«Je suis très déçu par la participation. Nous n'avons pas réussi à mobiliser l'électorat de l'Entente bourgeoise.» Après la large victoire du socialiste Charles Beer (49,4% des voix) face au radical François Longchamp (41,8%) dans la course à la succession de Micheline Calmy-Rey au Conseil d'Etat genevois, le député radical Gabriel Barrillier ne saurait mieux dire. Au-delà des slogans des états-majors, la droite ne s'est pas mobilisée pour le directeur général de la fondation Foyer-Handicap. Pour preuve, les derniers chiffres fournis par le service des votations et élections: par rapport à la mobilisation des démocrates-chrétiens et des libéraux lors des élections cantonales de 2001, la perte de suffrages destinés au radical se chiffre à 2788 pour les premiers et à 4012 pour les seconds, soit un total de 6800 voix. Quand on sait que l'écart entre Charles Beer et François Longchamp s'élève à 6400, ce constat soulève quelques interrogations d'autant plus nécessaires que le Parti socialiste, a contrario, a fait bloc derrière son candidat (+3250) en dépit de déchirements initiaux causés par le choix d'une candidature masculine.

Ce désintérêt de l'Entente est peut-être sous-tendu par la perspective des élections cantonales de 2005, où les deuxièmes sièges PDC et libéral pourraient être menacés par les radicaux. Mais certains expliquent aussi l'échec des radicaux par la campagne trop timide de François Longchamp, voire par son manque d'expérience du débat politique public. C'est le cas de Gabriel Barrillier: «Dans une campagne coup de poing aussi courte, il faut des coups de gueule.» Malgré la défaite, la famille radicale dit ne pas en subir les conséquences, puisque pour la plupart de ses membres, la tâche d'outsider censé contester un deuxième siège socialiste jugé «légitime» était ardue. «Dans ces circonstances d'incertitude, personne n'aurait fait mieux», relativise le président du Grand Conseil, le radical Bernard Lescaze.

Il n'empêche. Bien qu'il reste exclu au moins pour deux ans et demi encore du gouvernement, le Grand Vieux Parti pense néanmoins avoir profité de la campagne électorale. Membre du comité directeur, Jacques Jeannerat en est convaincu. Selon lui, le parti s'est ressoudé après le «tremblement de terre» de 2001. Et le député de rappeler l'excellent score que François Longchamp avait obtenu devant l'assemblée des délégués de décembre pour se lancer dans l'élection partielle du 2 mars. De plus, la page Gérard Ramseyer ou encore Pierre Kunz est, selon lui, définitivement tournée. «Le parti en a fini avec la génération des sexagénaires. C'est au tour des plus jeunes de prendre la relève. C'est pourquoi la dénomination de Grand Vieux Parti n'est plus appropriée.» Gabriel Barrillier nuance toutefois ces propos. Pour lui, la régénération des radicaux passe par une «clarification de la ligne politique». Cela étant, le député reste persuadé que le travail fourni lors de cette élection représente un «investissement inestimable dans l'avenir», sous-entendu les prochaines élections cantonales de l'automne 2005.

Dans cette perspective, François Longchamp a sans doute comblé un net déficit de notoriété. Dans une élection générale, il aurait, de l'avis de plusieurs observateurs, plus de chance d'atteindre son but dans un combat intra-droite que dans une élection où s'opposent les blocs de gauche et de droite. L'intéressé lui-même, encore un peu sous le coup de l'échec, reste évasif: «Me représenter? Ce n'est pas à l'ordre du jour. Je me laisse un temps de réflexion et mon parti devra également y réfléchir.»