Les écoliers détournés de l’alcool et du tabac par les réseaux sociaux

Drogue La consommation des jeunes de 11 à 15 ans diminue

Les écoliers boivent nettement moins d’alcool et fument moins de cigarettes qu’il y a treize ans. Par contre, la consommation de cannabis chez les jeunes a tendance à stagner depuis 2006, souligne une enquête menée par Addiction Suisse sur mandat de l’Office fédéral de la santé (OFSP) auprès de 10 000 écoliers entre 11 et 15 ans dans l’ensemble du pays.

Dès 1986, date de lancement de cette étude réalisée tous les quatre ans, la consommation d’alcool et de cigarettes chez les 11-15 ans n’a cessé de croître jusqu’à atteindre son point culminant en 2002. Depuis, la tendance s’est inversée. Addiction Suisse y voit un signal «réjouissant» et un «encouragement» à poursuivre les mesures de prévention visant notamment à limiter l’accès des jeunes aux substances psychoactives.

«Avec la hausse du prix du paquet de cigarettes et l’interdiction de fumer dans les lieux publics, consommer du tabac est devenu moins normal. En outre, la société est plus sensible aux questions qui touchent à la santé», explique Irene Abderhalden. La directrice d’Addiction Suisse ajoute que «les distributeurs prennent plus au sérieux l’interdiction de vendre de l’alcool aux moins de 16 ans. Aujourd’hui, 25% des écoliers interrogés disent s’être procuré de l’alcool par leurs propres moyens malgré l’interdiction, contre 60% il y a treize ans. Autre hypothèse avancée par Addiction Suisse pour expliquer le désintérêt des jeunes à l’égard de l’alcool et du tabac: l’influence des réseaux sociaux. Passant plus de temps devant un écran (en moyenne trois heures par jour), les écoliers restent plus souvent à la maison. Autant d’occasions en moins d’être en contact avec des substances psychoactives.

Ainsi, l’usage de drogues est descendu à son niveau le plus bas depuis 1986, date de la première enquête nationale. Le recul est particulièrement marqué ces quatre dernières années chez les garçons. Aujourd’hui, à l’âge de 15 ans, un écolier sur dix boit de l’alcool au moins une fois par semaine. Ils étaient plus de trois sur dix (32,7%) en 2002. Chez les filles du même âge, ce chiffre est passé de 22 à 5,7% entre 2002 et 2014. Effet collatéral: les jeunes s’enivrent moins. En 2014, 16% des garçons et 13% des filles de 15 ans affirment avoir été soûls au moins deux fois au cours de leur vie, contre 32 et 23,3% en 2002. La tendance à la baisse ne se confirme toutefois pas chez les jeunes de 20-24 ans: «40% d’entre eux connaissent au moins une ivresse par mois», souligne Irene Abderhalden.

«Pour mieux apprécier une fête»

L’étude s’est aussi intéressée aux raisons qui poussent les adolescents à consommer de l’alcool. Près de deux tiers d’entre eux disent boire «pour mieux apprécier une fête» et affirment s’amuser mieux avec leurs amis sous l’effet de l’alcool. Pour 60% d’entre eux, boire est une source de plaisir. Seuls 10% admettent consommer pour ne pas se sentir exclus.

La cigarette, elle aussi, n’exerce plus le même attrait auprès des jeunes. Entre 1998 et 2014, le nombre de garçons de 15 ans fumant une fois par semaine a chuté de moitié, passant de 24 à 12%. Les fumeuses hebdomadaires sont quant à elles passées de 24 à 9% durant la même période. Chez les ados de 15 ans, seul le cannabis résiste: 14% des garçons et 10% des filles disent avoir consommé de l’herbe dans les trente derniers jours, des chiffres quasiment inchangés depuis 2006.