Les préaux ont été bien silencieux ce lundi matin. Les chaises sont demeurées sur les pupitres et les vestiaires orphelins des habituels bonnets ou vestes. Trois jours après l’annonce sans précédent du Conseil fédéral, le système scolaire du pays s’est arrêté ce 16 mars 2020. L’ensemble des écoles vont rester fermées jusqu’à la date du 30 avril pour de nombreux cantons. Une fermeture qui pourrait se prolonger. C’est dorénavant bien davantage qu’une hypothèse, les élèves pourraient se retrouver contraints de rester à la maison jusqu’aux grandes vacances d’été. «La situation est très sérieuse, plus rien n’est à exclure», a déclaré ce lundi la conseillère d’Etat neuchâteloise Monika Maire-Hefti, cheffe du Département de l’éducation et de la famille, dans une interview au journal Arcinfo.

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La socialiste neuchâteloise n’est pas la première à évoquer publiquement une fermeture plus longue qu’initialement annoncé. Dimanche déjà, la conseillère d’Etat zurichoise Silvia Steiner, présidente de la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP), déclarait dans la NZZ am Sonntag: «La science prévoit qu’il faudra trois à quatre mois pour que l’épidémie se calme, nous devons donc également nous attendre à ce que les écoles restent fermées durant ce laps de temps.»

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«Prise de conscience des parents»

Contactée, Monika Maire-Hefti confirme que ses services se préparent au scénario d’une fermeture à long terme. «Surtout avec les annonces du Conseil fédéral de ce lundi, il devient difficile d’imaginer une réouverture rapide des écoles, souligne la conseillère d’Etat. Mais il est important de garder des échéances, afin d’arriver à se projeter dans l’avenir et aller de l’avant. Cette épidémie aura un impact majeur sur notre société et il faudra que nous tenions sur la durée.» Pour l’heure, la Neuchâteloise se félicite de ce premier jour de fermeture, dont le bilan se révèle positif, malgré les circonstances. Beaucoup moins d’enfants qu’attendu se sont en effet présentés dans les points d’accueil d’urgence: «Il y a eu une véritable prise de conscience de la part des parents.»

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Le constat est similaire dans les différents cantons romands. Ainsi, dans les écoles primaires genevoises, le mot d’ordre aux parents de garder leurs enfants à la maison a fonctionné, se félicite la conseillère d’Etat Anne Emery-Torracinta, chargée du Département de l’instruction publique, de la formation et de la jeunesse. Elle relève que les écoles ont accueilli entre zéro et 20 élèves seulement. «Depuis quelques jours, nous devons inventer, avec humilité», note encore la ministre, qui ne cache pas que son département réfléchit également à l’éventualité de devoir terminer l’année scolaire après seulement deux trimestres.

Reste qu’une fermeture prolongée jusqu’à l’été poserait des questions importantes, notamment en lien avec les examens de fin d’année. «Pour l’heure, c’est trop tôt pour se déterminer, note enfin la Neuchâteloise Monika Maire-Hefti. Nous devons d’abord en discuter entre les cantons, en particulier romands, et avec la Confédération, pour arriver à des décisions communes à tout le pays.»

Priorité à l’enseignement à distance

«Tout le monde se prépare à ce que les mesures soient prolongées, souligne de son côté Samuel Rohrbach, le président du Syndicat des enseignants romands (SER). Mais dans ces premiers jours, la priorité est la mise en place des moyens d’enseignement à distance. Les enseignants sont ainsi en train de prendre contact avec leurs élèves.» Il demeure encore de nombreuses questions, notamment liées au matériel informatique. «Certains enfants n’ont tout simplement pas d’ordinateur, ou alors il n’y en a qu’un pour toute la famille», s’interroge Samuel Rohrbach.

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Le président du SER s’inquiète de la gestion de l’enseignement à distance sur la durée. «Il ne faut pas se faire d’illusions, il ne remplacera jamais la présence en classe, avec le contact humain. C’est impensable de pouvoir prodiguer le même enseignement. Nous arriverons à garder le lien entre l’école et les élèves, mais il sera difficile d’introduire de nouvelles notions. Le suivi et le contrôle des acquis seront compliqués.» Pour l’enseignant jurassien, c’est surtout le principe d’égalité, pilier fondamental de l’instruction publique, qui se retrouvera mis à mal: «Il y a des élèves qui ont des facilités, d’autres non. Certains bénéficient du soutien de leurs parents, d’autres pas.»

«Mise en parenthèse de la vie scolaire»

Dans le cas où l’école devrait rester fermée jusqu’aux grandes vacances, Samuel Rohrbach appelle les autorités à des décisions fortes: «Les examens devraient être réduits au programme étudié jusqu’au mois de mars, insiste-t-il. En aucun cas, il ne faudrait contraindre les élèves à recommencer leur année, ce qui provoquerait un chaos organisationnel.» Il conclut: «Ce que nous vivons est exceptionnel. Cette fermeture des écoles doit être considérée comme une période transitoire, une mise entre parenthèses de la vie scolaire, qui reprendra une fois l’épidémie passée.»


Collaboration: Laure Lugon