Les écoles créationnistes réveillent les autorités romandes

Education Genève vérifie si les cours de deux établissements respectent le cadre légal

Les révélations de l’agence de presse protestante Protestinfo quant à l’enseignement de théories créationnistes au sein d’écoles privées romandes chrétiennes, semblent avoir réveillé plusieurs directions de l’Instruction publique de leur torpeur. Et pour cause, elles n’étaient pas au courant de cette pratique, en vigueur dans sept établissements scolaires situés dans les cantons de Genève, Vaud, Fribourg et Berne, et qui concerne près de 200 élèves. Le créationnisme est une doctrine qui, dans sa version minimaliste, postule que l’Univers et ses êtres vivants ont été créés ex nihilo par Dieu, par opposition à la théorie de l’évolution.

Jeudi, la nouvelle conseillère d’Etat genevoise Anne Emery-Torracinta (PS) a décidé d’enquêter sur les deux écoles sises sur les communes du Grand-Saconnex et de Cologny. La magistrate de l’Instruction publique indique que le contenu précis de leur enseignement n’était pas connu de la direction actuelle de son département. «J’ai décidé de procéder à un contrôle pour déterminer si les dispositions légales sont bien respectées.» Les vérifications consisteront à déterminer si leur programme scolaire est conforme aux exigences du plan d’étude romand, et à examiner si toutes les autorisations nécessaires pour s’implanter dans le canton sont réunies. En l’absence de base légale ou réglementaire, les autorités ne peuvent pas intervenir sur les matières supplémentaires enseignées.

Interrogé par Protestinfo, Eric Tendon, président de l’association qui réunit toutes ces institutions, précise que «la théorie de l’évolution est aussi présentée, mais pas comme une vérité».

La liberté de croyance en jeu

Cette absence de base légale n’est pas anodine, comme le rappelle Pierre-André Sieber, conseiller scientifique et porte-parole de l’Instruction publique fribourgeoise. «Il est difficile d’agir, sachant que l’Etat est tenu constitutionnellement de garantir la liberté de croyance de chacun. Nous exigeons de la part de ces élèves qu’ils disposent de compétences équivalentes à ceux inscrits à l’école publique. Il faut rappeler que la responsabilité des parents est également engagée. Ils ont tous choisi sciemment de placer leur enfant dans de tels établissements.»

Le canton de Fribourg n’en héberge qu’un seul. Situé à Siviriez, il n’a pas suscité d’inquiétude de la part des autorités. «On peut même dire que tous les élèves ont un excellent niveau», commente le porte-parole.

Le canton de Vaud dénombre, quant à lui, trois écoles privées de ce type, à L’Isle, Oron et Payerne. Son Département de la formation n’avait, lui non plus, pas connaissance de ce type particulier d’enseignement. «Nous n’avons pas d’outils à notre disposition pour agir, déplore presque Michael Fiaux, son porte-parole. Les écoles privées sont régies par la loi sur l’enseignement privé, datant de 1984.» Cette dernière stipule que l’Etat «ne se porte garant ni des méthodes, ni de la qualité d’enseignement».

A l’instar des trois autres cantons, Genève ne peut toujours pas intervenir sur ces questions, le projet de refonte de la loi sur l’instruction publique ayant été retiré la semaine dernière de l’ordre du jour du parlement ( lire ci-dessous) .