La Radio suisse romande a inventé le loft politique. Une fois par semaine, elle réunit durant une journée entière, dans un studio (presque) coupé du monde, cinq personnalités politiques et leur donne pour mission de trouver une solution à un enjeu donné. Après l'intégration et la fiscalité, c'était, lundi, au tour des retraites de se faire disséquer par les cinq invités du jour de l'émission Génie suisse.

L'opération suscite l'émerveillement outre-Jura. Après LCI (La Chaîne Info), c'est Radio Classique qui, estomaquée, a consacré un reportage à cette curiosité. «Imaginez pouvoir enfermer Dominique Strauss-Kahn, François Fillon, Noël Mamère et Philippe de Villiers dans un loft en leur imposant de se mettre d'accord sur un sujet politique comme l'intégration des étrangers, la fiscalité ou les retraites», extrapole LCI. Inconcevable!

En Suisse, c'est possible. Les quinze politiciens qui ont déjà tenté l'expérience avouent avoir passé un bon moment et s'être bien amusés à chercher à résoudre l'énigme politique soumise par la RSR. Cette émission, qui requiert un rude effort de la part des auditeurs internautes (chaque séance dure neuf heures!), donne une nouvelle visibilité au travail politique.

Vue d'ici, elle reste cependant caricaturale. D'une part, les débats qui se déroulent derrière les portes closes des commissions parlementaires sont bien plus âpres et crispés que les aimables échanges des locataires du politoloft. En ce sens, le film de Jean-Stéphane Bron, Mais im Bundeshuus, sorti en français sous le titre Le génie helvétique (tiens, tiens!), rend mieux compte de la vraie vie politique. D'autre part, les solutions que proposent les lofteurs au terme de leur isolement n'ont rien de révolutionnaire. Pas nécessaire de bloquer cinq politiciennes une journée entière pour savoir que la suppression de l'impôt fédéral direct et le taux unique de TVA n'ont guère la cote. Pas besoin non plus de neuf heures de discussions pour comprendre que le PDC et l'UDC d'un côté, le PRD et la gauche de l'autre n'ont pas la même conception de l'imposition de la famille. Rien d'extraordinaire à entendre les reclus de lundi privilégier la retraite flexible (entre 62 et 67 ans) modulée selon la pénibilité du travail, le revenu ou les années de cotisation. Il y a longtemps que de telles idées ont été lancées dans l'arène politique.

L'opération est néanmoins sympathique. Elle tire profit de l'intérêt suscité par la campagne présidentielle française pour donner une couleur inédite à la campagne électorale fédérale de cet automne. Par les temps de «pipolisation» à outrance qui courent, c'est toujours bon à prendre.

http://geniesuisse.rsr.ch

(prochaine émission lundi 21 mai)