Moins d’une année après la grande fête populaire célébrant les 40 ans de sa création, le Jura est peut-être à la veille d’un séisme politique. Le PDC, le parti des «pères fondateurs», pourrait perdre son statut historique de premier parti du gouvernement cantonal lors de l’élection complémentaire du 9 février prochain (second tour prévu le 1er mars). Un scrutin provoqué par la démission du ministre PDC Charles Juillard à la suite de son élection au Conseil des Etats le 20 octobre dernier, la Constitution jurassienne interdisant le double mandat.

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Mais le départ pour Berne de l’homme fort du gouvernement jurassien, vice-président du PDC suisse, met en difficulté son parti dans son canton, contraint à affronter une complémentaire de tous les dangers, à huit mois seulement des élections cantonales générales agendées au 18 octobre. «Maintenir notre deuxième siège au gouvernement cantonal est un réel défi», reconnaît Gauthier Corbat, le secrétaire général du PDC jurassien (la composition actuelle est de deux PDC, un socialiste, un PLR et un chrétien-social). Le parti a choisi de miser sur une figure connue et rassembleuse, présentant leur ancienne sénatrice, Anne Seydoux-Christe, 61 ans, qui vient de quitter Berne après trois législatures au Conseil des Etats.

Malgré un important réseau et des compétences saluées de part et d’autre de l’échiquier politique, la partie s’annonce serrée pour la démocrate-chrétienne. Elle affronte la socialiste Rosalie Beuret Siess, 41 ans, députée et membre de l’exécutif de la ville de Porrentruy, dont le parti se montre résolument offensif. Lors des dernières élections fédérales, le PS est en effet devenu la première force politique du canton, au détriment PDC. «Ce résultat a clairement été un déclencheur de notre candidature, nous voulons aller chercher ce deuxième siège afin de rééquilibrer le gouvernement», lance Jämes Frein, le président du PS jurassien. Il rappelle également l’excellent score le 20 octobre dernier de leurs alliés des Verts, qui ont décidé de se ranger derrière la candidature de la socialiste.

Un PDC fragilisé par les divisions

«L’année passée, le Jura a été marqué par la grève des femmes et la mobilisation des jeunes pour le climat, Rosalie Beuret Siess est la candidature qui représente ces mouvements», insiste Jämes Frein. La gauche se présente donc conquérante face à un PDC fragilisé, en phase de reconstruction après une période de profondes divisions, qui a notamment abouti à la démission de deux anciens ministres, Pierre Kohler et Philippe Receveur.

L’élection du 9 février fera-t-elle donc mentir l’adage qui veut que «les Jurassiens votent à gauche, mais élisent à droite»? Les pronostics demeurent difficiles, tant les incertitudes demeurent nombreuses. En premier lieu, quel sera l’impact de la question régionale? Rosalie Beuret Siess vit à Porrentruy, comme Charles Juillard, alors qu’Anne Seydoux-Christe est de la ville de Delémont. D’où le dilemme de certains PDC ajoulots, région où le Parti démocrate-chrétien récolte traditionnellement la moitié de ses suffrages: voter pour le parti ou pour la région de l’Ajoie. «Même si la force de l’identité s’atténue, il est difficile de savoir quelle influence elle aura sur le résultat des urnes», s’interroge Gauthier Corbat.

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Surtout, une autre inconnue demeure quant à l’impact de la troisième candidature, celle de l’UDC Romain Schaer, 50 ans, député-maire de La Baroche. Une candidature surprise et âprement discutée au sein du parti agrarien. «C’est la volonté d’offrir une réelle alternative de droite aux électeurs qui se retrouvaient à devoir choisir entre une socialiste et une représentante de l’aile gauche du PDC qui nous a finalement convaincus», explique Thomas Stettler, le président de l’UDC jurassienne, qui espère aussi que la campagne donnera de la visibilité à son parti en prévision de l’élection générale de cet automne.

S’il a très peu de chances d’être élu face à deux femmes issues des deux plus importants partis jurassiens, Romain Schaer va brouiller les cartes, provoquant certainement un second tour. Il va surtout compliquer la tâche d’Anne Seydoux-Christe, face à une gauche unie. Ainsi, cette semaine, le PLR jurassien n’a pas souhaité trancher entre l’UDC et le PDC et recommande les deux candidats. Surtout, demeure la question d’un maintien ou non de Romain Schaer pour le second tour…

«La terre va trembler»

«Si le PDC devait perdre ce siège, on va sentir la terre trembler», promet Thomas Stettler. Dans un contexte politique morose marqué par les mesures d’économie, la candidature de la socialiste Rosalie Beuret Spiess apporte un certain vent de fraîcheur. «La force de l’expérience», slogan de son adversaire démocrate-chrétienne, sera-t-elle suffisante pour y résister? «Dans tous les cas, le PDC n’avait guère le choix, commente un fin observateur de la vie politique jurassienne. De par son réseau et ses compétences, Anne Seydoux-Christe est peut-être la seule personnalité du parti capable de sauver le siège.»