La gauche, le PDC et même certains radicaux ont pris le Conseil fédéral au mot: il faut économiser de l'énergie. Des élus veulent prendre de l'avance sur le gouvernement, qui ne décidera de mesures concrètes qu'à la fin de l'année. Diverses propositions devraient être discutées pendant la session parlementaire qui s'ouvre lundi. Si la suppression des ampoules classiques peut survenir dès 2009, les experts préviennent: interdire n'est pas toujours la solution. Explications.

- Interdire les ampoules et économiser l'équivalent d'une centrale nucléaire?

L'éclairage représente environ 10% de la consommation électrique d'un ménage. Une proportion énorme, compte tenu du rendement. En effet, une ampoule conventionnelle (à incandescence) transforme jusqu'à 90% de l'électricité en chaleur et 10% seulement en lumière. Le bilan est similaire pour les halogènes. Plusieurs parlementaires demandent l'interdiction pure et simple des ampoules classiques et leur remplacement par des lampes économiques. Le prix moyen de ces dernières est certes quatre à cinq fois plus élevé, mais l'efficacité lumineuse est supérieure d'autant, tout comme, théoriquement, la durée de vie moyenne.

La suppression des ampoules classiques et halogènes permettrait d'économiser chaque année l'équivalent de la production de la centrale nucléaire de Gösgen, confirme l'Office fédéral de l'énergie (OFEN). Néanmoins, si l'Australie a annoncé en février l'intention d'éliminer rapidement ces ampoules, la démarche prendra vraisemblablement davantage de temps en Suisse.

«Actuellement, les ampoules sont classées dans sept catégories, selon leur rendement. Nous préparons, pour la fin de l'année, l'interdiction des deux classes les plus gourmandes, explique Peter Kunz, expert à l'OFEN. Une interdiction totale est envisagée pour 2009.» Si la Suisse décrétait des «mesures d'urgences infondées», elle risquerait en effet de se heurter à des sanctions de l'OMC.

- Les dispositifs de veille si problématiques

Le conseiller national écologiste Luc Recordon, suivi par le Parti socialiste et le PDC, a récemment proposé d'interdire les appareils électriques de loisirs et électroménagers équipés de dispositifs de veille. Selon lui, on pourrait ainsi économiser l'équivalent d'une petite centrale nucléaire. Les statistiques sont éloquentes: les pertes provoquées par la veille équivalent à 10% de la consommation annuelle des ménages.

Problème: la fonction veille constitue, à la base, un dispositif d'efficacité énergétique. Exemple: une imprimante qui s'enclenche automatiquement lorsqu'on l'utilise et se met en mode «économique» lorsqu'elle n'est pas sollicitée. Les experts redoutent qu'en cas de suppression de cette fonction l'utilisateur, par confort, ne laisse la machine allumée en permanence. L'interdiction pourrait donc se révéler contre-productive.

Il s'agirait donc plutôt d'obliger certaines évolutions technologiques: «Prenez les décodeurs de plus en plus répandus pour les téléviseurs digitaux, illustre Peter Kunz. La plupart doivent rester constamment allumés ou en veille. Lorsqu'ils sont mis hors tension, les chaînes TV sont déprogrammées. Tout cela parce que les fabricants ont voulu économiser 1 ou 2 francs par appareil à la production.» L'OFEN prévoit l'introduction de nouveaux standards de fabrication, contraignants. Pour le reste, le gaspillage engendré par la veille serait surtout lié au comportement des consommateurs. A ce chapitre, la première mesure à prendre passerait donc par un travail de sensibilisation des usagers.

- Les écrans plats font exploser les statistiques

Qu'ils soient de télévision ou d'ordinateur, les écrans plats (à cristaux liquides ou plasma) représentent une avancée technologique considérable en termes d'efficacité énergétique. A surface égale, un écran plat «brûle» jusqu'à trois fois moins de courant qu'un écran cathodique. Mais, dans les faits, ces nouveaux écrans font exploser la consommation, les écrans plats demandés à l'achat étant nettement plus grands. Selon une étude européenne, la nouvelle technologie ramène donc au niveau de consommation des téléviseurs d'il y a dix ans.

Certains parlementaires veulent prendre des mesures. Mais les spécialistes se montrent pessimistes quant à la marge de manœuvre: imposer une taille maximale d'écrans limiterait trop la liberté du consommateur.

- Où économiser encore?

L'OFEN étudie la reprise du label américain «Energy Star», déjà appliqué au sein de l'Union européenne par les entreprises. Ce label vise à inciter à acheter des systèmes informatiques et électroniques économes. La Suisse pourrait même aller plus loin que Bruxelles et l'imposer non seulement dans les entreprises, mais également pour les dispositifs achetés par les privés. Des contacts ont déjà été pris avec les importateurs. Mais il est encore trop tôt pour dire quand la mesure pourrait entrer en vigueur et ce qu'elle permettrait d'économiser.

Un autre programme, à l'échelon cantonal, vise les nouveaux bâtiments. Dans les conditions météorologiques suisses, l'utilisation de climatisation est jugée absurde. Il faudrait maintenant que, dans l'architecture, les critères énergétiques prennent autant d'importance que les critères esthétiques. Dans un domaine apparenté, l'OFEN mène également des discussions avec les CFF, notamment, pour améliorer l'isolation des wagons.

Mais l'effort le plus important portera sur l'information des consommateurs. Parce que, insistent les experts, si les économies d'énergie n'impliquent pas de baisse de confort, elles requièrent bel et bien une prise de conscience et quelques réflexes supplémentaires au quotidien.