FRIBOURG

Elections cantonales: le désir de pouvoir des Verts fribourgeois

Le Parti écologiste a l'esprit conquérant, mais son manque de pragmatisme lui barre toutefois la route du gouvernement.

On peut prendre une déculottée mémorable en votation populaire et garder le sourire. Témoin les Verts fribourgeois. Seule formation politique à s'opposer au pont de la Poya, ils ont été éconduits dimanche par 81% de la population (LT du 25.09.2006). Mais leur moral reste au beau fixe.

«Si les 20% qui ont voté contre le pont décident de nous soutenir aux élections cantonales, nous nous dirigeons vers un triomphe!» plaisante même le coprésident, Hubert Zurkinden. Lequel est pour l'instant l'unique représentant écologiste au Grand Conseil.

Trend favorable

La situation pourrait toutefois évoluer. Surfant sur le trend national qui leur est favorable, les Verts fribourgeois abordent les élections cantonales du 5 novembre gonflés à bloc. Trois candidats au Conseil d'Etat, 27 au parlement cantonal, présentés dans quatre districts différents, les écologistes sortent des murailles du chef-lieu cantonal, leur traditionnel bastion où ils ont du reste réalisé un carton lors des communales de mars dernier (10,9% des suffrages, un score historique).

Seulement voilà. Si une bouffée d'air environnemental souffle, depuis un an, sur les scrutins cantonaux ou communaux - voir les exemples de Genève, Vaud et Berne -, le cas fribourgeois s'avère complexe. Aucune personnalité du calibre de David Hiller, Robert Cramer, Daniel Brélaz ou Bernhard Pulver n'émerge sur les bords de la Sarine. Or, ces derniers passent pour être des écologistes pragmatiques, capables de mettre un peu d'eau dans leur vin bio, au nom de l'intérêt général. Une étiquette qui a convaincu de nombreux électeurs - également de sensibilité de droite - au moment de mettre le bulletin dans l'urne.

Dans le canton de Fribourg, rien de tel. A l'instar des deux coprésidents, Christa Mutter et Hubert Zurkinden, les Verts cultivent leur image, intransigeante, de «fondamentalistes en Birkenstock». Leur combat de longue haleine contre l'implantation de l'entreprise Amgen à Galmiz est resté en travers de nombreuses gorges. Leur opposition au pont de la Poya a également suscité l'incompréhension. L'objectif premier du projet étant de désengorger le quartier historique du Bourg, afin de sauvegarder son patrimoine séculaire, leur attitude a été perçue comme incohérente.

Visibilité maximale

«Nous sommes au contraire conséquents avec nous-mêmes. Le concept Poya n'offre pas une solution globale aux problèmes de circulation dans l'agglomération fribourgeoise, comme certains essaient de le faire croire. Il continue à faire la part belle aux voitures. Au moins avons-nous lutté pour l'instauration de modérations de trafic. Avec succès. Mais les mesures de compensation prévues sont encore insuffisantes. Le gouvernement cantonal doit impérativement en prévoir davantage.»

Ce langage tranché est celui de Christa Mutter. Membre du parlement de la capitale cantonale, elle draine une réputation de pétroleuse, ayant été par exemple l'une des premières à exiger des éclaircissements sur la gestion de la caisse de pension de la Ville. Aujourd'hui, elle se lance à l'assaut du Conseil d'Etat, en compagnie de son compère Hubert Zurkinden, par ailleurs secrétaire général du Parti écologiste suisse, et de Roman Hapka, secrétaire romand de Pro Natura.

Leurs chances d'élection sont faibles, mais cette triple candidature a plutôt pour objectif d'assurer à la formation un maximum de visibilité, afin de placer au moins trois élus au Grand Conseil. Une stratégie qui devrait s'avérer payante, car leur potentiel de progression est incontestable.

De fait, selon l'historien Georges Andrey, «Fribourg est en train de vivre une petite révolution. Son retard économique est en passe d'être comblé, comme en témoignent une urbanisation galopante et une tertiarisation de ses activités. Or ce terreau est favorable aux Verts».

A le croire, le décalage temporel que connaît le développement de la société fribourgeoise par rapport aux cantons voisins se transpose sur l'attitude des écologistes locaux. «Les Verts fribourgeois n'ont pas encore accédé aux responsabilités. Ils sont teintés d'idéaux et revendiquent. Quand ils seront au pouvoir, leur comportement changera», analyse-t-il. En sus, dans certains gouvernements cantonaux, les écologistes assument un rôle charnière, se voulant au-dessus de la mêlée partisane. Or à Fribourg, l'indépendant Pascal Corminboeuf occupe déjà cette place.

Christa Mutter reconnaît qu'elle force parfois le trait, pour mieux faire passer son message. Mais elle sait se montrer conciliante, assure-t-elle. Elle en a du reste apporté la preuve lorsqu'elle dirigeait une crèche pour enfants. En tout cas, son collègue Hubert Zurkinden est persuadé «que notre position ferme sur Galmiz ou le pont de la Poya va nous faire gagner des voix. Nous avons des principes, auxquels notre électorat est sensible. Nous n'allons pas les brader par pur opportunisme».

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