NEUCHÂTEL

Avec Ecoparc, Neuchâtel veut confirmer sa réputation de ville avant-gardiste

Le quartier entourant l'Office fédéral de la statistique est appelé à se développer selon les principes de la durabilité. Il devrait accueillir 500 habitants et offrir plus de 2000 emplois

Neuchâtel, ville du développement durable. Sous l'impulsion de l'ancien conseiller communal socialiste Blaise Duport, les autorités de la ville, à majorité de gauche, intègrent depuis une décennie dans leurs réflexions et leurs réalisations «la nécessaire compatibilité entre viabilité économique, protection de l'environnement et solidarité sociale». Une stratégie qui a déjà permis à Neuchâtel de collectionner les honneurs: première ville de Suisse romande à recevoir le label Cité de l'énergie en 1995 ou Prix solaire européen en 1999.

Dans cet esprit, la cité de 32 000 habitants dispose d'une formidable carte de visite: le paquebot de l'Office fédéral de la statistique (OFS). Bâtiment qui a été réalisé de 1995 à 1998 et salué partout en Suisse et en Europe comme étant un projet écologique exemplaire.

Neuchâtel n'entend pas s'arrêter en si bon chemin et ambitionne d'abriter le premier Ecoparc de Suisse. L'idée de réaliser un quartier résidentiel et industriel construit et fonctionnant selon les critères du développement durable a germé dans la tête des architectes du bureau Bauart, en particulier de Willi Frei et de Marco Ryter, auteurs des plans de l'OFS.

Le principe a séduit la Ville de Neuchâtel, le canton, les CFF, qui sont propriétaires des terrains convoités, et Carlo Malaguerra, directeur de l'OFS et à ce titre représentant de la Confédération. Ainsi, après deux ans de tâtonnement, l'association Ecoparc Neuchâtel est née. «Pour moi, Ecoparc n'est pas seulement un projet technique ou architectural, c'est une vision de la vie», affirme avec conviction Carlo Malaguerra, président de l'association. Même si le projet devait rester virtuel, n'être qu'un centre de compétences, d'expériences partagées et de transfert de connaissances en rapport avec la durabilité, il aurait déjà atteint son but.» Ecoparc offrira ainsi de l'information, de la formation, de la recherche, l'accès aux nombreuses banques de données de l'OFS, des démonstrations et un secteur de production.

Séduisant, le principe convainc pourtant difficilement les investisseurs et des entrepreneurs à aller s'installer dans le jardin du Crêt-Taconnet, en bordure des voies CFF. «Une compagnie d'assurances dont je souhaite encore taire le nom est décidée à construire quarante appartements, corrige Marco Ryter. Par ailleurs, Thierry Béguin nous a annoncé l'intention du canton d'y implanter une école.» L'est de l'OFS serait ainsi occupé, les CFF semblant prêts à abandonner une partie des entrepôts de la gare des marchandises et à supprimer deux voies pour permettre la construction du bâtiment scolaire. «C'est une première brique», selon l'architecte, mais on est loin du compte et de l'ambition «d'amener entre 300 et 500 habitants dans ce quartier et créer 2000 à 3000 emplois», comme le clame l'urbaniste communal Olivier Neuhaus.

Si l'habitat peut se développer, rien ne dit que des industriels prendront leurs quartiers à côté de la gare. «C'est vrai, ce dossier progresse à petits pas, reconnaît l'architecte Willi Frei. Mais chaque pas montre que la mayonnaise prend.» L'association a repoussé l'idée d'édicter une charte, craignant qu'elle ne soit dissuasive. «Mais les entreprises qui adhèrent à Ecoparc sont incitées à développer leurs activités selon les principes de la durabilité», précise le dépliant d'information.

Un «quartier Bauart»?

Ecoparc devra par ailleurs se départir de l'impression que le quartier du Crêt-Taconnet deviendra un «quartier Bauart», imaginé, voulu et construit par le bureau d'architecture qui réalisera, dès le début de l'année prochaine, la tour de l'OFS haute de 50 mètres (Le Temps du 31 mai). Marco Ryter réfute l'accusation de mainmise sur le quartier, «même si on aimerait bien continuer d'y construire», souligne Willi Frei.

Après deux ans de gestation, Ecoparc doit à présent trouver des partenaires décidés à «tenter l'aventure», comme le concède Willi Frei, qui souligne que «construire et fonctionner selon les principes du développement durable n'est pas forcément plus coûteux. Mais cela nécessite une manière fondamentalement différente de penser et de s'organiser.»

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