La guerre en Irak aura au moins ce mérite-là. Depuis les premiers bombardements, la révolte des élèves romands en phase avec l'opinion mondiale a obligé tous les départements de l'instruction publique à prendre des positions très claires sur ce qui était permis et ne l'était pas. Du côté des enseignants, comme du côté des élèves, il a fallu redéfinir les règles du jeu et rappeler certaines évidences.

Pour les élèves, le mot d'ordre a été «tolérance et rappel des limites». Si leur indignation n'a pas été remise en question, il leur a quand même été rappelé qu'il était «parfaitement possible de concilier la défense pacifique d'une cause avec la présence de chacun durant les périodes de cours». Le respect du droit international commence peut-être d'abord par celui des règles de l'école… Mais ce rappel à l'ordre a bien sûr été mis en perspective avec l'ampleur exceptionnelle du mouvement de révolte mondial: aucune sanction n'a été appliquée à l'encontre des élèves qui ont manifesté durant des heures de cours. Et pour l'instant, le calme semblait être revenu dans les préaux.

Toutefois, si cela devait se répéter, des mesures seraient clairement prises. Comme à Fribourg, où 200 élèves du cycle d'orientation de Pérolles ont décidé de manifester hier matin dans les rues de la ville. Des sanctions éducatives ont été organisées: chaque élève devra écrire quelques lignes sur les motivations qui l'ont poussé à manifester et les faire signer de ses parents. «Les heures perdues seront rattrapées de manière constructive», a affirmé la direction. Le Département de l'instruction publique fribourgeois est d'ailleurs en train de mettre sur pied un débat animé par le DFAE, autour du thème «guerre ou paix», auquel seront conviés tous les élèves du canton.

Du côté des enseignants, pourtant majoritairement opposés à une guerre en Irak, la distinction entre leçon de civisme et mission pédagogique semble être restée très claire. Sauf à Genève, où les enseignants de l'école primaire des Eaux-Vives ont organisé, à l'appel des syndicats le 20 mars dernier, une matinée de protestation qui a impliqué des enfants de 4 à 12 ans. Des parents ont même déposé plainte auprès du procureur général. C'est le socialiste Charles Beer, fraîchement élu chef du Département de l'instruction publique, qui a dû intervenir pour recadrer l'affaire. Une enquête a été menée rapidement. «Au sens des activités organisées par les enseignants avec les enfants, il n'y a aucun problème, a estimé ce dernier. Le travail pédagogique était très sérieux, les enfants ont peint sur le thème de la paix, ils ont exprimé leurs questions. C'était indiqué dans le contexte actuel.» Par contre, les enseignants ont clairement confondu leur activité syndicale et leur mission pédagogique en envoyant une lettre aux parents présentant cette matinée comme l'expression de leur opinion politique. «C'est inadmissible. Et nous allons le préciser à toutes les associations d'enseignants.» Par ailleurs, Charles Beer a été mis sous pression par des députés de sa famille politique, lui demandant de retirer une directive de la direction de l'enseignement secondaire, qui rappelait le règlement aux jeunes manifestants. Directive qu'il n'a pas retirée, mais complétée par un autre texte, plus sensible au contexte politique mondial. Mais rappelant aussi qu'à l'avenir les manifestations se feront en dehors des heures de classe.