Le Conseil d'Etat vaudois a présenté hier son projet de Cour des comptes. La loi devrait être examinée par le Grand Conseil à l'été 2006. Une première version, mise en consultation il y a un an, avait soulevé de nombreuses réactions. Le gouvernement a donc remanié son texte, notamment pour clarifier les rôles respectifs de la future Cour des comptes et de l'actuel Contrôle cantonal des finances.

Le Temps: Quel est l'objectif de la Cour des comptes?

Pascal Broulis: Ce projet découle de la volonté de la nouvelle Constitution de renforcer le contrôle financier au sein de l'Etat. Il n'y a pas qu'un contrôle, mais des contrôles. Le gouvernement prévoyait initialement de doter la Cour des comptes d'une quinzaine de personnes, avant de la recalibrer: il y aura dix personnes de plus pour le contrôle financier de l'Etat.

- Plusieurs députés y voyaient un coûteux doublon avec les autres entités de contrôle, notamment le Contrôle cantonal des finances (CCF)?

- Il n'y a plus de doublon. Le CCF se voit confirmer sa mission actuelle, sans aucun changement. De son côté, la Cour des comptes a un champ très large, puisqu'elle pourra contrôler les communes, les institutions subventionnées, chaque entité qui applique une mission de l'Etat... Elle se fixera elle-même sa stratégie d'audit. Et le citoyen pourra également lui dénoncer des cas.

- Combien coûtera-t-elle?

- Nous partions sur un budget de 4 à 5 millions, pour arriver maintenant à 2 millions. Nous avons diminué la voilure tout en clarifiant les rôles respectifs de chaque entité.

- La Constituante avait soutenu la Cour des comptes alors que les finances vaudoises traversaient une période trouble. Est-elle encore d'actualité aujourd'hui où le gouvernement a pu redresser la barre?

- Ceux qui croient que le contrôle permet d'économiser se trompent. Les économies et la bonne gestion sont assumées par le Conseil d'Etat, le Grand Conseil et les services. Le contrôle n'est pas là pour faire des économies. Cette idée a créé beaucoup d'interférences dans le canton de Vaud par le passé. Le contrôle est là pour sanctionner la mauvaise gestion et les fautes. Même si les corrections qu'il peut amener permettent ensuite un meilleur usage des deniers publics.

- Le parlement a déjà soutenu l'idée d'une Cour des comptes en rejetant en novembre une motion souhaitant sa disparition. Pensez-vous que votre projet convaincra les députés?

- Plusieurs partis ont amélioré le projet à l'occasion de la consultation, mais je pense que tous peuvent y être maintenant favorables. Il faut savoir qu'à Genève le peuple a ratifié une Cour des comptes par 84% des voix. Un «non» à Genève nous aurait incité à réfléchir autrement.