Devant l’hôpital de Sion, de Morges, de Neuchâtel ou encore les HUG à Genève, leurs tenues ne passent pas inaperçues. Si le kaki rappelle l’armée, les pointes d’orange les distinguent des militaires, arrivés un peu plus tard en renfort pour faire face à la pandémie de Covid-19. Eux? Ce sont les astreints à la protection civile (PCi). Ils sont mobilisés sur la quasi-totalité du territoire. En Suisse romande, ils sont actuellement plus d’un millier. Et ce chiffre augmente au gré de l’évolution de la pandémie.

Le canton de Vaud a lancé une mobilisation générale de la PCi. Sur les 800 convoqués, plus de 300 sont déjà sur le terrain. D’autres cantons pourraient suivre l’exemple vaudois, avance l’Office fédéral de la protection de la population. En Valais, environ 250 astreints, sur les quelque 2700 personnes mobilisables, sont sur le terrain depuis le début du mois de mars. «Quoi qu’il arrive, on est prêts. On peut monter en puissance sans problème, bien plus rapidement que l’armée», souligne le major Marc-André Pillet, le commandant de la PCi région Martigny et environs.

Si la mobilisation de l’armée – la plus grande depuis la Seconde Guerre mondiale avec 8000 soldats – a fait les gros titres de la presse nationale, celle de la protection civile s’est déroulée dans une grande indifférence. «Les gens et les médias parlent plus de l’armée car c’est plus «vendeur» que la PCi, qui remplit des missions peut-être plus ingrates», souligne l’Organisation de gestion de crise et de catastrophe du canton du Neuchâtel.

Complémentarité armée-PCi

Mais sur le terrain, «nous sommes autant visibles que les militaires», assure le major Nicolas Gauye. Et il n’est pas question d’opposer les deux entités. «L’armée et la protection civile sont complémentaires», insiste le commandant de la PCi région de Sion. Les militaires apportent en effet une plus-value que les astreints ne peuvent pas offrir. «Contrairement à l’armée, la protection civile n’a pas de service sanitaire, pas d’infrastructure médicale et pratiquement pas de personnel médical spécialisé», rappelle Olivier Andres, suppléant du chef de l’Office bernois de la sécurité civile, du sport et des affaires militaires.

La collaboration est donc primordiale. Et le major Marc-André Pillet de le démontrer: «La demi-douzaine de militaires qui intervient à l’hôpital de Martigny est basée à Sion. Ce sont des astreints de la protection civile qui garantissent le transport entre les deux villes et permettent aux militaires d’être à leur poste.»

Depuis le début du mois de mars, le major Pillet a convoqué une trentaine de personnes sur les quelque 500 à sa disposition pour assurer des missions diverses et variées: accueil et aiguillage des patients à l’entrée de l’hôpital du coude du Rhône ou devant la Maison de la santé de Sembrancher, livraisons de repas et de commissions à domicile ou encore service de taxis-ambulances, pour les personnes qui peuvent se tenir assises et qui ne sont pas trop souffrantes.

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Une limite à ne pas dépasser

Même s’il appartient aux cantons de définir les missions de la protection civile, en ces temps de crise, partout en Suisse, elles se ressemblent. La protection civile est au service de la population et des patients. Mais le major Marc-André Pillet rappelle qu’elle n’est pas là pour faire tout et n’importe quoi. Si ses hommes assurent la livraison des commissions jusqu’au domicile des personnes à risques par exemple, ce n’est pas leur rôle de faire les courses au magasin. «Il y a de nombreux bénévoles qui s’annoncent pour réaliser ces tâches. Une fois qu'elles sont accomplies, ils déposent les sacs de commission dans un lieu défini, depuis lequel nous assurons leur livraison», détaille-t-il.

A Sion aussi, la protection civile est sur le pont depuis un mois maintenant et «le moral est bon», assure le major Nicolas Gauye. Une partie des astreints se rend compte que la PCi ne sert pas qu’à faire des cours de répétition et qu’en cas de crise elle fait partie des appuis indispensables à un canton. «Les remerciements de la population mettent du baume au cœur et sont importants pour leur motivation», reconnaît le major Gauye. Si, comme tout le monde, il ne souhaite pas que cette situation exceptionnelle s’éternise, il n’a eu d’autre choix que de prévoir une telle éventualité.

Prêts pour une mobilisation à long terme

«Nous avons planifié notre intervention sur plusieurs mois. Il est nécessaire de le faire, pour tenir le cas échéant», appuie-t-il. Pour éviter que les astreints n’accusent le coup au fil de la mobilisation, un système de tournus a été mis en place. Chaque semaine, de nouveaux astreints viennent prendre le relais du groupe précédent, qui sera de nouveau mobilisé quelques semaines plus tard. «Ce mix entre engagement et vie civile est important, insiste Nicolas Gauye. Cette sortie du système permet de prendre du repos pour être en forme et ressourcé au moment de retourner au front.»

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