Initiative populaire

Ecopop, les intellecuels qui veulent freiner l’immigration

Qui est cette association alémanique qui préconise de limiter à 0,2% par an la croissance annuelle de la population? Portrait de groupe.

L’initiative fédérale d’Ecopop sera lancée officiellement vendredi. Son but: freiner la progression démographique. En Suisse d’abord, où elle veut limiter à 0,2% par an la croissance de la population par immigration. Mais aussi dans le monde: elle stipule que la Coopération au développement doit affecter 10% de son budget au contrôle des naissances dans le tiers monde.

Mais qui sont les initiants, qui se lancent avec fracas dans la polémique suscitée par la peur d’une Suisse à dix millions d’habitants? Malgré une histoire déjà longue, l’association Ecopop était jusqu’ici très peu connue, même en Suisse alémanique où elle recrute la quasi-totalité de ses membres.

Ecopop a vu le jour en 1971, sous le nom de Communauté de travail pour les questions de population. «C’était une époque de forte natalité», se souvient la Bernoise Anne-Marie Rey, l’une des fondatrices. L’époque aussi où le Club de Rome publiait son célèbre rapport «Halte à la croissance?» qui va inspirer un cercle fortement marqué par des personnalités du monde académique. Les économistes Hans Christoph Binswanger (Saint-Gall) et Theo Ginsburg (EPFZ) adhèrent, tout comme le biologiste Pierre André Tschumi (Berne). Ligne de pensée: la croissance économique, démographique et de la consommation représente une triple menace sur l’environnement qu’il faut combattre de manière groupée.

Ces années étaient aussi celles des initiatives xénophobes. «Nous ne les avons jamais soutenues, assure Anne-Marie Rey. Elles posaient mal le problème puisque c’est la croissance qui fait venir les gens», ajoute celle qui a aussi été députée socialiste bernoise et militante du droit à l’avortement. Entre les écologistes de la première heure et les émules de Schwarzenbach il y a pourtant des liens. Valentin Oehen, qui lancera en 1973 la seconde intiative contre la surpopulation, siégeait au comité. Le mouvement ne prendra jamais en Suisse romande.

Ecopop – l’association adopte ce nom en 1986 pour éviter la confusion avec les nationalistes – se tient à l’écart du combat politique et tend à devenir un club de vieux messieurs respectables ne prêchant plus guère qu’aux convertis. Quand il est sollicité il y a quatre ans pour en reprendre les rênes, Albert Fritschi, un économiste de l’EPFZ à la retraite, en avait à peine entendu parler. Il est aujourd’hui l’un des pères de l’initiative, avec Benno Büeler, un mathématicien-assureur représentant une relève quadragénaire du mouvement. C’est ce fils de paysan bâlois, formé dans le combat contre Kaiseraugst et végétarien qui est allé récemment défendre l’initiative sur le plateau d’Arena. «La Suisse risque de devenir une seule grande ville, sans nature et avec beaucoup de misère», a-t-il prophétisé.

Ecopop revendique plus de 800 membres, dont une bonne centaine ont été gagnés depuis l’annonce de l’initiative. Albert ­Fritschi fait état d’un budget de campagne immédiatement disponible d’environ 80 000 francs, d’une garantie de déficit de 30 000 francs couverte par des membres et d’arrières assurés. La Chancellerie fédérale l’a prévenu: «Une initiative bon marché coûte au moins 150 000 francs.» Pour financer ses actions, Ecopop puise aussi dans le legs que lui a laissé un couple de Hongrois, immigrés en 1956 et fervents partisans du planning familial.

Avec le lancement officiel de la récolte de signatures, qu’elle dit préparer depuis deux ans, Ecopop prend de vitesse les Démocrates suisses, qui ont annoncé de leur côté une «initiative pour stabiliser la population». «Les anciens de notre organisation seraient pour la croissance zéro, mais nous cherchons à réunir une majorité», explique Albert Fritschi pour justifier le 0,2% de croissance prévu par l’initiative.

La polémique immigration/croissance est devenue un thème majeur en vue des prochaines élections fédérales, mais aucun parti ne soutient l’initiative d’Ecopop. Des contacts personnels existent, surtout avec les écologistes. Walter Palmers, fondateur des Verts libéraux lucernois, en est membre. Les travaux d’Ecopop avaient inspiré les Verts Bastien Girod et Yvonne Gilli, premiers à ouvrir le débat dans leur parti. Quant à Andreas Thommen, qui a présidé les Verts argoviens, il est très actif dans le comité d’initiative.

Cela n’a pas l’heur de plaire au président du parti suisse, Ueli Leuenberger, qui sur son blog stigmatise la démarche d’un «Schwarzenbach vous salue bien». «Il est clair que nous nous opposons à cette initiative, précise-t-il. Elle ne dit pas comment limiter l’immigration et ne peut donc que pénaliser les plus faibles.»

«La Suisse risque de devenir une seule grande ville, sans nature et avec beaucoup de misère»

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