Pionnier des radios locales en 1984, le Jurassien Pierre Steulet a su tirer son épingle du jeu avec sa station fétiche Fréquence Jura, devenue RFJ, «la radio écoutée par huit Jurassiens sur dix» selon un slogan longtemps asséné, narguant la RSR. Un slogan aujourd'hui passé par pertes et profits. Non pas que RFJ soit boudée, mais parce que le nouveau système de contrôle de l'audimat, les montres capteuses de Publicadata, «donne des indicateurs incohérents», relève Pierre Steulet. La faute à des moyens de mesure insuffisants dans la zone de diffusion de RFJ: seules onze montres sont en circulation.

Unique mesure fiable à disposition: RFJ s'octroie 2,3% des parts de marché en Suisse romande, «2,4% serait un bon résultat, nous ambitionnons 2,5%», commente Pierre Steulet. RFJ estime donc avoir des auditeurs à conquérir ou à reconquérir. Pour ce faire, la station rhabille son antenne dès lundi: nouveaux indicatifs, journal du matin plus nerveux, flashes de 60 à 90 secondes «qui collent au rythme de vie des gens», relève le nouveau rédacteur en chef, Gaël Klein, qui succède à Jean-Yves Gentil, devenu le bras droit de la ministre Elisabeth Baume-Schneider.

RFJ entend également cultiver l'impertinence, avec une rubrique quotidienne confiée au satiriste Pierre-André Marchand, et élargit sa programmation musicale, point faible de la station. «Nous doublons la masse de titres à disposition», assure le directeur de l'antenne, Stéphane Duriez. Jouant de professionnalisme et de proximité, RFJ poursuit un bonhomme de chemin entamé il y a dix-neuf ans.

Et les desseins de grandeur de Pierre Steulet, acquéreur de la radio neuchâteloise RTN au début des années 1990, puis de Radio Jura bernois en 1997, générant ce que certains ont qualifié de «nébuleuse»? A quand une unique radio de l'Arc jurassien? «On est loin d'une fusion et ce serait une erreur», coupe le patron. Pourtant, les synergies sont multiples: six des sept membres des conseils d'administration des trois stations sont les mêmes; RTN, RFJ et RJB ont le même directeur d'antenne; le serveur duquel part la musique est unique et installé à Delémont; Pierre Steulet dirige le tout d'une main de fer; les flashes infos de 10, 11, 14, 15 et 16 heures sont identiques, les échanges entre les rédactions permanents. «Nous visons une collaboration maximale, sans franchir les limites imposées par la proximité», précise Pierre Steulet.

Malgré des budgets propres – 3,2 millions pour RTN, autant pour RFJ et 1 million pour RJB –, les trois radios travaillent de concert. Pierre Steulet tire habilement les ficelles synergiques tout en ménageant les susceptibilités. C'est sa recette du succès. L'appliquera-t-il à son projet de télévision interjurassienne, qui peine à trouver les fonds pour démarrer? Le «magnat» de l'audio jurassien annonce une décision pour mardi.