Le paysage religieux suisse continue à se transformer. Selon les chiffres du recensement fédéral 2000 qui ont été publiés hier par l'Office fédéral de la statistique (OFS), les principales Eglises chrétiennes ont enregistré un nouveau recul de leurs fidèles. Ainsi, 41,8% de la population résidante a déclaré appartenir à l'Eglise catholique romaine en 2000 (contre 46,2% dix ans plus tôt) et 33% à l'Eglise évangélique réformée (contre 38,5% en 1990). Cette chute a lieu non seulement en termes relatifs, mais aussi en termes absolus: en dix ans, l'Eglise catholique a perdu plus de 124 000 membres et l'Eglise réformée plus de 238 000. En revanche, les parts des autres communautés protestantes, des catholiques-chrétiens et des juifs sont restées stables.

L'Office fédéral avance trois raisons au recul des Eglises nationales en Suisse. Tout d'abord, l'érosion du sentiment d'appartenance, dû à la sécularisation. La proportion des personnes se déclarant sans religion a fortement augmenté, passant à 11,1% (300 000 personnes) alors qu'elle n'était que de 7,4% en 1990. Le nombre des sans-religion est deux fois plus élevé dans les zones urbaines que dans les zones rurales, et ce phénomène, qui concerne surtout les hommes de 30 à 50 ans, s'avère nettement plus important en Suisse romande qu'ailleurs: les Eglises ont en effet perdu beaucoup de terrain dans les cantons de Genève – où l'on recense la plus forte proportion des sans-religion (23%) après Bâle (31%) – de Vaud et de Neuchâtel.

Nouveaux immigrés

Deuxième raison: l'augmentation de la population immigrée. La proportion des personnes appartenant aux groupes religieux nouvellement installés en Suisse, comme les musulmans et les orthodoxes, a elle aussi enregistré une forte croissance. Cette catégorie représente aujourd'hui 7,1% de la population contre 3,7% dix ans plus tôt. Le nombre d'hindous et de bouddhistes reste faible, avec respectivement 28 000 (0,4%) et 21 000 (0,3%) personnes. Par ailleurs, l'OFS souligne que des personnes toujours plus nombreuses adhèrent à des systèmes de croyances syncrétistes.

Troisième raison: le vieillissement démographique. Cette dernière explication concerne tout particulièrement l'Eglise évangélique réformée. En effet, celle-ci n'a pas pu bénéficier comme l'Eglise catholique du renouvellement représenté par l'immigration en provenance du Sud, qui a, selon l'OFS, fortement rajeuni sa structure démographique. Actuellement, plus de 26% des membres de l'Eglise évangélique réformée sont âgés de 60 ans ou plus, et 28% ont entre 40 et 60 ans. Mais à l'avenir, prédit l'OFS, le vieillissement de l'Eglise catholique romaine va sensiblement s'accélérer. En revanche, la structure démographique des nouveaux groupes religieux, où la proportion des jeunes est très grande, leur promet un potentiel de croissance élevé.

Hier, la Conférence des évêques suisses a tenu à nuancer ces résultats dans un communiqué. Le nombre de catholiques romains a certes reculé, dit-elle en substance, mais cette baisse est principalement due au phénomène des ressortissants latins qui retournent dans leur pays. La baisse des catholiques romains de nationalité suisse n'est elle que de 2,1%. Elle aurait pu être plus importante: en ce sens, la CES estime que «ce résultat est plutôt rassurant». Quant à la Fédération des Eglises protestantes de Suisse, elle veut relever le défi que représente la proportion croissante des sans-religion.