Les élections cantonales zurichoises, le 3 avril prochain, n’ont pas fait beaucoup de vagues jusqu’à maintenant. La composition du Conseil d’Etat, avec six sortants qui se représentent, a de bonnes chances de rester la même. Au parlement, la grande question est de savoir si l’UDC pourra encore renforcer sa suprématie. Volontiers présenté comme le dernier test avant les élections fédérales de l’automne, le rendez-vous électoral zurichois promet un glissement à droite. Et des heures difficiles au Parti socialiste et aux Verts.

Les surprises du double Pukelsheim

Selon un premier sondage Isopublic réalisé pour le compte du Tages-Anzeiger auprès de 1000 personnes, l’UDC est la mieux placée. Déjà premier parti du canton avec 30,5% des voix, elle progresserait de 1,4%. Fait marquant: elle augmente ses voix parmi les jeunes électeurs. Misant sur l’euroscepticisme des jeunes Zurichois, la direction du parti a renforcé sa croisade contre «l’intégration de la Suisse dans l’Europe». Elle aimerait décrocher non seulement un tiers des voix, mais un tiers des 180 sièges au Grand Conseil, but plus difficile à atteindre avec le système électoral dit du double Pukelsheim, qui favorise les plus petites formations.

Un système électoral qui, appliqué pour la première fois en 2007, a fait des ravages dans les rangs socialistes. Ils avaient perdu 17 sièges et aimeraient bien en regagner au moins quatre. Mission difficile, à en juger par le sondage Isopublic. Le PS, avec 18,9% des voix, recule de 0,6%. Le parti a plus de succès auprès des électeurs âgés que des jeunes. Avec une offensive en faveur de logements à prix abordables et une initiative fiscale visant à décharger la classe moyenne, les socialistes espèrent regagner des voix parmi un électorat plus jeune.

Les Verts, pour la première fois depuis des années, perdent aussi du terrain – 0,7% – pour atteindre 9,7% des voix. Mais eux restent un parti qui attire les jeunes.

Le Parti libéral-radical enregistre lui aussi une légère progression, même si, avec 16,3% des intentions de vote, il ne reste pas grand-chose de l’ancien grand parti du canton. Six ans après leur création, les Verts libéraux confirment leur bonne tenue.

Stratégie de modération

Les résultats pour ces partis sont conformes à un niveau national au deuxième baromètre électoral de la SSR, réalisé dans la même période. Là aussi, l’UDC, frôlant les 30%, avancerait de presque un point, tandis que les socialistes perdent des voix.

Pour le Conseil d’Etat, où seul le socialiste Markus Notter ne se représente pas, la campagne est morne. Le PS a désigné le conseiller national Mario Fehr pour lui succéder. Une façon élégante de résoudre le problème de la relève pour la députation socialiste au Conseil national. Car Mario Fehr, qui y fut élu en 1999, fait partie de ces vétérans qui ont tendance à coller à leur siège. Il ne devrait pas avoir de peine à se faire élire. Les mauvaises langues disent d’ailleurs qu’il ne s’est jamais porté candidat quand il n’avait pas de chance d’être élu.

S’il est solide politiquement, il n’est pas celui qui lance des nouvelles idées. Mais aucun des six ministres en place ne fait vraiment des étincelles. Il n’est pas étonnant que, toujours selon le même sondage publié par le Tages-Anzeiger, le conseiller d’Etat aux positions les moins affirmées sorte en tête des intentions de vote: le démocrate-chrétien Hans Hollen­stein a les conflits en horreur. Il est suivi par la ministre socialiste des Ecoles, Regine Aeppli, et par la libérale-radicale cheffe des Finances, Ursula Gut, et son collègue de parti responsable de la Santé, Thomas Heiniger.

Les deux conseillers d’Etat UDC, Ernst Stocker et Markus Kägi, viennent en queue des sortants. Contrairement aux représentants de leur parti au Grand Conseil, ils se distinguent par leur modération. Une stratégie voulue par le parti, qui sait qu’il n’a aucune chance avec des candidats qui affichent des positions tranchées. Si le candidat des Verts, Martin Graf, devait créer la sensation en se faisant élire, ce serait très certainement au détriment de l’un des deux UDC.