Devant la justice

«Avec Edouard Stern, j’ai vécu les plus beaux moments de ma vie. Les pires aussi. Toute cette affaire est avant tout une histoire d’amour.» Sur cette histoire, Cécile B. s’est montrée intarissable lundi lors de son interrogatoire. Un moment qu’elle dit attendre depuis longtemps pour expliquer enfin ce qui s’est passé et ce qui l’a amenée à tuer son riche amant. «Il est dans mon cœur et je me sens dépositaire de sa mémoire», assure l’accusée en parlant de sa victime au présent. «Pour moi, il est toujours là. On a organisé notre mariage à la prison et je sais qu’il se trouve au Paradis.»

Le rêve brisé

Quelques larmes seulement. Cécile B. a répondu aux questions les plus embarrassantes sans se réfugier dans les sanglots qui ont rythmé les premiers jours d’audience. Le soir du crime d’abord. Elle raconte s’être rendue chez sa victime avec son sac et son matériel sadomasochiste «Pas pour entretenir une relation sexuelle. Par habitude. Ce sac me suivait partout.» Sur place, ils boivent un coca, mangent du gâteau. «Comme deux enfants.» Ensuite, ajoute-t-elle, Edouard s’allonge sur le lit. Un long silence s’installe. «Il m’a dit: si je fais un procès à quelqu’un, je cesse de l’aimer et je cesse de le voir.» Ensuite, son humeur change et il lui demande de l’aider à enfiler sa combinaison de latex.

«J’avais encore l’impression d’être utilisée, de ne rien pouvoir lui refuser.» Puis vient la phrase qui fait tout exploser. «En l’entendant me dire un million c’est cher payé pour une pute, j’ai compris que jamais je ne serais sa femme. Je voulais surtout porter son nom. C’était un rêve de petite fille. Ma tête, mon cœur, mon esprit, tout a implosé. J’ai eu l’impression de griller sur place.» Comme un automate, décrit Cécile B., elle est allée chercher une arme avant de lui tirer une balle entre les deux yeux. Puis encore trois autres. «En le voyant allongé par terre, j’ai eu peur qu’il souffre. C’est pour cela que j’ai tiré plusieurs fois. L’image de l’agonie d’un hippopotame en Afrique m’était revenue à à l’esprit.»

La fuite et le mensonge

Sur l’insistance de Me Marc Bonnant, l’avocat de la famille Stern, elle le redit encore: «Ce que j’ai fait est abominable d’autant plus qu’Edouard avait confiance en moi.» Elle ne se souvient pas avoir pensé à ce moment-là. Seulement au suicide. Mais elle ne voulait pas faire de peine à son ami Xavier. Il n’aurait pas supporté l’intensité de son amour pour le banquier. Plus tard aussi, «je voulais m’allonger et mourir sur sa tombe». L’amour de ses proches l’en aurait encore empêché. Son départ pour l’Australie ou ses mensonges réitérés à ses amis (lire ci-contre) ont suscité les premières questions de la présidente.

– Quel regard portez-vous aujourd’hui sur ces propos?

– C’est complètement sordide. Cela me paraît irréel. J’ai d’abord pensé qu’en partant à l’autre bout du monde, tout cela n’aurait pas existé. Ensuite, je me suis fait un film dans ma tête et j’ai fini par croire que c’étaient bien deux Russes, un grand et un petit, qui avaient commis ce crime. J’en avais même peur.

– Pourquoi avoir effacé vos traces et empreintes sur les lieux si vous n’arriviez pas à penser?

– Je ne sais pas. Je l’ai fait mécaniquement.

– Les derniers messages laissés par Edouard Stern avant sa mort

aussi ont été effacés. Pourquoi seulement ceux-ci?

– Je ne sais pas pourquoi. Peut-être avais-je peur d’entendre sa voix.

De sa relation avec Edouard Stern, elle a dit, brièvement, les bons côtés. Au début, il se montrait prévenant, lui lisait des poèmes. «C’était merveilleux.» Son appétit sexuel ne lui posait pas encore de problème. «Il aimait bien que je lui apporte d’autres filles. Je n’étais pas choquée car il était tendre avec moi et conscient de ma présence.» En 2002, précisera l’accusée, les choses basculent. Son amant montre sa violence en projetant le chat contre un mur. Il veut contrôler ses moindres faits et gestes et, surtout, exige de plus en plus la présence d’autres partenaires. «On ne pouvait plus être tous les deux.»

En général, c’est elle qui rompait. «Il me faisait comprendre que j’étais trop médiocre pour lui. C’était d’ailleurs vrai. Il me comparait à la mouche du coche qu’il faut toujours chasser. Je me sentais devenir comme de la poudre alors je prenais mes distances. Mais il arrivait toujours à trouver les mots pour me faire revenir. Je n’ai toujours pas compris comment il pouvait m’aimer un jour et me haïr l’autre.»

La place de l’argent

Intéressée par l’argent? «Edouard était extrêmement intelligent. Il n’aurait jamais passé quatre ans de sa vie avec une call girl cupide», rétorque-t-elle. Cécile B. le dira sur tous les tons: le million ne l’intéressait pas en tant que tel. Cet argent devait être une preuve d’amour. Il deviendra la source de toutes les rancœurs. «Il a versé l’argent qu’une fois certain que j’allais le lui rendre. Cela n’avait déjà plus la même valeur. Ensuite, il m’a écrit en me mettant en demeure de le restituer et en me traitant de voleuse. Je voulais juste comprendre. C’est aussi pour cela que j’ai fait opposition au séquestre. Pour connaître le motif du blocage.»

En guise de conclusion, Cécile B. a déclaré: «Je veux dire pardon à tous ceux que ce drame a rendus malheureux. Je n’aurai pas assez d’une vie pour expier ma faute. Mais je veux surtout que le mot amour soit lié au nom d’Edouard. Il est mort comme il a vécu. Passionnément.» La passion, justement, sera au cœur des plaidoiries qui ont lieu ce mardi.