La première enquête du Programme international de suivi des acquis des élèves (PISA) avait provoqué l'émoi en 2002. Les jeunes Suisses de 15 ans lisaient moins bien que beaucoup de leurs camarades aux quatre coins du monde. Cependant, une fois digérée la surprise, l'école n'a pas été mise sens dessus dessous du jour au lendemain. En revanche, l'étude de l'OCDE a changé le climat autour de l'école et nourri des causes parfois inconciliables.

PISA a accéléré le processus d'harmonisation intercantonale (HarmoS), suggère Olivier Maradan, secrétaire général adjoint de la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l'instruction publique (CDIP). Et, à Genève, elle «n'a pas desservi les tenants du retour des notes», philosophe Jean Romain, porte-parole de l'Association refaire l'école (Arle), instigatrice de l'initiative plébiscitée en septembre 2006.

Bons en sciences

PISA avait fait peur à la Suisse en 2002. Trois ans plus tard, son deuxième rapport l'avait un peu rassurée. Aujourd'hui, on attend sereinement les résultats de la toute dernière livraison. Après les fuites dans la presse du dimanche, c'est à Berne que l'Office fédéral de la statistique (OFS) présente ce mardi les résultats officiels pour chacun des 57 pays industrialisés qui participent à l'opération. On connaîtra les performances des élèves suisses selon leur canton d'appartenance au printemps 2008.

Il y a sept ans, le classement, centré sur la lecture, avait condamné la Suisse à la médiocrité. Puis, les mathématiques avaient sauvé l'honneur en 2003. La cuvée 2007 dira à quel point les jeunes suisses sont bons en sciences et toujours excellents en maths. Seule la lecture traîne toujours les pieds, suffisante, sans plus (LT du 03.12.2007).

Par-dessus les frontières

En 2002, la nation tout entière avait été choquée. L'école du pays trahissait ses failles et ses errements. Les réformes scolaires, à peine introduites, en prenaient pour leur grade, surtout dans les cantons de Vaud et Genève. A tort, observait alors le Service de la recherche en éducation du Département de l'instruction publique de l'Etat de Genève (SRED), car «les élèves qui ont passé les tests PISA 2000 n'ont pas pu bénéficier des effets des réformes entreprises dans la plupart des cantons romands».

L'enquête elle-même suscitait la méfiance auprès de certains enseignants, reconnaît Jacques Daniélou, président de la société pédagogique vaudoise (SPV): sans contre-épreuve et impuissante face à la complexité de l'enjeu. Que faire par exemple du nombre important de migrants dans les classes qui ne parlent pas la langue de scolarisation?

Olivier Maradan rappelle comment PISA a obligé les Suisses à se regarder «par-dessus les frontières», nationales et cantonales. Et à voir «qu'ils n'étaient pas les meilleurs». Ni décisive ni seule source d'information certes, PISA déstabilisait des convictions bien établies, sans fondement scientifique. «C'était nouveau», souligne encore Olivier Maradan.

Instrument de mesure

Ebranlés, les Romands et les Tessinois ont voulu en savoir davantage. En 2002 déjà, la Conférence intercantonale de l'instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP) a entrepris l'analyse du cas des élèves «latins». Moins bons que leurs camarades alémaniques, ils jouissaient toutefois d'une meilleure intégration. Même si, en général, on remarque que l'école «ne réussit pas à corriger les inégalités sociales». Surtout à Genève. Pour parer au plus pressé, on façonne des dispositifs pour favoriser l'apprentissage de la lecture.

A partir de 2003, la CDIP engage un plan d'action PISA. Il énonce un certain nombre de priorités en réponse aux résultats de l'enquête. Ces priorités déboucheront cette année sur la signature de l'accord HarmoS. Pour Olivier Maradan, PISA a été un révélateur. Depuis, on insiste sur des standards de formation mesurables, inscrits dans des plans d'études comparables canton par canton.

Christian Nidegger, coordinateur PISA pour la Suisse romande auprès du SRED, considère que l'enquête a poussé l'école à évaluer, sinon chiffrer, les effets de l'enseignement. «C'est un diagnostic. PISA ne donne pas de solutions, précise-t-il, elle permet de mieux comprendre les caractéristiques qui comptent dans la performance des élèves.»

Bien sûr, l'étude a suscité des interprétations controversées, qui ont alimenté des réflexions antagonistes sur la structure de l'école et ses objectifs. D'un côté, Jacques Daniélou évoque le débat sur les filières du secondaire I dans le canton de Vaud. Sur le cursus des enseignants. Et plus généralement sur l'âge et le temps de la sélection. De l'autre, Jean Romain salue «le retour de l'autorité de l'école». «PISA c'est la goutte d'eau qui a mis fin à l'emprise du courant pédagogiste.» Elle laissait entendre que l'on pouvait recommencer à enseigner, conclut-il. Ce que souhaite maintenant l'initiative vaudoise «Ecole 2010» à peine lancée.