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Dans les écoles genevoises, le short joue à cache-cache

En matière de tenues vestimentaires estivales, les règlements varient selon les établissements secondaires. Devant l’indécence ou l’incorrection, certains interdisent plus ou moins explicitement. Beaucoup proposent notamment des t-shirts larges aux contrevenants

C’est un thème qui agite les préaux aux beaux jours revenus. Un thème à haut potentiel polémique, inversement proportionnel à la taille du short: les bonnes pratiques en matière de tenues vestimentaires estivales des élèves du secondaire. Ou comment un bout de tissu peut faire trembler le Département de l’instruction publique (DIP), craignant d’éventuels hurlements à la discrimination ou au sexisme. Cette saison, la mode pour filles est en effet au mini-short et au décolleté.

Personne à Genève n’est encore monté aux barricades devant le bannissement plus ou moins explicite de ces carrés d’étoffe licencieux, même si élèves et parents, ici ou là, critiquent les consignes: «Je trouve qu’elles ne respectent pas les libertés, estime un élève de 10e année. De plus, elles nous valent des annotations sous forme de stickers, faciles à décoller. C’est donc inefficace.»

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«Le politique ne se positionne pas sur ce qu’est la décence»

Il n’en va pas de même partout, puisque les règles varient selon les établissements. La loi sur l’instruction publique (LIP) stipule que les élèves «portent une tenue vestimentaire correcte et adaptée au cadre scolaire». Volontairement évasif et aussi subjectif: «Le politique ne se positionne pas sur ce qu’est la décence. Sinon, on n’aurait pas fini de rire!» lance Salima Moyard, députée socialiste au Grand Conseil et membre de la Commission de l’enseignement, par ailleurs enseignante également. Le principe de la loi énoncé, reste donc aux écoles à l’interpréter: «Davantage de détails peuvent être mentionnés dans des règlements internes, explique Pierre-Antoine Preti, porte-parole du DIP. Ils sont élaborés entre professionnels, puis explicités dans le cadre d’échanges entre maîtres et élèves.»

Des échanges pas toujours faciles à gérer: «Il est plus facile pour une enseignante de dire à une élève de cacher son nombril que pour un enseignant, relève Salima Moyard. Car s’exprimer sur ce sujet revient à dire qu’on a vu. Dans l’ambiance actuelle, cela peut passer pour ambigu.» Etrange paradoxe contemporain qui voit cohabiter une super-érotisation de la société et l’opprobre jeté sur ceux soupçonnés d’y succomber. La députée relève que les shorts des enseignants provoquent parfois aussi des débats nourris, certains directeurs les trouvant indignes de la fonction.

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«Ne pas voir le mal là où il n’est pas»

Il y a donc ceux qui réglementent et ceux qui tempèrent. Le directeur du cycle d’orientation de Vuillonnex dans la commune de Confignon, Pierre-Antoine Bertoli, est de ces derniers. Il se refuse à se montrer directif, faisant confiance au discernement des enseignants: «Nous devons avoir une marge de tolérance et ne pas voir le mal là où il n’est pas.» Autrement dit, faire la différence entre la gamine en culottes courtes et la jeune fille provocante. En revanche, comme ailleurs dans le canton, il se montre intraitable sur les t-shirts aux inscriptions vexatoires ou à connotation politique. A ceux qui les arborent, l’école réserve un t-shirt neutre pour camoufler le mauvais goût.

La coercition douce, version maillot peu seyant, est assez répandue à Genève. Au cycle des Coudriers au Petit-Saconnex, où beaucoup de cultures se côtoient, il sert parfois à éviter des anicroches entre communautés, comme à couvrir des filles trop dénudées: «Le t-shirt nous simplifie la tâche car nous n’avons pas besoin de renvoyer l’élève à la maison, explique le directeur, Léonard Morand. Si un professeur est heurté dans sa sensibilité, il peut aller voir le doyen.» Aux Voirets à Plan-les-Ouates, le t-shirt large est disponible en différents coloris. Les garçons doivent aussi s’abstenir de porter des débardeurs et des sandales. «Le plus souvent, les élèves sont priés d’aller se changer pour l’après-midi», explique le directeur, Paolo Cattani. Dans les écoles privées, les extravagances sont plus facilement passibles de sanctions. A l’Institut Florimont, l’élève qui contrevient à la correction doit revêtir son uniforme de sport, explique le directeur, Sean Power. S’il persiste, l’école peut aller jusqu’au renvoi à la maison, rare.

Ni nombril apparent ni dos nu

Des écoles publiques optent pour davantage de formalisme, comme le cycle de Bois-Caran, qui a envoyé une circulaire aux parents, dont les principes figureront dans le nouveau règlement: «Pour éviter les marges d’interprétation, avance le directeur, Patrick Houlmann. L’absence de cohérence est souvent plus mal perçue que la règle.» Celle-ci proscrit les décolletés, le nombril apparent, le dos nu, le mini-short ou la minijupe, les tongs balnéaires. «Le savoir-être incombe aussi à l’école, il passe aussi bien par le langage et la posture que par la tenue vestimentaire», ajoute le directeur.

Dans le Plan d’études romand, cette question est d’ailleurs prétexte à débattre du rôle de l’habillement dans notre société, sous l’angle historique, celui de l’orientation professionnelle ou de l’identification à un groupe. Les écoles seraient-elles en train de pallier un déficit d’éducation parentale? Pas toujours. Beaucoup d’enseignants l’assurent: certaines adolescentes quittent le domicile la mise irréprochable pour se dévêtir du superflu sur le chemin de l’école. Cacher, révéler, une histoire vieille comme le monde.

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