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Edward McMullen, le 16 janvier 2018 à Berne
© Marco Zanoni

Donald Trump à Davos

Edward McMullen: «Donald Trump n’est pas et ne sera jamais un politicien»

En poste depuis quelques semaines, le nouvel ambassadeur en Suisse, Edward T. McMullen, est un grand fan du président des Etats-Unis. Il ne voit pas de contradiction à venir défendre la stratégie «l’Amérique d’abord» au Forum économique mondial

Agé de 53 ans, Edward T. McMullen a dirigé la campagne des primaires de Donald Trump en Caroline du Sud, où il avait sa propre société de relations publiques. En guise de remerciement, le président l’a nommé ambassadeur en Suisse et au Liechtenstein. Il explique les raisons de la venue de Donald Trump.

Le Temps: Quel message Donald Trump veut-il délivrer au monde le 26 janvier à Davos?

Edward T. McMullen: Il se réjouit de venir. C’est une occasion unique d’expliquer que le concept «l’Amérique d’abord» ne veut pas dire l’Amérique toute seule, de montrer les opportunités que sa politique peut offrir à ses partenaires européens et internationaux. Sa stratégie a été mal comprise. Ce sera bon pour les médias internationaux, la communauté économique, le monde politique, les milieux académiques de l’entendre directement, sans filtre médiatique.

Davos est-il le bon endroit pour un message sur une politique économique protectionniste? Le WEF n’est-il pas plutôt le forum où l’on discute de libre-échange et de marchés ouverts, comme l’a relevé le président chinois, Xi Jinping, l’an dernier?

Je conteste cette analyse. Elle résulte des informations biaisées qui ont été données par les médias à propos de «l’Amérique d’abord». Soyons clairs. La vision de Donald Trump est de dire que le libre-échange est fondamental pour le succès des Etats-Unis. Cela suppose des échanges corrects et équilibrés. Cela suppose aussi qu’il faut rééquilibrer les accords qui ont trop penché d’un côté ces dernières années, en défaveur des Etats-Unis. Cela concerne par exemple l’accord avec la Corée du Sud et l’accord nord-américain Alena. L’objectif de Donald Trump est d’assurer que les Etats-Unis ne soient pas en position de faiblesse. Il n’a pas l’intention de donner à son pays un avantage discriminatoire.

Comment un pays aussi puissant que les Etats-Unis peut-il être en position de faiblesse? Cela fait un peu sourire dans un petit pays comme la Suisse, qui a besoin d’accords de libre-échange pour lutter à armes égales avec les autres.

Des Etats-Unis forts permettent à la Suisse d’être forte et vice versa, car nos économies sont très liées. Tous les indicateurs sont à la hausse aux Etats-Unis depuis une année. Les faits sont irréfutables. C’est profitable à tout le monde.

Donald Trump s’entretiendra-t-il à Davos avec le président suisse, Alain Berset?

Les discussions sont en cours. Si une telle occasion se présente, il saura la saisir et il s’entendra très bien avec Alain Berset.

Donald Trump reste plutôt impopulaire en Europe. Sa personnalité dérange…

Sa popularité ne cesse de croître aux Etats-Unis.

Dans tout le pays?

Peut-être moins dans les régions urbanisées, mais sa popularité s’étend dans tout le pays. Ses réformes législatives, fiscales et migratoires sont appréciées.

Et en Europe?

Lorsque mes collègues ambassadeurs et moi-même expliquons à nos interlocuteurs qui est le vrai Donald Trump, ils comprennent qu’il n’est pas comme les médias le décrivent.

Il y a tout de même des manifestations contre sa venue au WEF…

Je constate que les manifestations anti-WEF sont monnaie courante. Celle de samedi dernier était moins dirigée contre Donald Trump que contre le capitalisme. C’est vrai que Donald Trump est un capitaliste convaincu, mais nous ne le considérons pas comme un rassemblement anti-Trump.

Cette mauvaise image n’est-elle pas liée à ses abus de tweets et au langage parfois grossier qu’il utilise, un langage peu courant dans la bouche d’un homme politique?

Donald Trump est un authentique New-Yorkais. J’ai grandi dans cette ville. Je connais ses habitants. Je comprends comment ils sont ressentis à l’extérieur, notamment en Europe, où l’on est généralement mesuré et réservé. Je peux comprendre qu’on ne soit pas toujours d’accord avec sa manière de dire et de faire les choses. Mais je suis convaincu que le moment était venu pour les Etats-Unis d’avoir un président qui fasse les choses autrement. Il n’est pas un politicien, ne veut pas l’être et ne le sera jamais. Mais, contrairement à d’autres, il tiendra ses promesses. Et il ne présentera pas ses excuses à quiconque pour cela. C’est pour cela qu’il a été élu et sera réélu.

Le fait de ne pas être un politicien n’est-il pas un handicap pour être à la tête de l’une des plus grandes puissances du monde?

Au contraire, c’est un immense avantage. Les politiciens font des sondages, lèvent le petit doigt pour sentir d’où souffle le vent et adaptent leur politique du jour à ce qu’ils sentent. Donald Trump a bâti une société qui brasse des milliards de dollars, fait des affaires dans le monde entier. Il comprend l’économie comme aucun président avant lui. Il a fréquenté les meilleurs business schools du pays. Il a investi en Asie, en Europe, construit des hôtels, des cours de golf, des biens immobiliers.

Ce sont des investissements de haut niveau. Que connaît-il de la pauvreté, des pays pauvres qu’il a critiqués sévèrement?

Il n’a jamais parlé de «pays de m…» comme cela a été rapporté par un adversaire politique à l’issue d’un meeting auquel ont participé de nombreuses autres personnes qui n’ont pas entendu cela. Donald Trump comprend très bien les conditions difficiles dans lesquelles certaines personnes travaillent durement. C’est la raison pour laquelle sa réforme fiscale cible le cœur de la classe moyenne, ces gens qu’on a oubliés, qui travaillent dur pour pas grand-chose.

Aux Etats-Unis. Mais comprend-il aussi la situation difficile de nombreuses personnes hors de son pays?

Oui, bien sûr. Il a beaucoup plus voyagé que n’importe quel président des Etats-Unis avant lui. Et c’est un philanthrope, mais il parle peu de cela.

Comme président des Etats-Unis, il a une grande responsabilité internationale. Il a provoqué une partie importante du monde en décrétant que Jérusalem était la seule capitale d’Israël. Même le Conseil fédéral a condamné cela en disant que c’était une «entrave à une paix juste et durable» dans la région. N’a-t-il pas commis une erreur?

Pendant des décennies, les milieux politiques américains ont dit que Jérusalem était la capitale d’Israël mais personne n’a jamais agi. Il a estimé que le moment était venu de passer à l’acte. Sa déclaration ne signifiait pas que les parties devaient cesser leurs pourparlers visant à faire cohabiter deux Etats. Nous avons pris note de la réaction du Conseil fédéral.

Vous êtes fasciné par lui. Comment l’avez-vous rencontré?

J’avais 22 ans et j’étais étudiant. Nous nous sommes rencontrés à un match de base-ball. Il commençait la construction de la Trump Tower à Manhattan. Il était déjà très charismatique et avait un sens de l’humour prononcé. Il est l’une des personnes les plus intéressantes que j’aie jamais rencontrées. J’ai passé beaucoup de temps à ses côtés, je le connais bien. Lorsqu’il m’a proposé le poste d’ambassadeur en Suisse, j’ai trouvé cela captivant. J’avais déjà séjourné en Suisse, je suis venu plusieurs fois pour faire du ski. J’ai travaillé dans la communication et la publicité. Un poste d’ambassadeur s’inscrit parfaitement dans cette ligne, car il s’agit de faire passer le message d’un président et d’un gouvernement.

Que vous demandent les gens que vous rencontrez à propos de Donald Trump?

Ils se réfèrent à ce qu’ils ont lu et entendu dans les médias. Ils me demandent s’il est vraiment tel qu’on le décrit. Ce n’est pas anodin qu’il vienne en Suisse. C’est un endroit idéal pour nouer des relations économiques. J’explique aussi l’intérêt de ses réformes législatives et fiscales, qui sont favorables aux investissements étrangers aux Etats-Unis. La Suisse est le septième plus grand investisseur aux Etats-Unis, ce qui est considérable pour un petit pays.

Qui rencontrez-vous en premier ici?

La communauté économique, ainsi que la plupart des conseillers fédéraux, mais je compte aussi rencontrer la population et les milieux politiques dans tous les cantons.

Et les milieux bancaires? Les tensions ont été vives ces dernières années. La page est-elle tournée?

Oui, je pense. Ce dossier difficile est derrière nous, en tout cas en ce qui concerne les Etats-Unis. Les banques suisses ont retrouvé le chemin de la croissance dans notre pays. Le système bancaire suisse s’est bâti sur l’excellence, pas sur le secret.

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