simple retour à l’ordre des choses, après les élections de 2011 où la droite classique avait perdu des plumes face à l’arrivée de cette nouvelle formation propulsée par l’effet Fukushima. Alors que chez les Verts, «sans proposition claire de notre part en matière sociale, une partie de nos électeurs a voté pour l’Alternative, les autres se sont abstenus», estime Josef Lang.

Chez les Verts suisses, la grande question désormais est de savoir comment récupérer cet électorat plus à gauche. Pour Daniel Vischer comme Josef Lang, cela passe par un repositionnement du parti plus à gauche, un effort pédagogique pour montrer qu’il y a de la place pour une politique écologique du logement, de l’emploi. «Les Verts, dit Josef Lang, doivent être capables de montrer comment le social est lié à l’écologie. Par ailleurs, il faut être plus offensifs dans la défense des droits fondamentaux et la protection de la sphère privée, par exemple dans la loi sur le renseignement.»

«La gauche n’a plus de projet et la droite n’en a qu’un: baisser les impôts. La politique a fini par capituler»