formation

Echanges linguistiques: «Les enseignants doivent montrer l’exemple»

Les écoles suisses sont à la traîne en matière d'échanges linguistiques. Pour que cela change, les enseignants doivent eux-mêmes avoir fait une telle expérience, selon Movetia, qui veut rendre ces séjours obligatoires pour les futurs profs

Trop peu d’élèves effectuent un échange linguistique dans une autre région de Suisse. Tel est le constat de la Confédération. Pour inverser la tendance, l’agence nationale pour la promotion des échanges et de la mobilité Movetia s’attaque au problème en amont: les enseignants doivent eux-mêmes avoir effectué un tel échange pour inciter leurs élèves à en faire autant. «Les jeunes enseignants doivent être des ambassadeurs», dit Olivier Tschopp, le directeur de Movetia. Pour ce faire, un projet pilote d’échanges nationaux destinés aux étudiants des hautes écoles pédagogiques (HEP) débutera en août 2019.

Lire l'article lié: La Suisse, cancre des échanges linguistiques à l’école

Le but? «Encourager les jeunes enseignants à faire un séjour dans une autre région pour leur permettre d’améliorer leurs compétences linguistiques, renforcer leur intérêt pour les langues nationales ainsi que leur confiance en eux, explique Olivier Tschopp. En ciblant la relève, nous misons sur l’effet multiplicateur.» Forts de cette expérience, les maîtres pourront, une fois diplômés, en expliquer les bénéfices aux écoliers.

Pour les profs de maths aussi

Pour participer au programme, pas besoin d’enseigner une langue nationale: «Cela doit être l’affaire de tous, il s’agit de sortir de l’ornière», dit le spécialiste. Un étudiant romand outre-Sarine assistera par exemple un enseignant alémanique pour les cours de français. Il donnera aussi lui-même des cours dans l’idiome local pour améliorer son niveau de langue. La découverte d’autres manières d’enseigner est un autre objectif, un moyen de «renforcer la cohésion nationale». Les échanges vont de quatre semaines pour les étudiants à plusieurs mois pour les fraîchement diplômés.

Le principe s’inspire du programme Swiss-European Mobility Programme (SEMP), qui permet aux étudiants et professionnels de réaliser un stage, une formation continue ou d’enseigner en Europe. Movetia propose désormais le concept au niveau suisse, constatant une demande des enseignants en formation. Financé à hauteur de 300 000 francs pour la phase pilote, le projet ne sera destiné qu’à un nombre limité d’étudiants au début.

Séjours étrangers plus alléchants

Quid du risque que les étudiants préfèrent aller à l’étranger plutôt qu’en Suisse? Olivier Tschopp concède: «C’est la grande difficulté, toutefois il ne s’agit pas de mettre les possibilités d’échanges en concurrence.» Les futurs étudiants se destinant à l’enseignement primaire seront encouragés à effectuer un séjour national, tandis que les futurs profs de gymnase opteront plutôt pour le programme européen.

Si ces stages ne seront pas tout de suite obligatoires, le but à terme est de les systématiser au sein de toutes les HEP du pays. Certains cantons disposent déjà d’une telle offre, comme Fribourg (étant bilingue), Zurich ou Thurgovie. Les institutions seront tenues d’informer les étudiants sur ces échanges linguistiques et d’en faire la promotion. Olivier Tschopp est convaincu: «Le plurilinguisme est un atout helvétique sur lequel il faut miser.»

Publicité