«Bienheureuse Marguerite Bays, merci d'avoir sauvé mon mari de la maladie et continue à veiller sur ma famille comme tu l'as toujours fait.» Voici l'une des dédicaces inscrites sur le «livre d'or» de la couturière béatifiée de Siviriez, un simple cahier d'école en toile noire. Des milliers d'inscriptions rappellent, 121 ans après sa mort, que le bon peuple des fidèles n'a pas oublié cette servante de Dieu. Trouble et émotion se mêlent en parcourant, page après page, les supplications des pèlerins à leur Marguerite. Demande de réussite d'examens, de succès en amour, de guérison, de préservation de ses proches, autant de requêtes qui marquent une dévotion et un attachement sans commune mesure.

Marguerite Bays (1815-1879) est née dans le hameau de la Pierraz, sur la commune de Siviriez. Après un apprentissage de couturière, elle opte de rester au sein de sa famille pour se consacrer à sa vocation de laïque chrétienne. Avec son engagement fort pour la transmission de la foi, et son inamovible piété, elle est peut-être l'une des premières catéchistes du canton. Avec cent ans d'avance sur son temps. Elle accompagnait malades et mourants, tout en enseignant la foi aux enfants les dimanches. Certains prétendaient même qu'elle était «pire qu'un prêtre.» Le clergé officiel n'a d'ailleurs pas toujours vu d'un bon œil la popularité de la couturière. Mais sa renommée auprès du peuple allait en faire une personnalité adulée. On lui prête la guérison miraculeuse de son cancer des intestins, l'apparition des cinq stigmates du Christ et de nombreuses extases. Ces faits n'ont pu être démentis par les experts consultés. A sa mort, la population est convaincue d'avoir perdu une sainte. Elle les aimait. Ils le lui rendent bien aujourd'hui.

L'ouverture de son procès en béatification n'a en effet pas été une sinécure. Bien au contraire. Certaines méfiances dans la hiérarchie catholique allaient freiner le processus. Et c'est sous la pression de la vox populi que la procédure ordinaire fut entamée le 30 juin 1927, 48 ans après sa mort (lire ci-dessous).

Accourant de toute la Suisse, mais également de France, d'Italie ou d'Allemagne, ils sont des milliers à vivre le pèlerinage de Siviriez. Chaque jour, une dizaine de personnes vont se recueillir devant son tombeau ou dans sa minuscule chambre en bois de la Pierraz. Mais qui sont donc ces pèlerins qui débarquent en pleine campagne fribourgeoise pour vénérer cette servante de Dieu?

«Ce sont les mêmes gens qu'il y a un siècle, explique Jean-Paul Conus, président de la Fondation Marguerite Bays. Des gens simples, qui viennent chercher aide et réconfort. Une grand-maman qui prie pour ses enfants, ou une petite fille parce que son frère va se faire opérer.» Les fidèles s'identifient à cette femme du peuple, humble et emplie de compassion: «Elle est accessible, parce qu'elle est comme eux.» Façonnée à l'image du peuple, Marguerite en est la confidente et l'amie. Fabienne Sauca, qui habite à la Pierraz, voit chez Marguerite «une marraine pour chacun d'entre nous. J'ai été touchée par sa simplicité. Elle fait désormais partie de ma vie. Tout ici en est imprégné. On se sent proche d'elle». Miroir d'une société rurale avançant au rythme des travaux et des jours, Marguerite Bays impose sa stature de laïque engagée par sa simplicité.

Pas de marchands du temple

En Italie ou en Espagne, on aurait certainement vu débarquer les marchands du temple avec leur cortège d'échoppes et de bibelots. Siviriez restera pourtant un petit village glânois comme les autres. Ici, on se préserve du business: «Il n'y a pas de promoteurs autour de Marguerite Bays, insiste Jean-Paul Conus. C'est une volonté claire de la Fondation de ne pas changer l'esprit du lieu. On ne veut pas en faire un deuxième Lourdes, malgré les miracles accomplis.» Pas de prosélytisme non plus, mais la sincérité de bénévoles qui respectent un héritage dans lequel ils se reconnaissent.

Chaque jour, une dizaine de pèlerins font le circuit Marguerite Bays. Cette fréquentation minimum augmente bien évidemment en été avec des cars entiers de fidèles. Quatre lieux sont importants: l'église de Siviriez, dans lequel se trouvent la chapelle et le reliquaire, la maison dans le hameau natal, l'abbaye cistercienne de la Fille-Dieu à Romont, où Marguerite se recueillait en silence, et enfin la chapelle de Notre-Dame du Bois, où elle avait l'habitude de venir prier avec les enfants du village le dimanche.

Aujourd'hui, la Fondation Marguerite Bays, créée en 1953, tente de préserver l'héritage de la bienheureuse. Jean-Paul Conus explique que «les gens aimeraient bien posséder un objet ayant appartenu à Marguerite Bays. La fondation tente de les réunir pour les sauver de la disparition. Nous effectuons également des rénovations et essayons de mettre en valeur tout ce patrimoine». Dernière réalisation en date: la chapelle Marguerite Bays et son reliquaire, un coffret en noyer et prunier recouvert par endroits d'une couche d'argent. L'ensemble a été imaginé par l'artiste fribourgeois Jean-Jacques Hofstetter. Les restes de la bienheureuse avaient été exhumés en avril 1998, deux ans et demi après sa béatification par Jean Paul II.