La crainte de se muer en cité-dortoir plane sur Echallens. A quelques semaines d’une élection complémentaire à la municipalité, l’inquiétude alimente les propos des quatre candidats en lice.

Ce jour de février, le Lausanne-Echallens-Bercher brave la bise. Autrefois surnommée «la brouette», le LEB relie en trente minutes le bourg du Gros-de-Vaud à la capitale vaudoise. Le train convoie les pendulaires toutes les demi-heures en attendant une cadence au quart d’heure.

La ligne favorise l’exode de l’Arc lémanique, saturé et trop cher. La population du bourg est passée de 2800 à 5600 habitants en une trentaine d’années. La proximité, la verdure, le calme, la qualité de vie, les commerces séduisent les nouveaux venus.

Depuis les vitres embuées, on aperçoit les domaines agricoles, «greniers du canton». Puis des locatifs récents, des quartiers de villas, avant de frôler l’architecture labourée du bourg d’origine riche en commerces. C’est ce «petit miracle» entre ville et campagne que tout le monde veut préserver contre les affres des cités-dortoirs, sans pour autant stopper l’essor du chef-lieu d’un district de 37 localités et 41 000 âmes.

Sébastien Lehmann attend sur le quai. Il brigue le siège municipal. Educateur spécialisé de 34 ans, il se présente sous la bannière du PS et des indépendants de gauche. Ses adversaires concourent également sur des listes de parti. C’est inédit. Christian Monney mène la liste de l’Entente communale. Un regroupement qui se dit étranger aux logiques partisanes. Stefano Bottali a créé et préside la section UDC. Thierry Schiffmann est le champion des Verts.

Une initiative cantonale socialiste acceptée en 2011, réclamant le scrutin proportionnel pour l’élection des membres des parlements des communes de plus de 3000 habitants, a stimulé l’apparition des formations politiques. Alors qu’à l’exécutif, l’élu sera désigné au système majoritaire, le round du 8 mars sert surtout à préparer l’élection du printemps 2016 où l’on se disputera les 60 places du législatif.

Sébastien Lehmann réside dans le bourg depuis six ans. Il siège au Conseil communal. Défiant le vent froid, il montre l’endroit où surgira une unité d’accueil pour écoliers, «essentielle pour les familles quand les deux parents travaillent». Il évoque les besoins en logements abordables. Le boom démographique renchérit les loyers. A ses yeux, la mixité des couches sociales, des emplois et des habitants, des commerces et des services publics, est le gage de la cohésion de la commune.

Echallens se déploie sur un promontoire creusé par les eaux du Talent. Des échoppes balisent les ruelles de la bourgade. Elles ont souffert pendant des longs travaux routiers. Les affaires ont repris ensuite. «Mais ça reste fragile», soupire un commerçant.

Thierry Schiffmann observe les rares passants frigorifiés depuis les marches de l’Hôtel de Ville. L’étudiant en lettres à l’Université de Lausanne est conseiller communal, il a 26 ans. Cet enfant du pays veut «encadrer» la croissance. «Il ne faut pas la subir, explique-t-il, il vaut mieux anticiper.» Le canton envisage de bâtir un nouveau gymnase dans le Gros-de-Vaud. «Pourquoi ne pas imaginer l’établissement près du centre-ville? Les commerces y gagneraient. Et on limiterait le va-et-vient des voitures.» Le Vert signale la nécessité de rationaliser l’occupation de l’espace, à la lumière aussi des nouvelles exigences fédérales sur l’aménagement du territoire.

Les clochers des églises et des temples dressés côte à côte au cœur du bourg matérialisent cinq siècles de présence catholique au cœur d’un canton à majorité protestante. Le PDC y réalise encore des résultats électoraux supérieurs à la moyenne cantonale du parti.

Christian Monney préside le Conseil communal. L’ingénieur de 45 ans est installé depuis l’an 2000 dans la localité. Au pied des édifices éternels, il prône «le développement dans la continuité avec pragmatisme. Nous devons demeurer attrayants pour les nouveaux habitants et pour les PME», estime-t-il, attablé à la Maison du blé et du pain, institution qui attire gourmands et touristes. «Il est important de renforcer les liens avec les communes du district pour résister à la pression de Lausanne et d’Yverdon.» Tant pis si la fusion programmée avec cinq voisins a échoué en novembre 2014: «Echallens reste le centre névralgique de la région.»

Le soleil se couche sur le Jura. Le trafic s’intensifie. Les cars postaux filent vers Thierrens, Cossonay, Poliez-Pittet. Les voitures pistent les places de parc. Un problème lancinant, confie un automobiliste en attente.

Très occupé, Stefano Bottali, 57 ans, s’explique au téléphone. Menuisier-ébéniste indépendant, il a été élu au législatif en 1995. Il vit à Echallens depuis 27 ans. «Je suis un homme de terrain. Je privilégie le contact. Et je contribue à la vigueur de la vie associative», forte de 80 sociétés locales. «L’étiquette UDC ne va pas influencer ma façon de faire les choses. Ce qui prime, c’est l’intérêt de la commune. Je vais apporter une pierre à l’édifice.»

Yvan Nicolier, le syndic disparu subitement à l’âge de 57 ans en novembre dernier, s’était consacré entièrement à cet «édifice». Pendant un quart de siècle, l’édile a été la figure tutélaire d’Echallens. Il a encouragé «une croissance harmonieuse et équilibrée», juge Pascal Dessauges, préfet du Gros-de-Vaud. C’est cet homme «visionnaire, épris de sa terre» qu’il faut remplacer le 8 mars.

Le quatuor en compétition s’inscrit dans cet héritage. Fatalement, la confrontation ne s’enflamme pas. Les candidats se tâtent: jouer l’appartenance politique ou pas?

Quoi qu’il en soit, au lendemain du vote, le nouveau municipal et ses quatre collègues devront poursuivre la densification de la commune. On prévoit l’arrivée de 1000 à 1500 habitants supplémentaires. Un écoquartier, «Crépon 2», se profile à l’horizon. Ils devront également composer avec des ressources limitées. Les droits de superficie pour les nouveaux quartiers et les recettes fiscales escomptées devraient cependant soulager la commune. Quant à la dette d’une soixantaine de millions, correspondant au double du budget annuel, elle préoccupe mais n’empêche pas Echallens de se projeter dans le futur.

L’enfant du pays veut «encadrer» la croissance: «Il ne faut pas la subir, il vaut mieux anticiper»