Chronique

Ecopop, d’inquiétants missionnaires

Dans le soutien qu’il a apporté à l’initiative d’Ecologie et population (Ecopop) «Halte à la surpopulation», on a senti l’ancien directeur de l’Office fédéral de l’environnement, Philippe Roch, un brin embarrassé

«On ne peut pas me soupçonner de ce type d’intentions, préserver la nature ne se fait pas contre l’homme», s’est-t-il défendu en rejetant les insinuations contre une possible xénophobie ou un «fascisme vert» du mouvement Ecopop.

L’initiative, rappelons-le, vise à limiter à 0,2% par an la croissance de la population due à l’immigration, quitte au besoin à dénoncer l’accord sur la libre circulation. Mais elle a aussi un deuxième volet, plus inquiétant. Elle demande à la Confédération d’encourager d’autres pays à limiter leur croissance démographique en affectant 10% des moyens de la coopération au développement à des mesures visant à encourager la planification familiale volontaire.

Cette idée d’un contrôle mondial de la démographie pour préserver l’environnement et les ressources naturelles part sans doute de nobles préoccupations. Elle fut largement reprise et développée par le Club de Rome en 1970 avec le concept de décroissance. La philosophie qui s’en dégage est un profond scepticisme face aux comportements humains. Celle-ci s’inspire directement de la pensée de Thomas Malthus, un économiste britannique persuadé que le développement libre de la croissance démographique finirait par avoir des effets dévastateurs sur les ressources naturelles non renouvelables.

Le problème, pour l’Association Ecopop, c’est que quelle que soit la noblesse de ses intentions, la préservation durable des ressources naturelles, les résultats ne diffèrent guère des initiatives xénophobes de James Schwarzenbach dans les années 1970 ou de celle de l’UDC contre la libre circulation: le refus de l’étranger, la fermeture des frontières nationales, la dénonciation des accords bilatéraux avec l’UE et l’instauration d’une société de la décroissance. Les bonnes intentions ne justifient jamais rien.

Allons plus loin: et si les intentions n’étaient qu’un masque dissimulant nos peurs les plus profondes, nos instincts refoulés? Dont les plus puissants restent l’instinct de conservation et l’égoïsme.

Et c’est pourquoi la deuxième partie de l’initiative devrait nous inquiéter davantage quant à la pensée profonde d’Ecopop, un malthusianisme missionnaire. A défaut de réguler le taux de naissances en Suisse, déjà insuffisant pour assurer le renouvellement des générations, Ecopop propose que l’Etat fédéral se fasse l’évangéliste de sa propre idéologie dans le tiers-monde, incitant les populations africaines ou sud-américaines à la contraception. Pas de rendre la contraception possible aux femmes qui le souhaitent, mais bien de l’encourager.

D’abord, Ecopop se trompe de combat. Elle semble rendre la croissance démographique responsable de la pauvreté. Alors que tout indique le contraire: lorsque les populations accèdent à l’éducation et à un minimum de bien-être, le taux de fécondité baisse notablement.

Dans son encyclique «Caritas in Veritate», Benoît XVI insistait sur le fait que l’ouverture à la vie est au centre du vrai développement. «Quand une société s’oriente vers le refus de la vie, elle finit par ne plus trouver les motivations et les énergies nécessaires pour œuvrer au vrai bien de l’homme. Si la sensibilité personnelle et sociale à l’accueil d’une nouvelle vie se perd, alors d’autres formes d’accueil à la vie sociale se dessèchent», écrit-il. Est-ce alors de cette pensée qui nie la puissance de la vie, cette pensée de l’égoïsme occidental, que la Confédération devrait se faire la missionnaire?

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