Le climat d'austérité budgétaire qui s'est établi depuis le début de l'année commence à déployer ses effets. Moritz Leuenberger l'a éprouvé mercredi lors de la séance du Conseil fédéral. Ses collègues ont biffé du programme de législature la révision de la loi sur la protection de la nature portant sur la création de nouveaux parcs naturels. Le Conseil fédéral a encore décidé de repousser le message sur les crédits destinés au raccordement au réseau européen à grande vitesse, en attendant que soit connue la façon dont seraient réglés les coûts ultérieurs des grands projets ferroviaires. Par contre, le chef du Département de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication (DETEC) a obtenu à peu de chose près les moyens qu'il demandait pour la réorganisation de l'Office fédéral de l'aviation civile (OFAC), qui obtiendra 60 postes supplémentaires.

Moritz Leuenberger a expliqué devant la presse avec son ironie habituelle qu'il déplorait dans le premier cas le rejet d'un projet qui avait été accueilli favorablement par tous les cantons, mais qu'il se pliait collégialement à la décision du Conseil fédéral. Il s'agissait d'assurer le soutien de la Confédération à de nouvelles catégories de parcs naturels, en particulier de parcs naturels régionaux ayant pour objet d'assurer le développement durable en favorisant la qualité de vie de la population. Le rejet de ce projet, malgré le fait que l'Office fédéral de l'environnement devait compenser les dépenses supplémentaires à l'interne, traduit un nouveau regard du Conseil fédéral sur ses priorités.

La question se pose un peu différemment pour le raccordement au réseau ferroviaire européen à grande vitesse. Le Conseil fédéral avait déjà fait preuve de prudence à fin janvier en décidant de scinder l'opération en deux phases. Le raccordement de l'aéroport de Bâle-Mulhouse comme le réaménagement de la liaison Delle-Belfort avaient alors été remis à plus tard. Le gouvernement a décidé mercredi de surseoir à la publication du message concernant la première tranche, largement destinée à l'amélioration des accès TGV de la Suisse romande vers Paris, soit la construction de la ligne Mâcon-Genève et l'amélioration de la liaison par Vallorbe. Les dépassements de crédits de 700 millions récemment découverts dans le chantier des NLFA ne sont sans doute pas étrangers à ce regain de précautions. Le DETEC et le Département des finances devaient de toute façon analyser d'ici au début de l'été la façon d'amortir les prêts consentis pour la construction des transversales alpines aux CFF et au BLS, qui seront à l'évidence dans l'impossibilité de rembourser les 4 milliards qui leur ont été avancés. Si le Conseil fédéral a décidé d'y voir plus clair avant de lancer les raccordements au TGV, c'est que la tentation existe de récupérer sur d'autres projets les surcoûts des NLFA.

60 postes créés à l'OFAC

En revanche, le Conseil fédéral ne chipote pas sur la sécurité aérienne, un domaine dans lequel la Suisse doit remonter au niveau européen et restaurer une confiance perdue après plusieurs accidents, en particulier la catastrophe d'Überlingen. Il a décidé mercredi de proposer au parlement une rallonge de 11,5 millions destinée à l'engagement, en deux étapes, de 60 spécialistes – sur les 82 demandés –, dans le cadre de la réorganisation de l'Office fédéral de l'aviation civile (OFAC). Une réorganisation, a précisé Moritz Leuenberger, qui marque un renversement de philosophie. L'OFAC, qui «réagissait ponctuellement, va désormais agir systématiquement». Le secteur de la sécurité sera divisé en trois entités chargées respectivement du contrôle des avions, des compagnies aériennes et des pilotes, des aéroports et de Skyguide. Une quatrième division s'occupera de la politique de sécurité et du contrôle interne. Une partie des coûts devrait être couverte par des économies internes et des hausses de redevances.