Le banquier français Edouard Stern a été retrouvé mort à Genève mardi après-midi à son domicile genevois, au cœur de la ville, a-t-on appris mercredi. Mercredi soir, la police genevoise renvoyait au juge d'instruction Michel Graber, qui devait communiquer sur le sujet jeudi matin. Les circonstances exactes de cet homicide ne sont pas connues.

«Gendre incontrôlable»

Edouard Stern, né en 1955, était un grand nom de la finance parisienne et new-yorkaise. C'était ce qu'on appelle une figure du ghota mondial de la finance. Qualifié de «gendre incontrôlable», chevelure rebelle et caractère affirmé, il était le beau-fils de Michel David-Weill, patron de la Banque Lazard, un homme puissant, respecté et craint dans le monde de la finance, au point d'écarter tous ceux qui un jour auraient pu un jour lui faire de l'ombre (Anne Lauvergeon, l'ex-sherpa de François Mitterrand; Jean-Marie Messier, Bill Lommis, Bruce Wasserstein et d'autres). Le groupe Lazard était encore récemment à la Une dans l'actualité en raison d'une possible entrée en Bourse.

Elevé dans un hôtel particulier du VIIe arrondissement, l'adolescent a déjà une forte personnalité. Il change souvent d'école. A 22 ans, rapporte Le Figaro, avant même d'avoir achevé ses études à l'ESSEC, le jeune homme devient administrateur de la banque familiale. Moins de deux ans plus tard, il n'hésite pas à rompre avec son père pour s'emparer de la banque Stern en difficultés. Pour ce faire, Il se ligue avec deux de ses oncles actionnaires de la banque. Il réussit son coup et entame une carrière de financier brillante. Rusé, ombrageux, brutal, l'homme veut s'imposer à la City et à Wall Street. Il apprend son métier en découvrant les marchés à terme de Chicago et toutes les subtilités boursières. En 1985, il vend sa banque à des investisseurs libanais.

Puis vient l'épisode Lazard. Stern épouse la fille aînée de Michel David-Weil, Béatrice, née en 1957. Il s'impose rapidement comme le dauphin. Il était associé-gérant de Lazard-New York et de Lazard-Paris. Dans une confidence à l'Expansion, un associé de la banque parlait de lui comme «un homme exceptionnellement doué, inventif et qui représente un plus». Mais son caractère entier entraîne une rupture brutale avec son beau-père.

Dans l'entourage des grands patrons

Le 2 mai 1997, il reprend sa liberté après cinq ans passés dans la célèbre banque Lazard. Proches de grands patrons de l'époque comme Philippe Jaffré chez Elf ou Lindsay Owen-Jones chez L'Oréal, Stern a ensuite créé un fond d'investissement baptisé IRR Capital. En 2002, il entre au conseil d'administration du groupe chimique Rodhia. Il y mènera une longue bataille, doublé de procédures judiciaires, contre le président Jean-Pierre Tirouflet. En 2003, il entre dans le capital de GrandVision, un distributeur de lunettes. Mais son raid échoue. En 2004, le milieu financier pense qu'il est derrière le fond d'investissement américain Knight Vinke qui demande la scission du groupe Suez en deux activités, eau et énergie.

Edouard Stern était également président du Conseil d'administration de Delta, une société industrielle et de matières premières établie à Londres et employant 4500 personnes en Australie, Afrique du Sud et Etats-Unis notamment. Il aurait aussi été lié à un investisseur genevois pour reprendre l'agence de mannequins Elite Model.