A cinq mois de l’échéance, les élections fédérales du 20 octobre sont placées sous un spectaculaire paradoxe: alors que les inquiétudes liées au climat occupent la rue, les médias et la plupart des formations politiques, le plus grand parti de Suisse se tient, seul, à l’écart du mouvement. Malgré ses déconvenues en série lors des récentes élections cantonales, l’UDC assume fièrement ce splendide isolement.

Il est trop tôt pour prédire une défaite cuisante à l’UDC, qui, quoi qu’il arrive, restera le premier parti du pays. Certes, la préoccupation pour l’environnement semble durable. Et l’accord-cadre Suisse-UE risque fort de rester en stand-by d’ici aux élections, privant le parti nationaliste de son sujet favori. Mais des thèmes favorables à l’UDC peuvent encore surgir. Par ailleurs, la campagne électorale, avec les moyens qu’elle dégage, est généralement favorable aux plus grandes formations politiques, dans un système qui ne permet guère les brusques basculements.

Lire aussi: Des élections fédérales en forme de référendum climatique 

Des signaux en faveur des Verts

Il n’en reste pas moins que les dernières élections cantonales de Zurich, Lucerne, Bâle-Campagne et du Tessin donnent des espoirs aux Verts et aux Vert’libéraux, ainsi que, dans une moindre mesure, au PLR et au PS. Politologues et observateurs s’attendent à un certain recentrage après le glissement à droite survenu en 2015 au Conseil national, un Rechtsrutsch qui a produit en quatre ans davantage de blocages que d’avancées libérales dans le pays.

Lors des élections de 2015: La droite nationale rafle la mise au parlement

Nous présentons ici les enjeux partisans pour la Suisse romande, canton par canton. On notera une plus grande présence de la région lémanique dès la prochaine législature, la croissance démographique donnant un siège supplémentaire tant à Genève qu’à Vaud. Dans ces deux cantons, ce sont précisément les Verts qui semblent les mieux placés pour s’en emparer.

Autre enjeu de ces élections, la participation des jeunes citoyens, nettement plus basse que la moyenne. En 2015, elle n’avait pas dépassé 30% pour les 18-25 ans. Leur engagement massif et déterminé dans les manifestations pour le climat leur aura-t-il donné une plus grande envie de se rendre aux urnes? (Yelmarc Roulet)


■ Berne: un canton si tranquille

Malgré la vague climatique devant logiquement porter les formations écologistes vers le succès, les élections fédérales dans le canton de Berne devraient être marquées par une grande stabilité. Le grand canton du milieu perdant l’un de ses 25 sièges pour des raisons démographiques, la barre pour conquérir un mandat sera plus haute, s’élevant entre 3,8 et 4% des suffrages, ce qui handicape les petits partis. Réduite à 24 élus au Conseil national, la députation bernoise devrait toujours compter un seul Romand, l’UDC Manfred Bühler, à l’issue d’un scrutin pour la Chambre du peuple au suspense tout relatif.

A elle seule, l’UDC avait raflé 33% des suffrages voici quatre ans, obtenant 9 sièges, dont le dernier de justesse. Forcément, c’est elle qui risque le plus la perte d’un mandat, mais sans que cela se fasse au détriment de son élu francophone. Vice-président du parti bernois, Manfred Bühler figure en deuxième position sur la liste UDC et dispose d’une bonne notoriété dans la partie alémanique du canton. Ses chances d’être réélu sont donc intactes.

Peu d’espoirs romands

Cela dit, il restera probablement le seul Romand de la députation bernoise. Que ce soit au PS (6 sièges au Conseil national) ou au PLR (2), aucun candidat du Jura bernois et de la Bienne romande ne semble en mesure de détrôner leurs colistiers alémaniques, qui pour la plupart se représentent.
Les Verts et les Vert’libéraux (chacun 2 sièges actuellement) comptent sur le déclin du PBD (3) pour le dépasser. C’est oublier qu’à Berne, le parti de l’ancien conseiller fédéral Samuel Schmid résiste bien grâce à sa locomotive électorale Beatrice Simon, candidate aux deux Chambres fédérales. La directrice cantonale des Finances devrait ainsi succéder à Werner Luginbühl au Conseil des Etats, en compagnie du sortant Hans Stöckli (PS). (Michel Guillaume)


■ Fribourg: qui pour succéder à de Buman?

L’une des questions qui vont agiter l’élection en terre fribourgeoise concerne la succession du PDC Dominique de Buman. Cette figure de la politique du canton se retire après quatre législatures et une présidence du Conseil national. Au sein des démocrates-chrétiens, le Singinois Bruno Boschung, président du Grand Conseil en 2017, part dans la peau du favori pour le siège, mais la cote de la Gruérienne Marie-France Roth Pasquier monte. En cas d’élection de celle-ci, Fribourg pourrait se retrouver avec une majorité de femmes (4 sur 7) au National.

A noter qu’à l’exception de Dominique de Buman, les six autres sortants se représentent, dont les poids lourds Jacques Bourgeois, directeur de l’Union suisse des paysans (PLR), et Jean-François Rime, président de l’USAM (UDC).

L’inconnue verte

La répartition des sièges entre les partis devrait rester stable. La principale inconnue demeure de savoir si les Verts fribourgeois sont capables de décrocher leur premier siège à Berne. Et au détriment de qui? Du PDC, fragilisé par une crise de gouvernance et une controverse sur la surreprésentation de candidats germanophones, ou de l’UDC, si celle-ci devait perdre des plumes? Mais bien que poussés par la vague de mobilisation pro-climat, les écologistes demeurent handicapés par l’absence d’une locomotive électorale et leur manque de présence dans certaines régions comme la Singine. Pour réussir leur pari, ils devraient en tout cas gagner un minimum de 3% par rapport à leur score de 2015 (5,3%).

Quant à l’élection pour le Conseil des Etats, il est peu probable qu’elle réserve une surprise. Les deux sortants, l’ancien conseiller d’Etat Beat Vonlanthen et Christian Levrat, président du Parti socialiste suisse, devraient être réélus sans problème lors d’un scrutin où la PLR Johanna Gapany tentera de jouer la carte de la jeunesse. (Yan Pauchard)


■ Genève: une droite en désordre

L’augmentation de sa population offre à Genève un siège en plus au Conseil national. Qui en bénéficiera? Le politologue Pascal Sciarini a fait le calcul: sur la base des résultats de 2015, pondérés par les élections cantonales de 2018, ce sont les Verts les mieux placés.

Depuis, des manifestations pour le climat ont eu lieu, et surtout des frictions au sein de l’Entente bourgeoise. La présidence du PDC a en effet estimé que son alliance historique avec le PLR lui rapporterait moins de voix qu’une union inédite avec les microscopiques formations du centre (PBD, Vert’libéraux). Le divorce n’a finalement pas eu lieu, les délégués ayant désavoué leur président, Vincent Maitre, par ailleurs candidat au National, où il a des chances raisonnables de succéder à Guillaume Barazzone, qui se retire. A moins que l’électorat PLR ne lui tienne rigueur de cette ruade. Dans ces mouvements tectoniques, le siège du MCG est à risque.

En lançant leur campagne au Conseil des Etats, la Verte Lisa Mazzone et le socialiste Carlo Sommaruga, tous deux conseillers nationaux, ont martelé: les élire, pour remplacer Robert Cramer et Liliane Maury Pasquier, c’est choisir un duo complice au sein d’une alliance éprouvée, qui truste les deux sièges de sénateurs depuis trois législatures.

Lire aussi: Le PDC genevois reste allié au PLR pour la course au National

Un simili-divorce

Message subliminal: dans le camp d’en face, c’est le désordre complet. Hugues Hiltpold (conseiller national PLR) et Béatrice Hirsch (PDC) doivent faire face à ce simili-divorce, en plus de l’affaire Maudet qui leur coûtera des voix à la marge. Céline Amaudruz (conseillère nationale UDC) a fait des appels du pied insistants, soulignant qu’elle serait une meilleure alliée pour le PLR.

Candidat surprise, le viticulteur Willy Cretegny a fait un score honorable aux dernières élections cantonales, durant lesquelles il avait porté un thème qui revient comme un boomerang: le développement durable. (David Haeberli)


■ Jura: comme un long fleuve tranquille

Les élections fédérales dans le Jura pourraient ressembler à un long fleuve tranquille, tout semblant joué d’avance. Au Conseil national, où le plus petit canton romand ne compte que deux sièges, les sortants se représentent: le PS Pierre-Alain Fridez et le PDC Jean-Paul Gschwind, qui représentent les deux premiers partis du canton et affichent chacun deux législatures au compteur. Ils sont favoris dans une élection à la proportionnelle, où il sera très difficile à une autre formation (les Verts poussés par la question climatique ou l’UDC qui avait réussi à placer l’un des siens, Dominique Baettig, en 2007) de se glisser devant.

Deux figures

Pour le PDC, longtemps parti hégémonique, l’enjeu du scrutin sera de freiner son érosion et de panser les plaies encore vives de l’affaire Queloz, du nom d’une candidate controversée à la présidence du parlement cantonal.

Du côté du Conseil des Etats, la messe semble dite. Même si, a priori, le jeu aurait pu être plus ouvert, puisque le Jura est l’un des six cantons qui voient leurs deux sénateurs quitter Berne. En effet, la PDC Anne Seydoux-Christe et le socialiste Claude Hêche ne se représentent pas. Mais leurs sièges sont revendiqués par deux figures de la politique cantonale, qui devraient s’imposer: l’ancienne ministre socialiste Elisabeth Baume-Schneider, dont la stature dépasse les frontières cantonales, et le vice-président du PDC Suisse et actuel ministre cantonal des Finances Charles Juillard. Même si ce dernier ne s’est pas encore officiellement déclaré, sa candidature est un secret de Polichinelle.
L’ambiance dans le Jura promet en outre d’être plus calme qu’en 2015. La campagne avait été marquée par un duel fratricide au PDC, lorsque le bouillant Pierre Kohler avait attaqué de front le siège de la sortante Anne Seydoux-Christe. Avec une cuisante défaite à la clé. (Yan Pauchard)


■ Neuchâtel: le grand chambardement

Situation inédite à Neuchâtel. En 2015, en raison d’une évolution démographique défavorable, le canton a perdu l’un de ses cinq sièges au Conseil national. Il n’en compte plus que quatre ainsi que, bien sûr, deux conseillers aux Etats.

Or, quatre de ces six élus fédéraux ne se représentent pas: les conseillers nationaux Jacques-André Maire (PS) et Raymond Clottu (UDC) et les deux sénateurs Raphaël Comte (PLR) et Didier Berberat (PS).

Concurrence entre Verts et Rouges

Conseiller national sortant, Philippe Bauer (PLR) est candidat dans les deux Chambres et a de bonnes chances de succéder à Raphaël Comte aux Etats. Au National, Denis de la Reussille (POP) doit faire face à la concurrence de Céline Vara, vice-présidente des Verts suisses, dans le cadre de l’apparentement des formations qui se positionnent à gauche du PS. L’écologie ayant le vent en poupe, le scénario d’une éviction du Loclois par l’ambitieuse avocate verte est tout à fait vraisemblable. La députation neuchâteloise à Berne pourrait ainsi être composée de cinq nouveaux visages sur six, le sixième changeant par ailleurs d’hémicycle. Si effectivement Philippe Bauer devient sénateur, il pourrait être remplacé au Conseil national par Damien Cottier, ancien collaborateur personnel de Didier Burkhalter.

Au PS, l’ancien président cantonal Baptiste Hurni a les faveurs de la cote pour remplacer Jacques-André Maire, alors que la course à la succession de Didier Berberat s’annonce serrée entre Silvia Locatelli et Martine Docourt. Qui occupera le siège laissé libre par Raymond Clottu? L’UDC, qui avait obtenu 20,4% des suffrages en 2015, devrait accuser un fort recul pour le perdre et les concurrents PLR (24,4% en 2015), PS (23,7%) ou l’alliance PDC-Parti vert’libéral (7%) marquer une forte progression pour s’en emparer. Si l’UDC conserve son fauteuil, c’est sans doute un revenant, Yvan Perrin, qui l’occuperait. (Bernard Wuthrich)


■ Valais: le PDC pourrait perdre des plumes

En Valais, la bataille s’annonce rude, sur tous les tableaux. Aucun parti ne peut se reposer sur ses lauriers s’il entend atteindre ses objectifs. La gauche, réunie pour l’occasion, et le PLR veulent augmenter leur présence sous la coupole fédérale. Le PDC et l’UDC espèrent maintenir leurs sièges. Mais la taille du gâteau n’augmentera pas. Il y aura forcément des déçus.

Au Conseil national, les démocrates, qu’ils soient chrétiens ou du centre, ont glané un siège supplémentaire il y a quatre ans. Deux places convoitées tant par le PLR que par le Parti socialiste et les Verts, apparentés pour cette échéance. Avec ses quatre sièges, le PDC est en première ligne pour perdre un représentant à Berne.

A ce propos: Le PDC valaisan n’a plus de locomotive pour Berne  

Le chrétien-social du Haut-Valais Thomas Egger se retrouve sur un siège éjectable. D’aucuns au sein du PDC imaginent déjà la perte de ce fauteuil. La gauche semble être la plus à même de le récupérer. Mais deviendrait-il vert ou rouge? Si les écologistes, qui ne cessent de progresser, peuvent légitimement le revendiquer, avec les candidatures de poids du municipal de Sion Christophe Clivaz et du député Thierry Largey, le Parti socialiste espère également récupérer son deuxième siège perdu en 2015.

Un siège aux Etats disputé

Aux Etats, le PDC entend bien conserver ses deux sièges, qu’il n’a jamais lâchés. Mais il devra faire sans sa locomotive Jean-René Fournier, qui met un terme à sa carrière politique. Si le sortant Beat Rieder devrait être réélu, la candidature de Marianne Maret, la vice-présidente du PDC du Valais romand, est attaquée de toute part. Cyrille Fauchère (UDC), Philippe Nantermod (PLR) et Mathias Reynard (PS) espèrent mettre fin au règne démocrate-chrétien à la chambre haute. S’ils espèrent réussir leur pari, les minoritaires devront s’entendre en vue du deuxième tour. Et là, rien n’est moins sûr. (Grégoire Baur)

Lire aussi: Le PLR Valais louche sur les Vert’libéraux en vue des fédérales


■ Vaud: un 19e siège très convoité

Un siège supplémentaire à la Chambre du peuple, le 19e, amène un peu de zeste dans la campagne électorale vaudoise. Tous les partis sont tentés de le réclamer. A première vue, les Verts semblent les mieux positionnés pour s’en emparer, pour deux raisons: en 2015 déjà, les écologistes auraient été les plus près d’arracher un siège supplémentaire, une hypothèse renforcée cette année par la sensibilité climatique qui accompagne ce scrutin. Les deux favoris sont le président du parti cantonal Alberto Mocchi et l’activiste contre le harcèlement de rue Léonore Porchet. Le sortant Daniel Brélaz a d’ores et déjà annoncé qu’il se retirerait en cours de législature, s’il était réélu, laissant sa place au premier des viennent-ensuite.

A ce propos:  Ces élus qui s’agrippent

Des anciens ministres en lice

Deux actuels conseillers d’Etat se retrouveront vraisemblablement sur les bancs du Conseil national. Le socialiste Pierre-Yves Maillard prendrait la place de la conseillère nationale Ada Marra si celle-ci est élue au Conseil des Etats. La ministre cantonale du Territoire, la PLR Jacqueline de Quattro, saisirait, elle, le siège de Fathi Derder, qui quitte le parlement. Au Parti socialiste et au PLR, tous les autres sortants se représentent.

Le récent congrès PS:  Le parti socialiste vaudois désigne Ada Marra comme candidate aux Etats

L’UDC Alice Glauser a annoncé son départ. Pour conserver ses quatre sièges, le parti nationaliste compte sur l’un de ses élus municipaux (Pierre-Yves Rapaz, Jean-François Thuillard, Yvan Pahud ou Philippe Jobin). Les Vert’libéraux et le PDC tenteront de conserver leur siège unique respectif, avec Isabelle Chevalley et Claude Béglé, qui tous deux se représentent.

Au Conseil des Etats, la grande surprise de 2015 avait été l’élection du PLR Olivier Français et le retour de la droite vaudoise à la Chambre des cantons. Ada Marra vise le siège à ses côtés, laissé vacant par la démissionnaire Géraldine Savary. (Aïna Skjellaug)


Retrouvez tous nos articles sur les élections fédérales.