L’annonce, lundi soir, du retrait du candidat PDC Gabriel Willemin, 5e du premier tour mais 3e seulement de la liste PDC, de la course au gouvernement jurassien semblait, dans un premier temps, plomber le second tour du 8 novembre. Un regard sur le classement du premier tour du 18 octobre donnait la composition du futur gouvernement jurassien, avec une configuration semblable à celle de la présente législature, avec deux PDC (le sortant Charles Juillard, 1er dimanche, et Martial Courtet, 4e), un PLR (Jacques Gerber, 3e) et deux socialistes (Nathalie Barthoulot et le sortant Michel Thentz, 2e et 6e).

Or, rien n’est moins sûr. Deux autres candidats devraient être en lice au second tour: le 7e de dimanche dernier, le chrétien-social David Eray, et le 10e, l’UDC Damien Lachat. Grand vainqueur de l’élection au parlement, l’UDC ne devrait toutefois pas peser – pour cette fois en tout cas – sur l’élection au gouvernement, sinon en amenant des suffrages à d’autres candidats, au PLR par exemple.

Un chrétien-social comme trouble-fête

C’est bien du candidat du PCSI, David Eray, que le danger va venir, bien qu’il accuse un retard de près de 900 voix sur Michel Thentz. Il n’a rien à perdre et se souvient qu’en 2002, un autre chrétien-social, Laurent Schaffter, 6e du premier tour, avait ensuite été élu. En 2010 aussi, le 6e du premier classement, Michel Thentz, avait ensuite forcé la porte du Conseil d’Etat.

Ce n’est pas tant la personnalité de David Eray qui fera la différence. Mais il présente une double particularité susceptible de le rendre éligible: il est l’unique candidat des Franches-Montagnes et, surtout, le seul émanant de l’économie privée. Sa chance, surtout, c’est d’être un pion stratégique susceptible d’être «intéressant «pour le parti qui fait la pluie et le beau temps, le PDC.

Avec qui le PDC voudra gouverner

Fébrile avant le rendez-vous électoral, devant éviter l’implosion en raison des duels internes (Seydoux-Kohler au Conseil des Etats, Willemin-Courtet au Conseil d’Etat), le PDC est désormais débarrassé de toute pression. S’il avait dû lancer trois candidats au second tour, ou évincer Gabriel Willemin, il se serait mis en posture délicate. Là, il peut sereinement faire élire ses deux candidats. Personne ne remet en cause la double présence PDC au gouvernement, qui plus est avec un élu de Porrentruy (Charles Juillard) et l’autre de Delémont (Martial Courtet).

Comme il l’a longtemps fait, le PDC peut même choisir avec qui il veut gouverner. Prioritairement pour garantir une majorité de centre droit au Conseil d’Etat. Il apportera ainsi son soutien au PLR Jacques Gerber. Pourtant, dans la configuration actuelle avec 2 PDC, 2 PS et 1 PLR, le ministre PLR a peut-être un trop beau rôle de pivot et de faiseur de majorité. Le PDC pourrait être tenté par un multipartisme gouvernemental où sa double présence en ferait le décideur incontournable.

L’autre enjeu stratégique, c’est l’assise parlementaire. PDC et PLR n’y ont pas de majorité (26 députés sur 60). Certes, le Grand Conseil jurassien est bien à droite, mais PDC et PLR ne peuvent pas compter sur l’appui indéfectible des 8 UDC. Mieux vaut, peut-être, s’associer aux 8 députés du PCSI, plutôt au centre gauche, mais qui pourraient devoir suivre la majorité gouvernementale si l’un des leurs est à l’exécutif.

Evincer un socialiste

La réintégration d’un ministre PCSI au Conseil d’Etat (le chrétien-social Laurent Schaffter en avait été éjecté en 2010, notamment parce que son parti avait attaqué le PDC et s’était ainsi privé de son soutien), au détriment d’un socialiste, peut en outre devenir un scénario susceptible de plaire à l’électorat démocrate-chrétien.

Cette hypothèse a de surcroît sa raison d’être en raison de la posture délicate du ministre socialiste sortant, actuel président du gouvernement, Michel Thentz, seulement sixième du premier tour, certes à 13 petites voix du cinquième. N’était-ce qu’un carton jaune envers un ministre critiqué pour son manque de décision, ou une vague de fond tendant à le renvoyer? Autre élément qui interpelle: la gauche qui a beaucoup perdu au parlement (2 sièges socialistes et 1 pour la gauche alternative) a-t-elle les moyens et la motivation de «sauver «le soldat Thentz? L’histoire elle-même est défavorable à l’actuel ministre de la Santé, des affaires sociales et des communes: jamais dans la courte histoire jurassienne le PS n’est parvenu à obtenir deux sièges gouvernementaux lors de deux élections consécutives.

La campagne qui mènera au second tour du 8 novembre sera haletante. Avec quatre débats organisés par les médias, entre vendredi et jeudi de la semaine prochaine. Si le débat réunissant les 18 prétendants du premier tour n’a rien apporté, la confrontation des derniers candidats sera autrement plus instructive. Et ça va beaucoup grenouiller en coulisses, le Jura n’étant pas habitué aux alliances transparentes.

Classement du 1er tour

de l’élection au gouvernement jurassien, 18 octobre 2015:

1. Charles Juillard, PDC, sortant, 12 325 voix, 42,5%

2. Nathalie Barthoulot, PS, nouvelle, 10 159 voix, 35,1%

3. Jacques Gerber, PLR, nouveau, 8714 voix, 30,1%

4. Martial Courtet, PDC, nouveau, 8626 voix, 29,8%

5. Gabriel Willemin, PDC, nouveau, 8300 voix, 28,7% (s’est retiré)

6. Michel Thentz, PS, sortant, 8283 voix, 28,6%

7. David Eray, PCSI, nouveau, 7404 voix, 25,6%

… 10. Damien Lachat, UDC, nouveau, 4587 voix, 15,9%