La concurrence fiscale n'oppose pas uniquement les cantons entre eux, mais aussi les partis politiques. A six mois des élections fédérales, chaque formation tente de caresser l'électeur dans le sens de la déclaration d'impôt.

Les deux partis qui se profilent le plus sur les thèmes fiscaux sont le PS et le PRD. A chaque fois que l'un présente ses propositions, l'autre bondit en affirmant que les siennes sont meilleures. A vrai dire, elles prennent des directions diamétralement opposées. Et le PS paraît bien isolé dans son combat, car le PDC et l'UDC, ce n'est une surprise pour personne, sont assurément plus proches des thèses radicales que de celles défendues par la gauche.

Taux minimal de 22%

Le PS tire sur deux cibles principales et garde quelques autres cartouches en réserve. Il appuie sa campagne sur un référendum et une initiative. Le premier attaque frontalement la réforme de l'imposition des entreprises, unanimement soutenue par les partis de droite.

Pour les socialistes, la diminution à 60% (au lieu de 100%) du taux d'imposition des dividendes n'est rien d'autre qu'un «cadeau fiscal accordé aux gros actionnaires». Selon le projet approuvé par le parlement en mars, toute personne possédant au moins 10% d'une société de capitaux ne sera ponctionnée qu'à 60% sur ses dividendes. Pour la droite, cette solution apporte de l'eau au moulin des propriétaires de PME. Pour la gauche, c'est un cadeau aux riches qui se justifie d'autant moins que les formes ordinaires de revenu (salaires, rentes) sont taxées en plein.

L'autre pilier sur lequel le PS s'appuie est l'harmonisation fiscale. IL a lancé une initiative populaire demandant que les revenus dépassant 250000 francs soient imposés à 22% au minimum, et cela dans tous les cantons et dans toutes les communes. Cette même initiative veut interdire aux cantons d'introduire un barème dégressif pour les hauts revenus. Là encore, la gauche est opposée au reste de l'échiquier politique. Pour les partis de droite, la souveraineté cantonale est intangible, du moins en ce qui concerne les taux et les barèmes. La question des forfaits fiscaux, contre lesquels le PS s'élève également, est moins claire. L'idée de clarifier les règles du jeu est partagée par d'autres.

Et l'abolition de l'IFD?

Le Parti radical a présenté ses priorités jeudi à Berne. Il soutient avec vigueur la réforme de l'imposition des entreprises, qui, insiste son président, Fulvio Pelli, allégera les charges des entreprises familiales.

Le PRD se mobilise aussi pour simplifier la TVA. L'idéal serait, confie le conseiller national Charles Favre, d'avoir un taux unique. A défaut, il faudra se limiter à deux taux et réduire fortement les exceptions. A ses yeux, la santé doit rester hors du champ de la TVA. En cas contraire, on augmenterait la charge des cantons et des assurés, ce qui suffirait à faire couler la réforme mise en route par le ministre radical Hans-Rudolf Merz.

Dans le domaine de la famille, le PRD vise le passage à l'imposition individuelle, comme le PS. Cela inciterait davantage les femmes à travailler, contrairement au système actuel, qui pénalise les couples mariés à deux revenus. Mais l'imposition individuelle peut être source de nouvelles inégalités. De sorte que le PRD propose de laisser le choix aux contribuables. Ils devraient pouvoir opter pour la taxation individuelle ou pour un modèle de splitting, comme le privilégient le PDC et l'UDC. Dans ce cas, le facteur diviseur, qui sert à déterminer le taux appliqué au revenu imposable, devrait être de 1,7.

Enfin, le PRD réfléchit à simplifier l'impôt sur le plan national sur la base du système Easy Swiss Tax étudié à Zurich (voir ci-contre). Et l'abolition de l'impôt fédéral direct (IFD), demandée par les délégués radicaux en janvier contre l'avis de la direction du parti? «Nous ne l'oublions pas. L'IFD est mal conçu et pèse sur les revenus moyens. Mais il n'est pas facile de substituer un impôt qui rapporte 13 milliards de recettes par autre chose. C'est à l'étude, mais pour plus tard», répond laconiquement Fulvio Pelli.

De son côté, le PDC privilégie les allégements fiscaux pour les familles et les PME prévus dans les révisions en cours. L'UDC franchit un pas de plus en demandant de libérer les entreprises de l'IFD et de supprimer le droit de timbre.

Au même titre que l'énergie et le climat, l'impôt occupe ainsi une place de choix dans la campagne de cet automne.