Les efforts de Josef Estermann ont fini par payer. Inlassablement ces dernières semaines, le président de la ville de Zurich a battu la campagne jusqu'au fin fond du canton pour convaincre ses concitoyens de la justesse d'une nouvelle péréquation financière. La nouvelle loi acceptée dimanche par le souverain cantonal par 68,5% des voix donne au canton les moyens d'aider la ville à assumer ses tâches de métropole dans les domaines policier, culturel et de l'aide sociale.

Jusqu'ici, la ville recevait 59 millions de francs par année (47,5 millions pour la police +11,3 pour la culture et 30 millions pour l'Opéra qui entre-temps est passé sous le giron du canton). Désormais, la ville recevra 84 millions supplémentaires, soit 30 millions pour la police, 30 pour la culture et 24 pour l'aide sociale. De la sorte, Zurich devrait parvenir à un budget équilibré pour la première fois depuis le début de la décennie.

Pour Josef Estermann, cette décision est «raisonnable» si l'on sait que les charges supplémentaires occasionnées à Zurich par son rôle de métropole s'élèvent à 372 millions de francs. Ce vote permet surtout de garder le taux d'imposition à 130%. Si la péréquation avait été refusée, la ville, selon ses propres calculs, aurait dû augmenter le taux à 150% pour accomplir les mêmes tâches… La spirale serait devenue infernale, puisque la cité de la Limmat fait déjà face à une évasion de ses habitants, attirés par une fiscalité plus clémente dans les communes environnantes.

La ville de Zurich a cependant dû démontrer aux électeurs du canton qu'elle se préoccupe de sa santé financière. En 1998, elle a introduit diverses mesures d'économies pour un montant global de 684 millions de francs. Et, pour 1999, elle annonce un nouveau paquet de 180 millions. Et les citadins appuient ces efforts. Ils ont dimanche avalisé la privatisation des homes pour enfants au profit d'une fondation, un gain de 8 millions de francs. La municipalité rose-verte a dorénavant l'intention de se séparer de toutes les tâches que des particuliers pourraient exercer.

Cette volonté promet quelques belles bagarres à l'avenir. A témoin, la grève des chauffeurs de tram et de bus évitée de justesse le 27 janvier dernier. D'autre part, et pour bien souligner cette volonté de renouer avec des finances saines, l'électorat a encore accepté de réduire les subventions accordées aux personnes âgées dans les transports publics, un nouveau gain de 7 millions de francs.

De la sorte, l'UDC (Union démocrate du centre) est la grande perdante de ce week-end, tant à l'échelon cantonal que communal. En effet, le parti de Christoph Blocher est la seule formation politique à s'être opposée à la nouvelle péréquation financière. Pour les démocrates du centre, la ville aurait encore dû faire des efforts avant d'être récompensée par les communes du canton: son administration reste pléthorique, sa politique sociale trop généreuse et son parc immobilier devrait être vendu pour rembourser la dette.

Sur le plan communal, l'UDC a tenu un discours contradictoire: championne toute catégorie de la lutte anti-gaspi, elle était pourtant opposée à la réduction des subventions allouées aux retraités dans les transports publics. Et de fustiger dans sa campagne publicitaire les économies «sur le dos des personnes âgées» alors que les marginaux, lesbiennes, toxicomanes et étrangers (dans l'ordre), eux, sont «dorlotés».

Les votants, certainement moins impressionnés avec le temps par les propos racistes du parti blochérien, ont eu ce week-end de toute évidence d'autres priorités. En déduire que l'UDC est aujourd'hui en perte de vitesse serait cependant hasardeux. Les élections cantonales du 18 avril prochain, véritable baromètre avant le scrutin fédéral d'octobre, donneront un bon état des lieux.