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Image d’illustration. Le projet de loi sur la laïcité sera débattu cette semaine au Grand Conseil genevois.
© ERIC GAILLARD

Spiritualité

Les Eglises genevoises regrettent que le projet de loi sur la laïcité les considère comme une menace

Genève s’apprête à revoir sa loi sur la laïcité. Les Eglises déplorent, dans le projet de loi débattu cette semaine, un manque de reconnaissance de leur travail social et craignent des répercussions sur leur budget

Dans une conférence de presse au cœur de la cathédrale Saint-Pierre à Genève, les représentants des Eglises ont exprimé leurs inquiétudes face au projet de loi sur la laïcité de l’Etat. Les trois Eglises ne combattent pas le projet de loi et ses 800 pages, mais déplorent que leur travail social et d’intégration ne soit pas reconnu par l’Etat, et craignent pour leurs finances si la contribution ecclésiastique venait à disparaître.

A la veille des débats parlementaires des 22 et 23 mars, Jean Lanoy, curé de l’Eglise catholique-chrétienne, Pascal Desthieux, vicaire épiscopal de l’Eglise catholique romaine, et Emmanuel Fuchs, président de l’Eglise protestante de Genève, se sont donc associés pour envoyer une lettre aux députés. «Le sujet de la laïcité est sensible. On nous considère presque comme une menace dans ce projet de loi, alors que nous sommes des partenaires», défend l’abbé Pascal Desthieux.

Une opinion: Le défi des Eglises réformées pour gagner les cœurs

Jusqu’à présent, la loi sur la laïcité de l’Etat stipulait que «les autorités entretiennent des relations avec les communautés religieuses». Plusieurs groupes politiques ont jugé ce point problématique. Pour trancher, le conseiller d’Etat chargé de la Sécurité et de l’économie, Pierre Maudet, avait réuni en 2013 un groupe de travail sur la laïcité (GTL). Son objectif était de faire le point sur les relations entre l’Eglise et l’Etat à Genève. L’opposition de gauche avait alors dénoncé la partialité de ce groupe, qu’ils jugeaient composé majoritairement de représentants religieux. Selon eux, ce cénacle négligeait donc une grande partie de la population, les athées. Néanmoins, le groupe a conclu que les relations actuelles entre l’Etat et les Eglises ne respectaient pas la laïcité et devaient donc être modifiées. D’où le projet de loi.

«De précieux services»

«Loin de nous l’idée de mélanger les enjeux du politique et du spirituel», affirme Emmanuel Fuchs, président de l’Eglise protestante de Genève. Il souligne cependant que «les Eglises œuvrent dans un cadre plus large que la paroisse et rendent de précieux services à l’Etat». Il parle ici des 40 postes d’aumônier financés par l’Eglise qui s’occupent des accompagnements spirituels et religieux dans les lieux confinés, comme les hôpitaux ou les prisons où ils font plus de 5000 visites par année. Sans la contribution ecclésiastique, la moitié de ces postes disparaîtrait, selon lui. Le pasteur mentionne aussi le travail accompli pour l’intégration des étrangers et des requérants d’asile, «et ce quelles que soient leurs croyances», précise-t-il.

Pour les hommes de foi, maintenir le système de contribution ecclésiastique est une nécessité. L’entretien des bâtiments religieux est à leur charge, argumentent-ils. La cathédrale Saint-Pierre coûte plus d’un million et demi par année à elle seule. «Nous sommes le seul canton où l’entretien des bâtiments se fait sans aide des autorités. Même en France, pays dit très laïc, c’est l’Etat qui s’occupe du patrimoine religieux», s’exclame Eric Vulliez, responsable des Finances et de l’immobilier de l’Eglise protestante genevoise.

Menace sur l’impôt

L’«impôt» ecclésiastique facultatif est une contribution volontaire que peuvent faire les individus à une Eglise. Le montant choisi est prélevé sur le salaire par le Département des finances, qui prend une commission de 2%, puis la reverse à l’Eglise du donneur. A Genève, seules trois Eglises bénéficient de ce système: l’Eglise protestante, l’Eglise catholique romaine et l’Eglise catholique-chrétienne. Ces paroisses sont d’accord d’ouvrir cette possibilité de contribution par l’impôt aux autres religions, mais elles s’opposent à la suppression totale de ce système. Cet impôt représente de 10% (pour l’Eglise protestante) à 50% (pour l’Eglise chrétienne) de leur budget.

Pour le pasteur Emmanuel Fuchs, il serait plus simple que les personnes donnent directement à leur paroisse, mais cette méthode ne convient pas toujours: «Nous avons essayé de changer ces habitudes, nous avons fait des campagnes de communication et d’information, mais cela ne fonctionne pas. Pour certains, le don ecclésiastique est un devoir moral qu’ils aiment accomplir, mais pas de manière directe.»

Les trois Eglises espèrent donc que les discussions sur le projet de loi au Grand Conseil permettront de prendre en compte ces remarques. Elles souhaitent que la séparation stricte entre l’Etat et le religieux soit reconsidérée, que la contribution ecclésiastique par l’impôt subsiste et que l’Etat reconnaisse les services rendus par les Eglises à la population.

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